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SoftCorner, premier spécialiste français des logiciels d'occasion

Benjamin Le Pendeven et Habibou M'Baye sont co-fondateurs de la société SoftCorner, la première en France à sespécialiser dans l'achat et la revente de logiciels de « deuxième main » –softwares, logiciels, licences…–.Ce marché structuré, juridiquement très encadré, est en plein développement depuis l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 3 juillet 2012…
SoftCorner, premier spécialiste français des logiciels d'occasion
SoftCorner - Benjamin Le Pendeven et Habibou M'Baye

Économie Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présenter SoftCorner ?

Benjamin Le Pendeven : SoftCorner est la première société française créée pour gérer le nouveau marché des logiciels d’occasion. Notre métier consiste à racheter des logiciels inutilisés à des entreprises pour les proposer à d’autres. Nous apportons une seconde vie à ces actifs qu’une entreprise peut céder, au terme de leur utilisation.C’est une démarche nouvelle, mais les clients que nous contactons voient très rapidement leur intérêt. Il suffit de dire « logiciels d’occasion » et tout le monde comprend.

AP : D’un point de vue pratique, vous travaillez quels types de supports ?

H. M’B. : Nous rachetons et nous vendons des logiciels dématérialisés, à travers les licences. Légalement, chaque logiciel est constitué d’un « exécutable » associé à une clé de licence. Concrètement, les transactions opérées par SoftCorner se traduisent par des téléchargements et des produits qui se déploient de manière dématérialisée. Ce que nous transférons est donc purement immatériel. C’est en fait le droit d’usage, d’utilisation. Cette transaction n’est d’ailleurs possible que si le vendeur prend la responsabilité contractuelle de désinstaller la version du logiciel cédé.
Nous mettons par ailleurs en œuvre une réelle valeur ajoutée autour de ce droit. Nous nous assurons qu’il existe, qu’il est transféré dans de bonnes conditions, avec l’accord des parties.

AP : D’un point de vue juridique, il semble que l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 3 juillet 2012 ait été déterminant pour ce marché…

B.L.P. : Tout à fait. Il a même été essentiel pour nous. Avant cet arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne, le marché du logiciel d’occasion baignait dans l’incertitude juridique. Aucun texte n’était venu définir la matérialité d’un actif immatériel. Les éditeurs de logiciels profitaient de ce flou juridique pour interdire contractuellement la cession des licences. C’est comme si vous achetiez une voiture sans la possibilité de la revendre.
Dans cet arrêt du 3 juillet 2012, à travers le différend qui opposait Oracle (qui commercialise des programmes d’ordinateur fonctionnant sur le mode client/serveur) et UsedSoft (qui commercialise des licences rachetées aux clients d’Oracle), la CJUE –qui fait force de loi dans les 28 pays de l’Union–a pris fermement position, dans des termes très marqués, presque militants. La Cour statua ainsi de manière très forte pour officialiser et libéraliser le marché du logiciel de seconde main. C’est notamment cet arrêt qui a veillé à la création SoftCorner, car la définition et la netteté de ce cadre juridique sont pour nous essentiels. Depuis l’origine, nous avons la volonté de travailler de manière irréprochable, en respectant parfaitement les règles, voire en allant au-delà.

AP : A combien estimez-vous aujourd’hui ce marché des logiciels d’occasion ?

B.L.P. : En Europe, nous estimons le marché du logiciel de seconde main à quelque 70 millions d’euros par an, mais il est en très forte croissante, surtout depuis cet arrêt de la Cour de justice. En France, cette activité est encore balbutiante. Finalement, notre premier concurrent est le manque d’information des entreprises… C’est pour nous le frein essentiel.
Depuis la création de SoftCorner, nous allons vers un niveau de structure et de conformité du process absolument irréprochable. Nous avons d’ailleurs initié des relations avec des éditeurs de logiciels, français et étrangers, afin de bien valider la licéité de nos processus de transfert.

AP : Comment parvenez-vous à identifier et à associer l’offre et la demande ?

B.L.P. : Nous avons une chance. Sur ce marché, nos clients sont aussi nos fournisseurs... L’acheteur ou le directeur informatique que nous rencontrons a forcément un besoin d’équipements nouveaux. Il dispose généralement de logiciels que l’entreprise n’utilise plus. Dans tous les cas, nous qualifions les besoins et nous apportons la solution sur les deux aspects, à la fois ce qu’il peut céder et ce qui lui manque. C’est l’une des principales forces de notre offre.
H.M.B. :Nos clients savent assez bien déterminer leurs besoins. En revanche, ils ont davantage de difficulté à identifier leurs logiciels inutilisés. Nous avons donc développé cette phase « sourcing », importante dans notre stratégie. L’entreprise doit parfaitement maîtriser son parc logiciel. Elle doit savoir exactement ce qu’elle a, ce qu’elle utilise, ce qui est ou non couvert par une licence. Si cette maîtrise n’est pas totale, nous l’accompagnons dans cette approche.La gestion cohérente du parc logiciel est la véritable clé de la réduction des coûts.Et ça, toutes les entreprises, les petites comme les grandes, y sont très sensibles.

AP : Quels sont aujourd’hui vos clients potentiels ?

B.L.P. : Nous travaillons à la fois avec des PME moyennes, des ETI et des grandes entreprises. Pour ces structures de tailles différentes, les enjeux ne sont évidemment pas comparables. Pour les ETI, ils peuvent être extrêmement importants. Nous intervenons ainsi sur un spectre de produits très large qui va du plus simple, un pack Office par exemple, au plus complexe, comme des licences de logiciels sous maintenance. Toutes les évolutions et les mises à jour qui ont été apportées à ces logiciels complexes, aux termes du contrat de maintenance qui leur est associé,peuvent être réintégrées dans l’actif de la licence.

AP : Votre activité n’est-elle pas également une réponse au piratage ?

H.M.B. : Effectivement. Il y a toujours un gros problème avec le piratage. 40 %% des logiciels utilisés actuellement ne seraient pas acquis sous licences... Certains éditeurs ont bien compris que leur marge de croissance se trouvait dans ce réservoir de licences utilisées, mais non payées. Il leur suffit de traquer les contrevenants et de percevoir les amendes. Certains industrialisent d’ailleurs cette démarche. Pour les utilisateurs, la part de risques est de plus en plus importante. Voilà un autre sujet sur lequel nous pouvons trouver des accords avec les éditeurs de logiciels.

AP : Existe-t-il aujourd’hui un argus des logiciels ?

H.M.B. : Non, pas pour l’instant. Cet argus apparaîtra à un certain niveau de maturité du marché, lorsqu’il y aura une offre et une demande structurées, identifiées, un grand nombre de références et des modèles de prix affinés. Nous atteindrons alors une logique de cours, donc d’argus.
B.L.P. :Actuellement, nous négocions avec le vendeur et l’acheteur en fonction du prix catalogue du logiciel.

AP : Avec ce marché du logiciel d’occasion, on mesure la richesse de certaines entreprises qui semblent souvent ignorer ce potentiel ?

B.L.P. : Il est vrai que le marché du logiciel d’occasion ouvre de nouvelles perspectives pour de nombreuses entreprises, en termes d’équipement et/ou de rééquipement. C’est pour beaucoup une véritable manne insoupçonnée qui se dessine.
Dans la même logique, dans le cadre des liquidations de société, nous souhaitons également faire prendre conscience à tous les intervenants que l’actif logiciel a souvent une réelle valeur que SoftCorner peut reprendre pour dédommager ou payer une partie des créanciers. C’est une vraie campagne d’information que nous menons actuellement auprès des mandataires judiciaires.
H.M.B. : Pour certaines entreprises, les bureaux d’études, par exemple, les actifs logiciels représentent en réalité une bonne partie des actifs de l’entreprise. Ce potentiel valorisable est trop souvent ignoré par le liquidateur. En CAO –conception assistée par ordinateur–, par exemple, les solutions les plus puissantes peuvent se négocier plusieurs milliers d’euros par poste, voire davantage.

AP : Quid de votre développement ?

B.L.P. : Sur ce marché naissant, nous appuyons nos stratégies commerciales et marketing sur un advisory board performant et un comité stratégique d’experts qui nous aide sur ce secteur ô combien passionnant, mais très complexe. Nous avons une ambition européenne puisque l’arrêt de la Cour de justice nous permet à présent de travailler sur la même législation pour l’ensemble des 28 pays de l’Union. L’avantage du logiciel immatériel, c’est qu’il passe facilement les frontières via téléchargement. Dans les cinq ans qui viennent, SoftCorner a donc vocation à ouvrir des délégations et des représentations commerciales hors de nos frontières. L’objectif étant à la fois de traiter des logiciels relativement simples et des produits d’infrastructures plus compliqués, nécessitant des besoins de maintenance. Tout cela en partenariat avec la plupart des éditeurs de logiciels, pour rendre leurs produits accessibles à des clients qui n’en n’ont pas forcément les moyens. Par exemple, permettre à certaines ETI d’acquérir des produits IBM d’occasion, à moitié prix... De plus, l’entreprise vendeuse redevient un client potentiel pour ces éditeurs… En fait, l’ensemble de l’écosystème tire croissance de cette nouvelle offre.

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