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ÉDUCATION

Valérie Debuchy : « Faire que l’école de la République tienne ses promesses »

Directrice académique des services de l’Éducation nationale en Seine-et-Marne
Valérie Debuchy : « Faire que l’école de la République tienne ses promesses »
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TerritoiresInfos région Publié le , Propos recueillis par Farid Zouaoui

Le monde de l’Éducation nationale n’a aucun secret pour elle. De 1986 à 2003, cette ancienne professeure d’éducation physique et sportive a fréquenté plusieurs établissements de Seine-et-Marne et de Seine-Saint-Denis, avant de passer de l’autre côté de la barrière en devenant inspectrice d’académie. Membre, en 2011, du cabinet de Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Valérie Debuchy a été nommée directrice académique des services de l’Éducation nationale (DASEN) en 2018. Un peu plus de deux semaines après la rentrée scolaire, elle nous livre son expertise

Comment s’est déroulée la rentrée scolaire en Seine-et-Marne ?

Sans difficulté particulière comme les années précédentes. Comme vous pouvez l’imaginer, une rentrée scolaire avec plus de 300 000 élèves se prépare plusieurs mois à l’avance. Il s’agit d’une lourde opération de gestion qui requiert l’implication, la mobilisation et l’expertise de tous les acteurs pédagogiques et administratifs. Il faut que les élèves soient affectés, les personnels nommés, y compris les stagiaires, et le réseau des classes adapté au positionnement des élèves dans un département qui connaît des flux intra-départementaux importants et permanents.

Pap Ndiaye, le ministre de l’Éducation nationale, s’était engagé à ce qu’il y ait un enseignant dans chaque classe. Cette promesse
a-t-elle été tenue ?

Oui. Dès le mois de février, 12 mesures ont été prises par le recteur Daniel Auverlot. Elles avaient pour objectif de fidéliser les contractuels et de permettre le recrutement de nouveaux personnels. S’agissant de la Seine-et-Marne, j’ai décidé d’installer un personnel disposant d’une solide expérience et rodé au métier dans des environnements de classe diversifié en mobilisant des titulaires remplaçants (brigades départementales) sur les postes vacants. Cette décision, au-delà d’offrir dès la rentrée les meilleures conditions d’apprentissage à nos élèves, offre également l’opportunité aux contractuels d’être en immersion dans leur école de rattachement, compagnonnés par un pair expérimenté, afin de poursuivre leur formation in situ, en prise réelle avec les exigences du métier. Cet accompagnement sera poursuivi toute l’année, notamment dès qu’ils seront affectés pour un remplacement en pleine responsabilité.

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Onze collèges et lycées seine-et-marnais étaient concernés par un manque d’enseignants. Comment avez-vous géré cette situation ?

S’agissant de la gestion des personnels du second degré, les services du rectorat ont réalisé un travail de grande qualité qui a permis de juguler certaines situations en attente de nomination d’enseignants titulaires et/ou de stagiaires. Comme vous le savez, les personnels disposent de droit (temps partiel, disponibilité, etc.) et peuvent posséder des statuts différents. Un poste vacant, parfois partagé entre deux établissements en Seine-et-Marne, implique un délai, afin de nommer un personnel dans certains points du territoire peu attractifs en raison notamment de leur éloignement géographique, voire de l’absence d’une desserte en transports en commun. Comme tous les ans, cela correspond aux ajustements réalisés fin août par la cellule de rentrée du rectorat.

Avez-vous dû recourir au fameux “job dating “ pour recruter ?

Nous avons reconduit nos modalités habituelles de recrutement dans le cadre de notre partenariat avec Pôle emploi, mais aussi en étudiant les candidatures spontanées. Je tiens à préciser que j’ai maintenu un niveau d’exigences concernant l’éligibilité des candidatures et que tous les candidats ont été reçus, afin de vérifier qu’ils avaient les connaissances et compétences minimum requises pour exercer le métier d’enseignant. L’accompagnement et la formation, prévus pour ces personnels, permettront de combler quelques faiblesses dans certains domaines. Je souhaite également rappeler que la sécurité physique et morale des élèves constitue l’élément prioritaire dans le recrutement des contractuels.

Pourquoi la Seine-et-Marne est-elle considérée comme le “parent pauvre” de l’Île-de-France en matière éducative ?

Ce département représente 50 % de l’Île-de-France avec des territoires très divers (une frange urbaine au nord-ouest en continuité du Grand Paris, quelques “gros” bourgs en partie centrale et un tissu de toutes petites communes rurales avec des structures scolaires de petite taille sur le croissant nord-est sud).
L’accessibilité à ces territoires ruraux nécessite d’être véhiculé, à la différence des deux autres départements de l’académie ou de la petite couronne. La desserte en transports en commun ne répond pas non plus toujours aux attentes des personnels et peut être un obstacle pour ceux qui souhaitent concilier vie professionnelle et vie personnelle.

Quelles solutions préconisez-vous pour la rendre plus attractive ?

Quand on parle de l’académie de Créteil, on pense à la Seine-Saint-Denis et très rarement à la Seine-et-Marne. Ce territoire a pourtant de nombreux atouts, à condition de s’y installer. Les concours sont nationaux pour le second degré et académiques pour le premier degré. De nombreux stagiaires nous disent faire des vœux d’affectation en Seine-et-Marne pour éviter des secteurs réputés plus difficiles de l’académie. Nous leur proposons alors un accompagnement et une formation de proximité et de qualité, afin de les fidéliser. À ce sujet, il y a beaucoup moins de turn-over dans notre département. L’idée d’un engagement de 10 ans dans le département de formation serait une piste déjà explorée en son temps, car à peine nommé, beaucoup d’enseignants demandent à retourner dans le département de province où ils ont leurs centres d’intérêt, notamment familiaux. À défaut, ils se placent dans des positions interruptives temporaires (disponibilité de droit), voire démissionnent. Cette situation renforce les difficultés de gestion de la ressource humaine. Trop souvent, on oublie les garanties statutaires et la richesse de ce métier. Ce sont des missions déterminantes, confortées par les attentes toujours plus grandes des familles et des élèves.

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Quelle est la tendance en termes d’effectifs pour cette année ?

Les effectifs d’élèves scolarisés dans le premier degré ont diminué de 791 l’an passé (pour un écart prévisionnel de 84) et devraient à nouveau reculer de 548 élèves cette année, si les prévisions se confirment. La situation des effectifs sera connue début octobre. On devrait être proche des 155 200 élèves dans le premier degré.

Avez-vous observé un départ massif d’élèves vers le privé ?

Le nombre d’élèves accueillis dans le privé sous contrat reste stable et relativement faible (5 % dans le premier degré et 13,5 % dans le second degré). Le privé sous contrat ne peut accueillir plus d’élèves, car dans bon nombre des établissements, les capacités d’accueil sont atteintes, en raison des contraintes bâtimentaires et sécuritaires, de la restauration et de l’offre périscolaire notamment.

Une huitième vague de Covid-19 est annoncée pour cet automne.
Vos services sont-ils prêts à y faire face et quel protocole sera en vigueur ?

Nous sommes réactifs comme depuis le début de la crise. Le protocole actuel est le niveau socle, c’est-à-dire une rentrée normale, mais avec les rappels concernant l’application des gestes barrières et l’aération. Ce protocole est décidé nationalement et ne dépend pas des départements. Si un changement de niveau de protocole est décidé, nous avons dorénavant 10 jours pour le mettre en œuvre. Par anticipation, les personnels ont été dotés de masques et ont la possibilité de se voir délivrer des autotests, sur présentation d’attestations individuelle et nominative que mes services leur ont adressés.

Depuis plusieurs années, le malaise semble palpable au sein de la communauté éducative. Le percevez-vous également ?

Je ne crois pas qu’il faille évoquer le terme de malaise. En revanche, la mise en œuvre de réformes et la conduite des changements attendus provoquent toujours des résistances et des inquiétudes. C’est ma mission d’expliciter sans cesse le bien-fondé des réformes, d’accompagner les équipes éducatives et de mettre en exergue les enjeux et les défis qui relèvent plus que jamais de l’école. La Seine-et-Marne n’échappe pas au déterminisme social et à la difficulté de lutter contre les inégalités sociales, culturelles ou de genre.

Votre métier demeure-t-il passionnant ou est-il devenu stressant ?

J’ai exercé plusieurs métiers et à différents niveaux de responsabilité, mais le métier de directrice académique est le plus motivant et le plus passionnant, a fortiori en Seine-et-Marne, un département si attachant. Faire que l’école de la République tienne ses promesses en tout point du territoire et garantisse à chaque élève les meilleures conditions d’apprentissage, de réussite et d’épanouissement personnel, c’est la plus belle, la plus complexe, mais aussi la plus galvanisante des missions.

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