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Une charte pour « reconnecter la société à la terre »

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Une charte pour  « reconnecter la société à la terre »
© MSM

La FDSEA 77 a organisé dernièrement son assemblée générale au Safran, à Brie-Comte-Robert. La seconde partie de l'événement, ouverte au public, était dédiée au thème « agriculture et société : cohabitation ou cohésion ? ». Affirmant subir un « harcèlement incessant » et un « agri-bashing » chaque jour plus intenses, les agriculteurs estiment avoir atteint le trop-plein. D'où la signature, en fin d'AG d'une« charte de bon voisinage » entre l'Etat, le Département, l'Union des maires de Seine-et-Marne, la Chambre d'agriculture de Région, les JA 77 et la FDSEA 77, qui se veut la « première pierre » de l'édifice de réconciliation entre les agriculteurs et leurs riverains.

« Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la représentation de l'agriculture s'est transformée. Le paysan est devenu un exploitant agricole, des inquiétudes ont commencé à naître en matière de santé, d'eau ou d'environnement. L'agriculture et la société empruntent des trajectoires différentes, et n'en finissent plus de se chamailler. Il existe un vrai malaise. Nous sommes attaqués verbalement et physiquement, un climat de peur règne entre nous. La coupe est pleine ». Laurence Fournier, la secrétaire générale de la FDSEA 77, n'a pas mâché ses mots pour introduire le débat « agriculture et société : cohabitation et cohésion » ouvert lors de l'assemblée générale de la FDSEA 77.

Gil Rivière-Wekstein, auteur de “Panique dans l'assiette, ils se nourrissent de nos peurs” et fondateur de la revue Agriculture et Environnement, a travaillé sur les sources de cet « agri-bashing ». Ce spécialiste s'est interrogé sur la recrudescence des peurs alimentaires, dans une période de l'humanité où la sécurité sanitaire des aliments n'a jamais été aussi bien contrôlée.

« Nous avons l'agriculture la plus durable au monde selon un classement de la revue The Economist, or 85 % des français ont peur de ce qu'il y a dans leur assiette », a indiqué le rédacteur en chef, qui s'est attaché à remonter aux sources de ces angoisses. « Il existe tout un réseau qui surfe sur ces peurs et les entretient », a-t-il souligné, citant notamment le lobby bio et ses distributeurs. « Selon les nutritionnistes de l'Inra, manger une pomme non bio tous les jours ou un produit issu de l'agriculture française ne présente aucun risque », a poursuivi l'intervenant.

Pour Gil Rivière-Wekstein, les études scientifiques n'ont pas non plus prouvé le caractère cancérigène du glyphosate et certains commentateurs déforment la réalité. « La profession subit un reportage à charge tous les trois jours, bien au-delà des autres secteurs », a-t-il a ajouté à l'appui de sa démonstration, précisant que l'anxiété gagne les esprits et se traduit par un climat de tensions.

Les motifs de la discorde

Si la société et les agriculteurs sont plutôt en « confrontation » à l'échelle nationale, d'autres problèmes s'ajoutent au niveau local. Le président de la FDSEA 77, Cyrille Milard, a évoqué les dépôts sauvages récurrents sur les parcelles et les difficultés de circulation des engins agricoles. Ces derniers sont parfois « empêchés de se déplacer par les aménagements mis en place par des mairies déconnectées de la réalité économique de leur territoire ».

Dans la même veine, l'interdiction de circulation des engins sur la Nationale 3, « privant les agriculteurs d'un accès à leurs parcelles », a aussi cristallisé les tensions, comme l'installation de gens du voyage sur des parcelles. La question du foncier, concernant notamment des terres situées à Melun-Villaroche, a également retenu l'attention de Cyrille Milard. « Nous ne laisserons pas partir aussi facilement 378 hectares à l'urbanisation », a-t-il lancé, en qualifiant cette action de « spoliation de la propriété ». « Certaines municipalités interdisent arbitrairement les épandages autorisés et réglementés, cela devient inacceptable, a-t-il ajouté. Les violences deviennent physiques, les agressions, les caillassages et les insultes deviennent monnaie courante ». Face à ce constat, la profession a décidé d'agir en recourant à « l'agri-acting » face à « l'agri-bashing ».

« Il nous faudra passer de la cohabitation à la cohésion, reconnecter la société et la terre, rassurer le consommateur, ce qui passe notamment par la charte de bon voisinage. Nous avons parlé d'ouvrir nos fermes, de faire de la communication positive sur les réseaux sociaux notamment. C'est à nous aussi de nous montrer responsable et de faire preuve de bon sens », a résumé la secrétaire générale de la FDSEA 77, Laurence Fournier.


Brandissant une binette, Cyrille Milard a évoqué dans un texte ironique le « retour à l'agriculture de nos grandsparents » évoqué par le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume.

Retrouver le dialogue

La charte de bon voisinage, signée en fin d'assemblée générale par l'Etat, le Département, l'Union des maires de Seine-et-Marne, la Chambre d'agriculture de Région, les JA 77 et la FDSEA 77 est en effet un moyen, selon Cyrille Milard, de « formaliser les engagements des agriculteurs et essayer de diminuer leur impact sur l'environnement, d'améliorer leurs pratiques et de faire attention au voisinage ». Pour l'essentiel, le texte encadre l'épandage de produits phytosanitaires et se donne pour objectif de favoriser le dialogue entre les différents acteurs de la ruralité. Cyrille Milard a en effet invité, au-delà des six premiers signataires, les associations de riverains comme les organisations qui défendent l'environnement, à se joindre à la discussion. « Nous ne sommes pas dans la confrontation, mais dans le partage de nos pratiques, dans la pédagogie pour faire changer le regard que peuvent avoir certains sur notre agriculture », a expliqué le président de la FDSEA 77.

La charte concerne précisément « les applications de produits phytosanitaires, y compris ceux utilisés en agriculture biologique, bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché ». L'Etat jouera le rôle d'intermédiaire au sein du dispositif, qui est doté d'un comité de pilotage. Il veillera également au « respect des dispositions réglementaires et à la mise en œuvre des bonnes pratiques des organisations professionnelles d'agriculteurs et d'élus locaux ».

Guy Geoffroy, président de l'Union des maires de Seine-et-Marne (UM77), s'est dit « frappé » de voir la volonté de ses pairs d'être « présent dans cet échange aujourd'hui très violent ».
« Oui, les élus ont certainement un rôle à jouer pour diminuer la confrontation, parvenir à la cohabitation et se donner pour la cohésion objectif », a-t-il précisé à l'assemblée d'agriculteurs, indiquant que l'UM77 n'avait pas hésité à signer cette charte. « Je ne peux qu'accompagner cette initiative qui apporte certaines solutions.

L'Etat jouera son rôle, c'est une première pierre, d'autres seront posées lorsque les décrets de la loi Egalim paraîtront », a de son côté indiqué la préfète Béatrice Abollivier. « Il faut être réglementairement irréprochable », a-t-elle ajouté à l'adresse des adhérents de la FDSEA 77, expliquant que la DDT recevait depuis peu des lettres de dénonciation sur tel ou tel écart à la réglementation. « La poussière, l'odeur et les gênes à la circulation doivent être intégrées au raisonnement. Il vous faut expliquer, ouvrir vos exploitations ».

Concernant la question de l'occupation de terrains par les gens du voyage, Guy Geoffroy a rappelé qu'un groupement d'intérêt public (GIP) avait été créé pour permettre de renouer le dialogue et de trouver des solutions. La préfète Béatrice Abollivier, face aux questions incisives de certains agriculteurs, a également suggéré au président de l'UM77 d'intégrer les agriculteurs « à ce travail très concret que nous faisons ».

Des projets innovants

Le président du Conseil départemental, Patrick Septiers, a indiqué travailler sur deux projets « innovants » destinés à faire de la Seine-et-Marne « un département précurseur en matière de promotion des productions locales et de la valorisation des biodéchets ». L'élu a d'abord évoqué la plateforme de transformation et de conditionnement de produits issus de l'agriculture locale destinés à approvisionner les lycées, qui a dans un premier temps fait l'objet d'études de faisabilité et bénéficiera cette année de près de 800 000 euros de subventions. La méthanisation est également un sujet fort pour le département, qui a lancé un schéma « visant le maillage cohérent du territoire en unité de méthanisation ». Ces installations pourraient à terme « permettre l'approvisionnement en énergie de plus 300 000 foyers seine-et-marnais chaque année » .

Alexandra Dublanche, vice-présidente de la Région, a indiqué pour sa part que le pacte agricole 2018-2030, signé l'an dernier, entrait désormais dans sa phase opérationnelle. Les quelque 150 millions d'euros dévolus à cette politique permettront notamment de soutenir la diversification des exploitations et de soutenir les jeunes agriculteurs. Des initiatives comme celle de la plateforme départementale seront également soutenues avec l'objectif d'approvisionner 100 % des cantines des lycées franciliens en circuit-court d'ici à 2024.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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