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Rentrée solennelle de l'EFB : entre modernisation et défense des droits

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Rentrée solennelle de l'EFB : entre modernisation et défense des droits
© MSM

La rentrée solennelle de l'EFB, organisée dernièrement salle Pleyel en présence de nombreuses personnalités, a été l'occasion d'évoquer les changements à l'œuvre au sein de l'école, concernant notamment sa modernisation. Jacques Toubon, le Défenseur des droits, parrain de la promotion 2019, a de son côté insisté sur le rôle de vigie des avocats vis-à-vis des droits fondamentaux.

« Ne soyez pas de simples passants dans cette école, c'est un lieu magnifique, qui doit vivre, investissez-là, c'est vous qui la ferez rayonner ! » C'est par ces mots que Pierre Berlioz, le directeur de l'EFB, a accueilli les quelque 1 800 élèves-avocats de la promotion Jacques Toubon, les invitant par ailleurs à s'ouvrir aux autres professions du chiffre et du droit, comme aux entreprises. « Le juriste doit être imaginatif, ne rien prendre pour acquis, exercer son esprit critique et adopter des solutions en rapport avec la vie », a poursuivi l'agrégé des facultés, invitant aussi les élèves-avocats à adopter ce comportement.

Des valeurs à transmettre

« La formation est garante du succès de notre profession », a rappelé Marie-Aimée Peyron, bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris et présidente de l'EFB, lors de ses propos introductifs.
« L'EFB est un lieu de transmission de savoirs et de valeurs qui vous accompagnerons tout au long de votre exercice. ». Pour Marie-Aimée Peyron, l'enseignement doit être « exclusivement professionnel ». Seule la déontologie, « colonne vertébrale du métier », fait l'objet de cours magistraux. Les autres thématiques prennent la forme « d'ateliers pratiques ». À titre d'exemple, le Lab EFB, un « espace de formation destiné à préparer les futurs avocats aux changements qui impactent leur profession », va s'articuler autour de quatre grandes thématiques : marché du droit, algorithme et droit, legal design et webmarketing.

Cet enseignement « pratique » se fait également « sur le terrain au sein de cabinet d'avocats », afin d'initier notamment les élèves « aux due diligences et aux data rooms ». Une salle d'audience spécialement construite pour les élèves-avocats de l'EFB permet, par ailleurs, de les « familiariser avec l'art de la plaidoirie ». L'ouverture sur l'extérieur signifiant aussi « ouverture au monde », l'international prend une place importante ; l'EFB ayant noué des partenariats avec des « grandes écoles ».

Emmanuelle Hoffman, présidente déléguée de l'EFB a également insisté sur l'importance des liens à créer avec les magistrats « dès l'école » : « Il faut avoir ce réflexe le plus tôt possible, il en va de la bonne administration de la justice », a-t-elle indiqué aux élèves-avocats, ajoutant que l'EFB accueille également d'autres professions du droit, comme des huissiers, des notaires, des directeurs juridiques…

Les élèves-avocats invités à se positionner

Comme d'autres membres du conseil d'administration de l'EFB, Marie-Aimée Peyron a invité les élèves-avocats à être « force de proposition à l'école, mais aussi dans le cadre de la réforme de la justice ». « Il vous appartiendra de suivre cette actualité, tant il est vrai qu'elle conditionne votre avenir », a estimé la présidente de l'EFB. « Ce sont les justiciables et notre avenir que nous défendons et pour lesquels nous nous battons aujourd'hui », a-t-elle poursuivi, citant « les droits de la défense », « les droits du justiciable », « le volet pénal de la réforme » Et Marie-Aimée Peyron de tempérer ses propos : « cela ne veut pas dire que la profession ne veut pas accompagner les changements, mais ils doivent intervenir dans le respect des droits de la défense, pas dans leur réduction ».

Un parrain de circonstances

Ancien député, ancien ministre de la Culture et de la francophonie, ancien garde des Sceaux… Marie-Aimée Peyron n'a pas manqué de saluer le parcours du parrain de la promotion, Jacques Toubon, l'actuel Défenseur des droits. « La profession d'avocat a beaucoup travaillé avec lui, la Chancellerie n'a jamais été aussi ouverte que lorsqu'il était garde des Sceaux », a souligné la présidente de l'EFB, pour justifier ce choix, qui a aussi été « dicté » par les priorités de la profession. Le Défenseur des droits a notamment été « au côté de la défense pour le combat contre les boxes vitrés et pour la défense des droits des victimes ». Jacques Toubon avait également publié en mai dernier, avec le concours de la FNUJA, les résultats « alarmants » d'une enquête sur la situation des femmes au sein de la profession d'avocat. Selon l'étude, la profession rémunère les femmes 51 % de moins que les hommes, alors qu'elles représentent 54 % des avocats (et 80 % des élèves-avocats de la promotion Jacques Toubon). « Et seulement 4 % de femmes sont en charge des départements banque et finance », a déploré Marie-Aimée Peyron, avant d'exhorter les femmes à « oser », de sorte que « nous ayons un barreau sans discrimination ».

Prenant ensuite la parole, Jacques Toubon a souhaité commencer son discours en évoquant le rôle des avocats, dans une période où « l'organisation et les règles de l'institution judiciaire vont être profondément modifiées ». Conscient que « les élèves-avocats exerceront leur profession dans des conditions largement renouvelées, le plus souvent hors des prétoires », le parrain de la promotion 2 019 a estimé que la démocratie française vivait « un moment important, voire crucial ».

L'avocat vigie des droits fondamentaux

Dressant le parallèle avec sa fonction, le Défenseur des droits a souligné que l'avocat « n'était pas qu'un défenseur ». « Je voudrais vous proposer deux illustrations de l'engagement que je vous invite à prendre : le recul du principe universel de l'Etat de droit et la faible résistance de la France à l'œuvre de relativisation des droits fondamentaux ».

« Peut-on parler d'un crépuscule des droits fondamentaux », s'est interrogé Jacques Toubon, évoquant les régulières « restrictions aux libertés, en particulier des droits de la défense ». Le Défenseur des droits a notamment évoqué l'article 27 du projet de loi justice, selon lequel « en enquête préliminaire, le procureur pourra procéder en urgence à une interception des communications électroniques pouvant durer 24 heures, sans autorisation, sans contrôle, sans protection de la défense », ou encore le récent projet d'une mesure « d'interdiction de manifester susceptible de s'appliquer à toute personne recensée dans un simple fichier administratif ». Même constat s'agissant des droits économiques et sociaux » qui « figurent dans les droits fondamentaux » et sont la « matière même sur laquelle [Jacques Toubon] fonde [ses] actions dans les relations entre les usagers et les services publics ». À ce titre, le Défenseur des droits a publié, le 16 janvier dernier, un rapport sur les inégalités générées par la dématérialisation des administrations des services publics et la numérisation des formalités administratives.

« Que dire du service public de la justice », a poursuivi Jacques Toubon, estimant que plusieurs dispositions emportaient « un risque de voir mis en échec le droit fondamental de trouver un juge », une des « principales conquêtes » de la Révolution française. « Les migrants souffrent particulièrement de cette distance entre la proclamation des droits, dont nous continuons à nous gargariser, et leur mise en œuvre effective », a-t-il également déploré, indiquant que le Conseil d'Etat avait qualifié de « traitement inhumain et dégradant » les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et des exilés.

« Vous êtes, vous, futurs avocats, comme moi, une vigie, un sismographe des droits fondamentaux et de la demande sociale. Je dirais que le crépuscule que j'évoquais à l'instant ne s'étendra pas sur la France si vous ne cessez de dénoncer, d'expliquer le chemin ».

L'avocat pédagogue

Le Défenseur des droits a aussi constaté « depuis des années l'absence de débat réel, rationnel et informé, entre les exigences de la sécurité bien légitime et les garanties nécessaires au respect de la liberté ». « C'est le peuple lui-même qui, seul, peut faire triompher nos principes et nos valeurs, à condition qu'il en ait pleinement conscience », a-t-il poursuivi à l'adresse des futurs avocats. Pour Jacques Toubon, ces derniers ont un rôle « déterminant à jouer pour proclamer le droit, véritable mission d'intérêt général, en particulier auprès des enfants et des ados ». C'est en ce sens que l'ancien ministre a lui-même lancé l'an dernier « Educadroit », avec l'appui de 50 partenaires, « afin de transmettre le sens et la portée du droit ». Selon lui, les professionnels dont les magistrats, les médecins, les travailleurs sociaux et les cadres d'entreprises doivent aussi « être informés et formés » dans une série de domaines, tels que les droits de l'enfant ou le droit de la non-discrimination.

« Il faut que les Français comprennent que le droit est comme l'oxygène de l'air, indispensable à la vie. Battez-vous pour la vérité des actes, la vérité judiciaire, et vous convaincrez le monde, je le souhaite, que la Justice des hommes doit être parfaite, digne et belle », a-t-il conclu, avant que les élèves-avocats prêtent leur « petit serment » face à la Cour d'appel de Paris, spécialement « délocalisée » pour les besoins de cette audience de rentrée.


les 1800 élèves de la promotion jacques Toubon, Défenseur des droits, ont prété le petit serment devant la Cour d'appel de Paris, présidée par Chantal Arens, Première présidente de la Cour.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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