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Socomate International, reine francilienne de l'export

le - - Actualité - Grand témoin

Socomate International,  reine francilienne de l'export
@ DR - Jean-Claude Karpalès, vice-président de la CCI hauts-de-Seine et Christophe Chollet, responsable de zone export.

C'est à cette PME seine-et-marnaise spécialisée dans le développement, la fabrication et la commercialisation d'électroniques de contrôle par ultrasons que le Prix 2019 de l'exportateur francilien du MOCI (Moniteur du commerce international), parrainé par la CCI Paris Île-de-France, a été remis. Socomate International réalise, en effet, 80 % de son chiffre d'affaires à l'export, grâce à son réseau constitué aujourd'hui de près de 40 partenaires, qui intègrent les cartes électroniques et les logiciels de la PME dans leurs machines automatisées (avant leur livraison aux clients finaux). Dit “non destructif”, car il ne nécessite pas de prélever des échantillons sur la ligne de production et de les détruire pour en inspecter les entrailles, ce contrôle peut être réalisé à haute vitesse. Nucléaire, défense, pétrochimie, ferroviaire… les secteurs industriels intéressés ne manquent pas. Christophe Chollet, responsable de zone export de cette pépite installée à Crécy-la-Chapelle, explique comment l'entreprise est parvenue à tirer son épingle du jeu face à des poids lourds comme General Electric, et aborde les enjeux d'une activité qui reste peu connue du grand public.

Quelle est l'activité de Socomate International ?

Nous sommes spécialisés dans le développement, la fabrication et la commercialisation d'électroniques de contrôle par ultrasons, qui constituent le “cerveau” des machines de contrôle automatisé de nos partenaires implantés dans plus de 25 pays dans le monde. Nos produits permettent ainsi de mettre en œuvre un contrôle non destructif par ultrasons, de produits finis ou semi-finis de l'industrie. Nous avons la capacité de faire du contrôle dimensionnel, mais aussi d'effectuer du contrôle de défauts. Différentes applications sont possibles : l'inspection de barres, tubes ou plaques en titanium, acier, aluminium ou autres alliages qui serviront pour les tubes dans le nucléaire, les turbines d'avion, les essieux ferroviaires, les engrenages des boîtes de vitesses, etc.

Aujourd'hui, ces pièces valent très cher et nous avons un devoir de qualité, donc de contrôle. Il n'y a pas de droit à l'erreur : en cas de défaut, de déformation d'une turbine par exemple, cela peut avoir des conséquences dramatiques. Donc nos partenaires, qui intègrent nos électroniques ultrasons dans leurs machines de contrôle, vont le proposer à des clients finaux comme Safran, la RATP, Space X, Shell, Rolls-Royce… des entreprises qui doivent usiner des produits sans défauts.

Vous avez notamment travaillé avec Safran ?

Nous avons co-développé un projet pour le contrôle des disques de turbines, avec un de nos produits brevetés, le FAAST.

Comment fonctionne votre dispositif ?

Il s'agit du même principe que l'échographie médicale, basé sur l'émission et la réception d'ultrasons. À l'écran les résultats sont présentés sous forme d'échos et d'imagerie.

FAAST PA : Electronique de contrôle par ultrasons de type « Phased Array » que Socomate
est le seul à proposer (breveté mondialement)

Il est donc très précis ?

En effet, pour les mesures dimensionnelles, la précision est de l'ordre du micron. Si une bulle d'air s'est introduite au beau milieu d'une pale, il sera possible de la détecter.

L'entreprise est basée en Seine-et-Marne depuis toujours ?

Oui, Socomate a été fondée par Jean-Pierre Ganne, qui a pris sa retraite en 2018. C'est un ancien responsable export dans le domaine de l'électronique et des ultrasons également. Il a, dès le départ, eu l'idée de créer son entreprise pour l'orienter vers l'export. À cette époque, nous importions des électroniques de contrôle par ultrasons que nous intégrions nous-mêmes à des machines ou revendions à des clients finaux. Nous faisions le métier de nos partenaires actuels. Nous avons par la suite pris conscience que nous étions particulièrement performants dans la conception des électroniques. C'est pourquoi Socomate a délaissé la partie “machine”  afin de se concentrer sur une gamme de produits d'électroniques ultrasons standards et leurs softwares.

Quelle a été la stratégie ?

Nous avons fait en sorte de trouver un partenaire qui fabrique ces machines, dans les pays ou nous sommes présents. C'est en réalité le cas de 90 % des intégrateurs aujourd'hui. Ce sont des mécaniciens, des automaticiens, mais ils n'ont ni les connaissances ni les ressources pour designer, concevoir et maintenir les électroniques de contrôle par ultrasons. Ils achètent et intègrent donc nos produits. Ainsi, nous nous positionnons progressivement comme leur bureau d'études.

Vous avez remporté le prix 2019 de l'exportateur francilien. Que représente pour vous cette récompense ?

D'abord, en interne, c'est une grande fierté d'avoir reçu ce prix, pour plusieurs raisons. Avec notre équipe de 20 personnes, nous parvenons à faire jeu égal avec des géants de l'industrie dans notre domaine, notamment grâce à nos capacités d'innovation (30 % de notre effectif ne fait que de la R&D). C'est aussi une reconnaissance du travail effectué par absolument tous les collaborateurs de Socomate, qui sont d'autant reboostés.

Ensuite, à l'extérieur, ces récompenses sont toujours bien perçues. Au niveau du tissu économique local, les CCI, les organismes d'aide à l'export nous voient comme une entreprise qui réussit et c'est une aide pour poursuivre nos relations, déjà fructueuses. Cela nous donne une assise supplémentaire.

Quelles sont vos principales contraintes ?

La contrainte principale est très simple, c'est le recrutement. Aujourd'hui, il est vraiment compliqué de trouver des personnes qui soient très compétentes et très pointues dans le domaine de l'ultrason. Il faut savoir qu'en France il n'y a aucune école spécialisée dans le contrôle non-destructif par ultrasons. Donc personne ne peut être formé à cela aujourd'hui. Nos experts acoustiques ont par exemple fait des thèses en physique. Ou bien ce sont des ingénieurs physiciens qui se sont ensuite spécialisés dans l'ultrason. Il est de surcroit difficile de trouver des électroniciens et des développeurs de softwares. Notre problématique principale, c'est donc de trouver des ressources pour aller plus loin.

La seconde est liée au fait que nous sommes une PME. Depuis quelques années, la politique de l'entreprise est centrée sur le développement. Nous avons fait 15 % de chiffre d'affaires supplémentaire en 2019. Mais il est parfois difficile de nous battre avec les multinationales. Je pense à leurs moyens de prospections, à leurs moyens en marketing, qui sont sans commune mesure avec les nôtres.

Mais le fait d'être une PME vous confère l'avantage de l'agilité ?

Oui, nous avons une adaptabilité que n'ont pas nos concurrents et un savoir-faire, une capacité à innover spécifiques. Nous avons déposé plusieurs brevets internationaux. Ainsi, nous sommes les seuls au monde à fabriquer certains produits et cela devrait durer. Cette capacité d'innovation fait notre force ; et c'est pour cela que nous arrivons à travailler avec nombre de partenaires à travers le monde.

Comment parvenir à maintenir 80 % de chiffre d'affaires à l'export ? Cela implique de se battre, encore plus que sur le marché national ?

En effet, et c'est mon métier . Je voyage 40 à 50 % de mon temps, comme mon collègue également responsable export. Nous animons ce réseau de partenaires, pour leur rappeler que nous sommes là, que nous proposons des produits innovants, et comment nous pouvons les aider à les mettre en oeuvre. Donc le seul moyen d'y parvenir, c'est de se déplacer énormément et d'avoir un  support department  très pertinent : aujourd'hui, 95 % des problèmes peuvent être résolus à distance.

De la même façon, nos équipes techniques se déplacent à 30-40 % de leur temps pour tout ce qui concerne les démonstrations techniques, les formations, ou les aides au développement.

Vous faites également partie de l'International Club 77. Pourquoi ?

Lors de mes différentes expériences j'ai toujours fait en sorte, de construire le business via les réseaux et il y avait matière à développer au niveau tissu local, réseautage, etc. Ce qui fait que dès mon arrivée en Seine-et-Marne, j'ai recherché quels seraient les réseaux susceptibles de me faire connaître à mes pairs  et d'avancer dans mon marché. C'est donc tout naturellement que j'ai intégré l'International Club 77. Je suis également intervenu lors de conférences sur les États-Unis et l'Arabie Saoudite, pays où j'ai eu l'occasion de travailler. Le club est fort intéressant, il nous permet d'échanger avec des PME de Seine-et-Marne qui ont des problématiques et des solutions propres à leurs industries mais qui trouvent des applications dans d'autres secteurs.

Quid de la conjoncture et de ses conséquences pour votre activité à l'export, dans le contexte du Brexit, des velléités commerciales américaines… ?

Travailler à l'export est justement une force, puisque nous avons la possibilité de répartir les risques à travers les 25 pays où nous sommes présents. Lorsqu'un pays va mal, nous pouvons espérer qu'un autre aille mieux. Donc cela nous permet d'éviter d'être tributaires d'une conjoncture économique, sociale ou politique d'un seul pays.

Certes, c'est un avantage, mais le revers de la médaille, c'est que nous sommes dépendants de gros acteurs industriels (avec qui nous réalisons un certain pourcentage du chiffre d'affaires). En cas de conflits États-Unis/Chine (secteurs qui représentent 60 % du chiffre d'affaires de Socomate) ou Russie/États-Unis, nous serions impactés.

Donc, en effet, nous sommes obligés de prendre ces risques en compte, mais il faut savoir que nous travaillons sur un marché à cycles longs, c'est-à-dire que nous mettons un an, voire deux, avant de travailler avec une entreprise de manière récurrente. Une fois que nous en sommes partenaires, nous le restons.

J'ajouterai également que dans l'industrie lourde, notre secteur ne travaille qu'avec des pays très industrialisés, qui ne restent jamais en crise longtemps. Cela dit il faut maintenir une veille constante en matière de politique : la mise en place d'une barrière douanière énorme sur l'acier peut nous impacter par ricochet, en affectant l'activité économique et la bonne santé financière des clients finaux, c'est-à-dire nos partenaires.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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