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Une réflexion sur l'avenir de la maison individuelle

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Une réflexion sur l'avenir de la maison individuelle
Maisons Berval - Jean-Pierre Delahaye

Jean-Pierre Delahaye, pdg des Maisons Berval, s'est lancé, voici douze ans, dans la démarche de certification. Il analyse l'évolution de la construction de maisons individuelles, un marché en pleine mutation.

 

Moniteur de Seine-et-Marne : Pour commencer, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les Maisons Berval ?

Jean-Pierre Delahaye : Spécialisée dans la construction de maisons individuelles, notre société a été fondée en 1932. Elle a son siège à Mareuil-les-Meaux (77) et dispose également de trois agences à Coignières (78), La Ville du Bois (91) et Moisselles (95). Nous construisons en moyenne 80 maisons chaque année, dans le moyen/haut de gamme, essentiellement en Ile-de-France.

 

MSM : De quand date votre démarche de certification ?

J-P. D. : Elle résulte d’une longue réflexion sur l’importance de la qualité et les moyens de la garantir. C’est ainsi que les Maisons Berval ont obtenu en 2001 la première certification NF en Ile-de-France, puis NF HQE (Haute Qualité Environnementale) en 2007.

 

MSM : Vous faîtes partie, depuis peu, du Cercle des Ambassadeurs de la Maison Individuelle NF, émanation du Céqami. Quels rôles jouent le Céquami et le Cercle des Ambassadeurs de la Maison Individuelle NF ?

J-P. D. : Créé en 1999, le Céqami est un organisme de référence pour la certification de qualité de maisons individuelles. Il délivre et gère trois certifications : « Maison HPE (Haute Performance Energétique) », « NF maison individuelle et HQE pour le neuf », « NF maison rénovée et HQE pour l’existant ». Ces deux dernières certifications sont délivrées sous mandatement d’Afnor. Premier organisme certificateur en France, Afnor Certification délivre, dans de nombreux secteurs, des marques à forte notoriété comme NF, AFAQ… Céqami est spécialisé dans la construction de maisons individuelles et gère, dans ce secteur, la marque NF. Céqami a créé, voici trois mois, le Cercle des Ambassadeurs de la Maison Individuelle NF, qui comprend neuf entrepreneurs couvrant neuf régions françaises. Il s’agit surtout de faire comprendre à nos confrères l’importance du label NF et de la certification de la qualité. Notre expérience dans ce domaine nous permet d’avoir un rôle testimonial.  

 

MSM : Il existe plusieurs certifications énergétiques. Quelle est la différence entre HPE et BBC (Bâtiment Basse Consommation) ?

J-P. D. : Ces deux certifications sont très voisines, HPE étant gérée par Céqami et BBC par Effinergie. Le domaine énergétique est en pleine évolution et, avec la réglementation RT 2012, nous sommes aujourd’hui au milieu du gué : nous attendons maintenant un autre niveau de label réduisant encore plus la consommation d’énergie, « Energie Positive » par exemple.

 

MSM : Que pensez-vous de ces nombreuses normes qui encadrent votre secteur ?

J-P. D. : Je suis un constructeur respectueux des normes, sinon je n’aurais pas la certification NF. Un label est un gage de qualité : c’est comme une AOC. Mais trop c’est trop, et de même que trop d’impôts tuent l’impôt, trop de normes tuent le pouvoir d’achat des acquéreurs. Ainsi, pour passer d’une maison BBC à une maison RT 2012, le surcoût moyen est de l’ordre de 10 à 12 %%.

 

MSM : Cette prolifération de normes tombe mal, avec une crise économique qui semble durable. Comment le secteur de la construction des maisons individuelles supporte-t-il cette situation ?

J-P. D. : Cette situation impacte évidemment la capacité financière des acquéreurs de maisons individuelles. Dans ce secteur, nous avons principalement deux clientèles. Tout d’abord celle des primo-accédants, de 30-40 ans, qui voient leur pouvoir d’achat diminuer et doivent, de plus, faire face à la frilosité des banques. Depuis qu’on leur impose des quotas de fonds propres, elles n’ont plus aucune volonté de prêter. Deuxième clientèle, qui est devenue pour nous la plus importante : les secondo-accédants. Ce sont des personnes à profil CSP+ (cadre moyens) de 30-40 ans, en pleine progression professionnelle, dont la famille s’agrandit. Il faut y ajouter, et cela résulte de l’évolution sociétale, les familles recomposées, qui ont besoin de grandes maisons. Il existe une troisième clientèle, celle des personnes de plus de 60 ans dont les enfants sont partis (la maison est devenue trop grande) et qui veulent se rapprocher du centre-ville. Elles ont un généralement un bien à vendre, préalable indispensable et délicat dans l’environnement économique actuel.

 

MSM : Vu la conjoncture, il doit être tentant de faire du low cost ?

J-P. D. : Deux options se présentent : soit on propose des petits prix, mais cela impose un gros volume de production, soit on se positionne sur le moyen/haut de gamme. Les prestations, les prix sont différents et le nombre de maisons construites plus limité. C’est le choix que j’ai fait voici une vingtaine d’années.

 

MSM : Ne va-t-on pas vers une évolution de l’habitat, avec des terrains plus petits et des maisons accolées ?

J-P. D. : Les goûts changent : notamment les quadras actuels souhaitent des terrains moins grands que ceux de leurs parents. La plupart de nos clients sont très heureux quand ils ont un terrain de 500 m2. Quant à la maison, au sens général du terme, il faut continuer à la faire évoluer de sa conception à son intégration. Le métier que nous avons pratiqué ces trente dernières années est en train de changer. Les clients ne sont plus les mêmes : ils sont mieux informés (souvent grâce à Internet)  et plus exigeants sur les prix.

 

MSM : Quels conseils donneriez-vous aux décideurs politiques pour fluidifier ce marché de la maison individuelle ?

J-P. D. : Je n’ai pas de conseils à donner, mais je lancerais volontiers un appel : libérez le foncier. Notre problème, ce n’est pas le coût de nos maisons, qui a peu varié sur les vingt dernières années (nous avons fait des économies d’échelle et nous avons réduit nos marges), c’est le surcoût du foncier, qui devient inaccessible. Il faudrait arriver à libérer des terrains. Je vais vous étonner : nous sommes autant démolisseurs que constructeurs ! Quand on construit à 15-20 kilomètres de Paris, il n’y a presque plus de terrains à bâtir. Il n’y a donc souvent pas d’autre solution que d’acheter un terrain avec une maison que l’on démolit pour en reconstruire une autre.

Par ailleurs, j’aimerais bien que les décideurs et ceux qui les conseillent soient des citoyens plus au fait des réalités de la vraie vie, et non pas des technocrates ou des idéologues.

 

MSM : Finalement, cette démarche d’aller vers la certification vous a-t-elle apporté un plus ?

J-P. D. : Si je ne le pensais pas, je n’aurais pas accepté de devenir Ambassadeur NF ! Cette démarche a été extrêmement positive pour mon entreprise. Quand on écrit les référentiels, on précise et on renforce la culture de l’entreprise. Quand nous embauchons un conducteur de travaux ou un commercial, nous le laissons deux jours en immersion, pour lui inculquer la culture NF. Un des intérêts de cette démarche NF, c’est de nous obliger à écrire les process : on y gagne beaucoup en termes d’organisation de l’entreprise. Autre avantage : prendre périodiquement le temps de faire le point sur nos procédures. En effet, nous ne sommes certifiés que pour trois ans et nous avons des contrôles annuels.

Un seul bémol : j’ai été déçu sur le plan des ventes. Je pensais qu’elles seraient dopées par la certification, garantie de qualité et de sécurité pour le client. Mais force est de constater que tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir de l’AOC. La certification n’est pas un argument de vente, c’est un plus pour conforter la vente.

 

Propos recueillis par Claude Thimonier

 






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