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Sébastien Guérinot, co-président des JA 77 “L'agriculture française est la plus durable au monde”

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Sébastien Guérinot, co-président des JA 77 “L'agriculture française est la plus durable au monde”
© DR

Les Jeunes Agriculteurs de Seine-et-Marne (JA 77) tenaient dernièrement leur assemblée générale au Grand Parquet de Fontainebleau, en présence de nombreux responsables locaux. Sébastien Guérinot, co-président des JA 77 avec Arthur Courtier, explique la mission dévolue à son syndicat et nous éclaire sur le choix du thème “Plus vert, plus cher : comment faire ?”. Si les jeunes agriculteurs sont prêts à poursuivre leurs efforts en faveur de l'environnement et des attentes sociétales, ils demandent une juste rémunération. Ils veulent aussi voir leurs efforts se traduire désormais par un avantage concurrentiel.

Qui sont les Jeunes Agriculteurs ?

Nous représentons les agriculteurs âgés de moins de 35 ans. Les JA sont le 2e syndicat agricole en nombre d'adhérents, après la FNSEA, avec près de 55 000 agriculteurs en France métropolitaine et dans les DOM-TOM. Nous comptons actuellement 178 adhérents en Seine-et-Marne.

Est-ce pour vous un chiffre satisfaisant ?

Nous avons beaucoup de grandes cultures, donc moins d'adhérents que d'autres départements. Mais nous avons aussi un bon taux de pénétration parmi les quelque 3 000 agriculteurs seine-et-marnais, dans la mesure où il s'agit d'une population vieillissante. La moyenne d'âge est de 53 ans. Je pense que, globalement, nous comptons plus de 50 % des jeunes agriculteurs seine-et-marnais.

Pourriez-vous expliquer votre rôle d'aide à l'installation des jeunes ?

Nous encadrons les jeunes pour que leur entreprise soit viable, vivable et transmissible. Nous sommes-là pour les accompagner dans leurs démarches de création, leur permettre de rencontrer divers acteurs et les rassurer. Avec notre regard de professionnel, il s'agit de juger la faisabilité et la pérennité des projets, afin d'éviter de voir les jeunes agriculteurs affronter des difficultés financières. Par exemple, au niveau national, 97 % des entreprises qui suivent notre parcours existent toujours au bout de 10 ans ; ce qui est largement au-dessus du schéma classiques des entreprises.

Quelles sont vos problématiques à l'heure actuelle ?

Nous devons notamment cohabiter avec les néo-ruraux. Nous avons une particularité, c'est que le foncier est très cher en Île-de-France, notamment en raison de l'expansion liée au Grand Paris, qui freine l'accès à la profession. Mais en tant que JA, nous expliquons – y compris pour les petites structures – qu'il est beaucoup plus facile d'accéder à des marchés lorsqu'une exploitation est implantée au pied d'un bassin de quelque 12 millions d'habitants. La population, dynamique, nombreuse et à fort pouvoir d'achat va plus aisément acheter des produits vendus plus chers. En effet, l'important pour nous, c'est que le jeune installé puisse rentabiliser son entreprise. Pour cela, il devra privilégier la qualité à la quantité.

Les JA sont au service de la promotion du métier ?

Nous devons reprendre la main sur notre communication et expliquer au consommateurs ce que nous faisons de bien. Peu le savent, mais nous avons le système agricole le plus durable au monde. Cette information, pourtant issue de plusieurs organismes indépendants, n'est relayée nulle part.

C'est le sens du thème de l'assemblée générale « Plus vert plus cher : comment faire ? »

Oui, nous voulons globalement une agriculture plus verte. C'est nous qui supportons les coûts des nouvelles normes. Or, nos produits sont présentés de la même façon que des produits importés. Ils sont aussi vendus au même prix. Ce n'est pas normal. Notre valeur ajoutée devrait, au contraire, être identifiable par le consommateur. Il existe des initiatives, comme « C'est qui l'patron ? », qui ont pour ambition de rémunérer les producteurs « au juste prix ». C'est un mieux. Mais le lait est un produit presque transformé. C'est plus difficile pour moi, qui travaille en grandes cultures. Il nous faut une filière forte. Voilà pourquoi nous avons mis réuni les acteurs industriels, pour leur dire : « vous avez un rôle à jouer ! Il n'y a pas que la vente directe ».

Nous répondons déjà à beaucoup d'attentes en termes de normes. Je dis donc aux consommateurs : « si vous voulez nous aider à progresser encore, arrêtez de favoriser des méthodes de production et de culture que nous ne voulons plus et mangez français ». Nous sommes prêts à écouter les consommateurs, le problème c'est qu'il ne font pas ce qu'ils disent. Trop se laissent influencer par le packaging et le prix.

Puisque nous respectons un certain cahier des charges, nous demandons que nos produits soient logotés et facilement identifiables par les consommateurs franciliens.

Les JA organisent d'autres actions de communication, comme le Festival de la Terre…

C'est une grosse opération de communication pour faire découvrir de manière ludique notre métier de façon. C'est un peu folklorique, avec des activités singulières. Il s'agit vraiment d'attirer du public. Nous souhaitons en premier lieu essayer de retrouver de la proximité. Ce n'est pas toujours évident d'entrer en contact avec son voisin agriculteur à travers les vitres du tracteur ! Le Festival recrée au moins du dialogue avec les riverains.

Êtes-vous satisfaits de la dernière édition ?

Oui, nous avons eu 12 500 visiteurs. on ne peut qu'être satisfait, en sachant que ce chiffre est chaque année en progression.

Les agriculteurs ont-ils souffert des derniers aléas climatiques ?

Des assurances existent. Certains y ont recours, d'autres non. C'est un choix d'entreprise, mais nous voulons que ces systèmes de protection soient faciles d'accès, notamment en matière de tarifs. Lors de la récente assemblée générale, nous avons accueilli Groupama et le Crédit Agricole, avec qui nous travaillons très bien. Ils nous préparent des outils capables de nous protéger. Ces aléas climatiques font fluctuer la rentabilité de nos exploitations. En 2016, j'ai moi-même réalisé des rendements dignes de 1901, avec des charges qui sont tout à fait contemporaines…

Même si des outils assurantiels existent, nous souhaitons pouvoir bénéficier d'un certain lissage en termes de fiscalité. Les années où nous avons de bons revenus, nous payons des impôts. Nous souhaiterions pouvoir lisser ces sommes afin de bénéficier d'une réserve pour les années difficiles. On ne gère pas une ferme à l'année, mais sur cinq ou dix ans. Il faut examiner une moyenne générale.

Quid de votre santé financière en 2019 ?

Pour beaucoup d'agriculteurs, la baisse de revenus de 2016 n'est pas encore oubliée… Nous traversons des années difficiles avec des cultures de printemps impactées par la sécheresse. Je veux parler notamment de la betterave et du maïs. Ces cultures ont plus souffert que d'autres productions. Les beaux jours ne sont donc pas encore devant nous…

La communication

En co-présidence avec Arthur Courtier, Sébastien Guérinot a clôturé l'assemblée générale des JA 77 avant que n'intervienne la préfète, Béatrice Abollivier. Dénonçant
« l'agribashing » ambiant, Sébastien Guérinot a rappelé aux responsables publics présents que l'agriculteur était devenu le « bouc émissaire de tous les problèmes de santé », avec en parallèle « des importations de produits ne répondant pas aux normes françaises et dont le consommateur n'a pas connaissance ». De fait, « les jeunes se détournent de la profession », selon le co-président des JA 77, qui a souligné qu'elle ne représentait plus que 3,6 % de la population et se faisait vieillissante, avec une moyenne d'âge de 53 ans. « Il nous faut des politiques audacieuses, mais surtout très claires. Avec tous les efforts que les agriculteurs ont engagés depuis 20 ans, nous n'avons eu aucun retour financier. Pire, nous avons l'impression d'être de mauvais élèves. Or, il est important de savoir que l'agriculture française a été de nouveau primée pour son modèle qui est le plus durable au monde ».

« Entre la lutte contre le réchauffement, le développement des biomatériaux et l'érosion des positions dominantes de l'Europe sur le marché mondial, l'environnement des exploitations change », a ensuite souligné Béatrice Abollivier, trouvant toutefois
« remarquable » la vingtaine d'installations aidées par les JA 77 chaque année. Reconnaissant des inquiétudes liées « à des coûts de reprise des exploitations, de l'ordre du million d'euros », la préfète a estimé que la maîtrise des coûts serait l'enjeu majeur pour cette génération, « surtout à l'heure où les projets d'installation font œuvre de diversification ». La classe d'âge la plus représentée chez les agriculteurs étant de 50-55 ans chez les hommes et de 56-60 ans chez les femmes, « les perspectives de libération de foncier sont réelles à court terme ». Aussi, il est nécessaire pour la préfète de « replacer les outils de gestion du foncier au service de la diversité des installations ».
« Les Pouvoirs publics vous soutiennent, avec des dispositifs d'aide que nous cherchons à rendre plus efficaces », a poursuivi Béatrice Abollivier, avant de conclure en estimant que ce métier avait « désormais une obligation essentielle de communication, car le grand public ne le connait pas vraiment ».




Quentin CLAUZON
Journaliste

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