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Reprise : pour Jean-Marc Sereni “il y a encore des trous dans la raquette”

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Reprise : pour Jean-Marc Sereni “il y a encore des trous dans la raquette”
@ DR

Après plusieurs semaines d'arrêt pour certaines entreprises et d'activité réduite pour d'autres, les chefs d'entreprise seine-et-marnais s'organisent pour la reprise. Saluant le travail effectué par l'ensemble des acteurs privés et publics du département, Jean-Marc Sereni, président du Medef Seine-et-Marne, fait part de l'avancement de ce processus et revient sur les quelques freins qui peuvent encore exister. L'élu consulaire évoque également la problématique assurantielle et donne son sentiment sur les mesures qui permettront de passer la période de l'après-confinement avec plus de facilité.

Votre constat sur l'activité après ces semaines de confinement ?

Après ces semaines de confinement, j'aimerais évoquer l'incroyable travail qui a été fait sur ce territoire, par les représentants des entreprises, d'une part, et les administrations, d'autre part.

Le Medef Seine-et-Marne, la Chambre de commerce et d'industrie de Seine-et-Marne, le GIM de Seine-et-Marne, la Fédération du BTP Seine-et-Marne, et la Chambre de l'artisanat et des métiers de Seine-et-Marne sont à plein régime pour accompagner et aider les entreprises.

Les administrations ne sont pas en reste aujourd'hui . Elles ont fait preuve d'une action forte, mais aussi d'une disponibilité incroyable. Ainsi en est-il de la préfecture de Seine-et-Marne sous l'impulsion du préfet Thierry Coudert, de la Direccte, de la Direction des finances, de la Banque de France, de la Direction des douanes, des Urssaf et même de la Gendarmerie, qui sécurise les sites des entreprises dont l'activité est pour l'instant arrêtée.

Je suis impressionné le travail des banques de Seine-et-Marne, qui ont réussi en quelques jours à mettre en place une organisation totalement nouvelle pour répondre à la demande de l'Etat.

Il faut noter qu'elles le font totalement gratuitement, sans aucune facturation de frais. Je voudrais en profiter pour les remercier particulièrement de leur travail, au nom de nos adhérents du Medef Seine-et-Marne.

Il y a beaucoup d'héroïsme aujourd'hui et beaucoup de gens extrêmement courageux. Voilà le constat à ce jour que je fais au regard de ces quelques semaines de confinement.

Qu'en est-il concernant la reprise d'activité ?

Le président Emmanuel Macron a fixé un horizon pour remettre le pays en marche. C'est une annonce importante et qui emporte notre satisfaction.

Nous allons pouvoir continuer à vivre et à produire, dès que la sécurité sera garantie.

En effet, la réussite de cette reprise d'activité doit se faire en portant particulièrement attention à la sécurisation de l'activité économique, et surtout à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs dans un contexte de pandémie.

Le Medef a notamment publié un guide des bonnes pratiques à destination des chefs d'entreprise, à l'instar d'autres secteurs, le bâtiment, notamment.

Les chefs d'entreprise sont-ils suffisamment dotés en masques ?

Pour ce qui est des masques, le Medef Seine-et-Marne s'est engagé à aider à la résolution de ce problème, par l'accompagnement vers des fabricants de masques alternatifs homologués par la DGA, mais pas seulement.

Notre réseau, au travers de 15 de ses adhérents, est capable de fournir masques, combinaisons, gants, lunettes, solutions hydroalcooliques, mais aussi visières de protection, ou encore thermomètres infrarouges. Nous allons faire le maximum pour que chacun, dans son entreprise, ait les moyens d'accéder à ces protections. Les entrepreneurs ont modifié leur chaine de production, leur organisation ; il ne s'agissait pas de leur métier au départ.

Un de nos adhérents, en la personne de Philippe Orvain, propose par exemple le développement d'un boîtier de proximité, qui permet d'alerter les porteurs en cas de franchissement de la distance de sécurité.

Je pense donc que nous sommes organisés pour nos reprises, nous préparons déjà de nouveaux systèmes de sécurité qui verront le jour en interne pour faciliter la gestion des distances de travail, au regard de contraintes sanitaires à venir.

Quelles sont les autres difficultés rencontrées ?

Outre, pour l'instant, la mise en conformité de leur structure avec des masques qui ne sauraient donc tarder à arriver, les entreprises rencontrent des difficultés au niveau de leur approvisionnement, en matières premières notamment.

Mais aussi la gestion administrative, contrainte par des modifications de décret d'application, qui déstabilisent la gestion de l'entreprise par des règles, sans arrêt en mouvement.

Je prendrais pour exemple la dernière modification : nous indemnisons les entreprises sur une base de 35 heures, car c'était ainsi que la chose avait été décrétée ; les paies, étaient donc pratiquement faites dans toutes les entreprises, puisqu'au plus tard, elles sont faites le 15, avec les déclarations attendues.

Mais voilà, le 16 du mois, un nouveau décret modifie la base de calcul à 39 heures, pour ceux qui en ont la nécessité.

Donc pour les salariés qui étaient concernés, nous avons dû faire un deuxième bulletin de paie complémentaire. C'est beaucoup de travail, c'est beaucoup de risque de désorganisation, et c'est très stressant pour le chef d'entreprise.

Mais c'est sans doute le prix à payer pour suivre sans arrêt les aménagements qui doivent être faits, afin de coller au mieux à la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui.

il est important que chacun prenne conscience des difficultés qui auront été traversées par les entrepreneurs. Pour le moment, les urgences quotidiennes et la préparation de la reprise tirent l'activité et ne laissent que peu de places aux questionnements. Mais nous craignons un contre-coup psychologique fort chez les chefs d'entreprise qui auront aussi à gérer les difficultés psychologiques et sociales de leurs collaborateurs. Nous alertons sur ce point et les réseaux économiques du territoire ont remonté cette alerte au niveau des pouvoirs publics.

Par ailleurs, le Medef a organisé un webinaire sur cette thématique. Nous avons diffusé largement un guide sur le management à distance, ainsi qu'un guide du télétravailleur et des fiches sur les bonnes méthodes pour prendre soin du moral de ses salariés, et les conseils pour accompagner moralement les chefs d'entreprise en difficulté.

Vous aviez indiqué suivre de près le sujet des assurances, qu'en est-il ?

Oui, je souhaitais revenir sur un fait récent. Le Crédit mutuel a lancé un « pavé dans la mare ». Le groupe mutualiste a indiqué vouloir indemniser ses clients pour les pertes d'exploitations subies pendant le confinement ; et ce, à rebours des pratiques du secteur.

Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a annoncé le lancement des travaux sur un futur dispositif d'assurance, pour faire face aux retombées économiques négatives d'une possible nouvelle catastrophe sanitaire.

Le secteur fournit un effort considérable de soutien à l'économie de plus de trois milliards d'euros, avec la prise en charge des arrêts de travail et les remboursements de santé et du maintien des garanties d'assurance. Les assureurs se sont notamment engagés à verser 200 millions d'euros au Fonds national de solidarité en faveur des très petites entreprises et indépendants.

L'ensemble des pertes d'exploitation des entreprises affectées par la crise est évalué à 50 milliards d'euros, somme qu'aucun acteur, à part l'Etat, ne peut supporter seul. Il est donc indispensable que les assureurs tiennent le choc sous peine d'aggraver considérablement la crise actuelle.

Rappelons que les assurances sont là pour mutualiser un aléa, c'est-à-dire un risque non prévisible. Or, nous sommes aujourd'hui dans quelque chose de très différent ; un fléau qui touche tout le monde. Pour s'en prémunir, l'Etat a pris des mesures de confinement et d'interdiction d'activités.

Avec une assurance, on mutualise. Il faut des assurés qui se portent bien pour pouvoir supporter les sinistres de ceux qui vont mal. Le secteur se mettrait en danger s'il payait un sinistre pour lequel personne n'a cotisé. Les assureurs ne peuvent, hélas, pas faire de miracle avec l'argent qu'on leur a confié.

Les contrats qui sont passés avec les assureurs comprennent un certain nombre de clauses ; or, force est de constater que ces clauses ne sont pas juridiquement applicables dans la situation actuelle. En ce moment, c'est un peu comme si tout le monde avait un accident de voiture en même temps.

Certains ont aussi appelé à la mise en place d'un état de catastrophe sanitaire à l'image de la catastrophe naturelle. Mais la catastrophe naturelle est une situation contre laquelle l'ensemble des Français sont assurés. C'est une clause obligatoire dans les contrats d'assurance et chacun paye dans sa prime d'assurance de quoi nourrir le fond de catastrophe naturelle.

Ce dispositif n'existe pas pour les catastrophes sanitaires.

Que pouvez-vous dire concernant la récession annoncée ?
Faut-il prendre de nouvelles mesures ?

Le produit intérieur brut (PIB) français a chuté d'environ 6 % au premier trimestre 2020, plombé par l'épidémie de Covid-19. Il s'agit de la pire performance trimestrielle de l'économie française depuis 1945.

Nous sommes donc tous très inquiets. D'abord sur le plan sanitaire. Mais également sur le plan économique.

C'est une crise très sévère à laquelle l'Etat a réagi très vite pour amener des moyens permettant aux entreprises de passer cette période le moins mal possible.

Le plus important, c'est le grand plan de soutien de 300 milliards d'euros pour permettre aux banques de prêter aux entreprises, qui devrait limiter le nombre de faillites.

La seconde mesure, c'est l'activité partielle, qui permet d'alléger la masse salariale sans procéder à des licenciements.

Nous demandons que l'activité partielle soit prolongée au-delà du 1er juin car beaucoup d'entreprises n'auront pas retrouvé une activité normale à cette date.

Dans l'intérêt général, il faut relancer l'activité économique dont la consommation. Sinon l'emploi, les entreprises, les régimes sociaux et les finances publiques ne résisteront pas.

Nos concurrents étrangers sont déjà repartis, également dans de bonnes conditions de sécurité sanitaire. Néanmoins, le gros point d'interrogation est sur la remise en cause de l'activité partielle après le 1er juin. La quasi-totalité des entreprises ne redémarrera pas instantanément à cette date, ni même avant longtemps pour certaines. On veillera à ce que ces dispositifs soient prolongés et adaptés.

Toutefois, il y a encore des trous dans la raquette, notamment dans le déploiement des mesures de soutien financier. Les sommes qui sont déversées pour un soutien de la trésorerie des entreprises sont à la hauteur, encore faut-il qu'elles atteignent toutes les entreprises.

Il faudra notamment soutenir à bout de bras les secteurs qui ont été interdits d'activité au début du confinement et qui seront probablement les derniers à en sortir, comme l'évènementiel, l'hôtellerie et la restauration. Je souligne que nous participons au groupe de travail national du Medef pour l'élaboration d'un plan d'urgence pour les secteurs du tourisme et de l'événementiel, sous le slogan : « Destination France, on doit tous y travailler ! ». C'est primordial pour l'économie de notre territoire.

Les objectifs sont d'accompagner ces secteurs parmi les plus durement touchés par la crise et qui restent sans perspective aujourd'hui ; mais aussi de recenser les propositions et de coordonner un plan d‘urgence en appui des initiatives des professionnels du secteur.

Certaines entreprises vont aussi avoir besoin de capitaux pour passer cette période, puis éviter la faillite et la prédation économique. Et si les actionnaires privés ne sont pas là, c'est l'Etat qui a la possibilité de créer de l'argent, et de prendre le relais.

Enfin, il faudra probablement une forme de solidarité européenne. L'Europe ne s'en sortira en effet que par une mutualisation intelligente des dettes, au risque de voir des effets désastreux sur toutes les chaînes de valeurs.

Contacts utiles

Retrouvez les webinaires « Covid-19 » sur la chaîne Youtube : medef-seineetmarne.fr/fr/

Le répertoire d'approvisionnements en produits « Covid-19 » est accessible via : medef-seineetmarne.fr/fr/page-statique/

Pour toute question, la cellule opérationnelle du Medef Seine-et-Marne peut être jointe à l'adresse : covid19@medef-seineetmarne.com


Jean-Marc Sereni et Patrick Septiers, président du département




Quentin CLAUZON
Journaliste

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