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Sécheresse : la cote d’alerte

La France suffoque, brûle et surtout a soif. Les effets du dérèglement climatique commencent malheureusement à se faire sentir.
Sécheresse : la cote d’alerte
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TerritoiresInfos région Publié le ,

Depuis le début du mois de juin, les épisodes de canicule successifs et les incendies ravageurs donnent à cet été 2022 des allures d’apocalypse. Conséquence directe : la sécheresse sévit, à un point tel que le mois de juillet a été classé comme le plus sec jamais enregistré en France, depuis 1959. La situation climatique a d’ailleurs été jugée « critique » par Christophe Béchu, le nouveau ministre de la Transition écologique. Comme tous les autres départements de métropole, la Seine-et-Marne n’est pas épargnée par ce manque crucial d’eau.

Persistance de fortes chaleurs, accentuation de l’évaporation des sols, manque de précipitations et rechargement insuffisant des nappes phréatiques : c’est ce cocktail mortifère qui a conduit, le 2 août, la Préfecture de Seine-et-Marne à placer notre département en alerte jaune et à imposer des restrictions d’usages de l’eau. Explications sur un phénomène préoccupant, qui pourrait devenir la norme en 2050, si rien ne change.

L’eau, ressource stratégique

Aujourd’hui, la Seine-et-Marne compte 4 400 km de cours d’eau, 20 grands bassins-versants, 10 400 km de canalisations transportant l’eau et 5 500 km de canalisations pour les eaux usées. Le sous-sol seine-et-marnais accueille également plusieurs nappes souterraines, dont deux puissantes et étendues (calcaires du Champigny et de la Beauce) et une nappe alluviale (Bassée). Ces nappes jouent un rôle fondamental dans l’alimentation en eau des Seine-et-Marnais, mais aussi des Franciliens. L’eau des nappes souterraines représente, en effet, 78 % de l’eau puisée dans notre département.

Un soleil de plomb

Deux chiffres résument cette situation d’extrême sécheresse que subit la Seine-et-Marne. En juillet dernier, il y est tombé deux fois moins d’eau que la moyenne de ces 10 dernières années. Quant à l’ensoleillement, il est passé de 194 heures en juillet 2021 à plus de 320 heures, un an plus tard. Après un mois de juin chaud et relativement humide, grâce à quelques épisodes orageux, le mois de juillet, en revanche, a été chaud et sec, entraînant la stabilisation ou la baisse des débits des cours d’eau seine-et-marnais, désormais surveillés de façon permanente. Certains secteurs de l’économie sont impactés par cette sécheresse, à commencer par l’agriculture (manque d’irrigation, plantations victimes de maladies, en raison de la hausse des températures). La fécondation et le remplissage des grains pour les céréales peuvent ainsi être affectés avec, pour conséquence, des chutes importantes de rendement.

Cinq arrêtés préfectoraux

Des seuils de débits prédéterminés pour chaque cours d’eau peuvent conduire à la mise en place d’un arrêté “sécheresse”. Constatant le franchissement d’un seuil, cet arrêté définit la liste des communes et les cours d’eau concernés et fixe des mesures de restrictions d’usages de l’eau pour chaque catégorie d’utilisateurs (collectivités, industriels, agriculteurs, particuliers). Il existe quatre seuils : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Le dernier arrêté signé par la préfecture de Seine-et-Marne (le cinquième de l’année), date du 11 août. Il concerne les bassins versants des rivières de l’Ancœur, du Fusain, du Grand Morin, du Petit Morin, de l’Orvanne, de l’Yonne, du Loing et du Réveillon. Cet arrêté rappelle les mesures de restriction correspondant à chaque niveau et appelle au civisme des usagers. Quelques jours auparavant, le 29 juillet, un autre arrêté préfectoral avait été signé, mettant tout le département en état de vigilance. L’objectif de ces arrêtés est d’anticiper une situation de crise. Il s’agit de faire des économies d’eau à tous les niveaux, avant que la situation ne soit critique. Si celle-ci le devient, les arrêtés visent à préserver, en priorité, les usages de l’eau considérés comme fondamentaux : alimentation en eau potable de la population, maintien d’un débit minimum dans les cours d’eau, permettant la survie de la faune aquatique, et arrosage (restreint) des cultures permettant l’alimentation directe des populations (cultures légumières et maraîchères). Pour l’instant, les mesures prises sont applicables jusqu’à fin décembre.

Restrictions mode d’emploi

Les restrictions d’eau sont des mesures exceptionnelles de limitation et parfois même de suspension de tous les usages de l’eau. Les particuliers sont appelés, au même titre que les agriculteurs, les industriels, ou encore les activités commerciales et artisanales, à limiter leurs usages. Ces mesures prévoient ainsi l’interdiction d’arrosage aux heures les plus chaudes (de 8h à 20h, en général) et une réduction de consommation, notamment pour les agriculteurs et les industriels. Les espaces publics sont également concernés (interdiction d’arrosage de jardins, fermeture des fontaines…). Dès le franchissement du seuil d’alerte, sont interdits le lavage privé des véhicules personnels, l’arrosage des massifs floraux et le remplissage des piscines privées, tandis que l’arrosage des jardins potagers est restreint et devient interdit en journée. Pour les secteurs en état d’alerte et d’alerte renforcée, l’irrigation est interdite ou soumise à des plages horaires (sauf réglementation spécifique pour la nappe du Champigny). En outre, des mesures spéciales pour l’irrigation s’appliquent sur le bassin du Fusain. À noter que chaque usager peut faire l’objet d’opérations de contrôle et risque des sanctions, en cas d’infraction avérée.

Les plans d’actions

À côté des mesures définies réglementairement dans les arrêtés préfectoraux, trois groupes de travail ont été mis en place pour réfléchir aux actions à mener sur la nappe du Champigny. En ce qui concerne l’eau potable : recherche de ressources de substitution, réduction des autorisations, performances des réseaux d’eau potable et économie d’eau dans les bâtiments publics. Pour ce qui est de l’industrie : réduction des prélèvements et optimisation des process. Enfin, pour l’agriculture, il a été décidé d’une gestion collective de l’irrigation par un organisme unique comme la Chambre d’agriculture de Région Île-de-France. Par ailleurs, le Plan départemental de l’eau (PDE) prévoit un certain nombre d’actions destinées à améliorer la gestion quantitative de l’eau. On peut citer notamment une meilleure connaissance des volumes prélevés, des consommations et des usages et de la répartition de ces consommations. Il faut également tendre à l’amélioration du rendement des réseaux d’alimentation en eau, mais aussi mieux informer et sensibiliser les consommateurs aux économies d’eau.

Seine Grands Lacs veille sur les cours d’eau

Face à cette sécheresse historique, les quatre lacs réservoirs, gérés par l’Etablissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs (syndicat mixte créé en 1969 et basé à Paris), jouent un rôle majeur. Ils permettent le maintien des différents usages, ainsi que celui du niveau de la Seine et de ses affluents (Marne, Aube et Yonne). Après une pluviométrie déficitaire record en juillet (85 % en moyenne sur tout le bassin), le tarissement des cours d’eau franciliens se poursuit en août avec des débits inférieurs aux normales de saison. La situation hydrologique nécessite donc une modulation des restitutions sur la Seine et la Marne permettant de renforcer le débit de ces deux fleuves. Les 810 millions de m3 d’eau, stockés dans les quatre lacs réservoirs de l’EPTB, sont ainsi les bienvenus pour près de 6 millions de personnes. Car aider les cours d’eau à conserver leur niveau est primordial pour le maintien des écosystèmes, des activités économiques (navigation, agriculture) et industriels (centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube, notamment). Le projet d’aménagement de la Bassée, en Seine-et-Marne, cinquième ouvrage hydraulique de Seine Grands Lacs, viendra renforcer ce dispositif de prévention en 2024. Une évolution indispensable, car d’ici 2050, le débit minimum de la Seine et de la Marne risque de diminuer de 20 %, selon les experts de Seine Grands Lacs.

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