« La Région et la Communauté d'agglomération, fer de lance du développement économique »

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« La Région et la Communauté d'agglomération,  fer de lance du développement économique »
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Louis Vogel est maire de Melun et président de la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine. Cet avocat, fondateur du cabinet éponyme, professeur de droit, plaide aujourd'hui pour une rapide clarification des compétences économiques et sociales en Île-de-France. Pour lui, la Région et les intercommunalités sont les échelons les plus pertinents en matière de développement économique. Il détaille, par ailleurs, les atouts essentiels du territoire de Melun Val de Seine, tant en matière économique que touristique.

Pouvez-vous tracer les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Tout d'abord, je ne suis pas du tout un homme politique professionnel. Il y a trois ans que j'ai abordé la politique. En 1991, j'ai créé un cabinet d'avocat avec mon frère, après avoir soutenu ma thèse et passé le concours d'agrégation de droit privé. Pour ce faire, j'ai fait un long séjour à l'école de droit de Yale, aux Etats-Unis. J'ai également fait Sciences Po.

J'ai ensuite enseigné successivement à Orléans, à Nanterre et enfin à Paris II, dont je suis devenu le président, avant d'être élu président des présidents d'université.

J'ai alors souhaité lancer un think tank de centre droit, le Club d'Iéna. Jean-François Copé m'a dit « pour parler aux politiques, il faut se lancer en politique ». Naturellement c'était Melun, ville dont je connaissais le Maire Gérard Millet depuis 2006, puisque Paris II a 2 300 étudiants à Melun. J'ai donc un attachement tout particulier pour cette ville. A l'époque, les ministres successifs de l'Enseignement supérieur voulaient détacher Melun de Paris II pour créer l'Université de Melun. Gérard Millet et moi avons bataillé pour que le destin de Melun et celui de Paris II restent liés. Aux Municipales, nous nous sommes présentés ensemble devant les électeurs : Gérard Millet, maire, et moi, Premier adjoint. J'ai ensuite été élu président de l'agglomération. Au tiers du mandat municipal, nous avons échangé nos fonctions avec Gérard Millet. Le 7 avril 2016, je suis ainsi devenu maire de Melun et président de la communauté d'agglomération Melun Val de Seine.

Quels sont, à vos yeux, les principaux atouts économiques de la Seine-et-Marne ?

La Seine-et-Marne représente la moitié de la superficie de l'Île-de-France. Cette dernière ne peut pas exister sans notre département. C'est un territoire vaste, rural, avec beaucoup d'espace, donc une grande réserve foncière. Ce département bénéficie d'une atmosphère provinciale. Melun n'est qu'à 25 minutes de la capitale, c'est pourtant la première ville de France, après Paris. Beaucoup d'atouts en découlent. On peut travailler à Paris tout en vivant à Melun. Il est également facile, pour des entrepreneurs, de monter des activités à Melun, en bénéficiant d'un certain nombre d'avantages, comme des loyers modérés et des opportunités recrutement... Nous avons ici un potentiel de développement très important, tout spécialement dans l'agglomération de Melun Val de Seine : terrains disponibles, matière grise, proximité des centres de décision, sans oublier le tourisme avec la forêt de Fontainebleau, les berges de Seine, Vaux-le-Vicomte, le Musée de la gendarmerie nationale, le musée Aéronautique et Spatial de Safran... Nous avons tout pour vivre très bien et pour attirer des touristes.

L'adéquation entre l'offre et la demande d'emplois ne semble pourtant pas très favorable dans le département...

C'est un peu général en France. Les entreprises ont effectivement du mal à trouver des personnels qualifiés correspondant à leurs besoins. Les collectivités publiques ont un effort à faire. C'est ce que nous faisons. A Paris-Villaroche, à deux pas de Melun, des professionnels de l'avionique et des technologies avancées cherchaient, par exemple, des chaudronniers. Nous allons implanter un centre de formation pour ces métiers rares dont les entreprises de l'aéronautique ont aujourd'hui besoin.

Qui plus est, il n'y a pas que des emplois qualifiés à pourvoir. La logistique, qui se développe actuellement, permet à des jeunes sans qualification d'entrer dans le monde du travail. C'est par la diversité des formations et des filières que nous allons vaincre ce chômage endémique. Dans notre communauté d'agglomération, 14 % de la population active n'arrivent pas à trouver d'emploi. Nous souffrons des mêmes maux que les autres départements. Pourtant, je crois que nous avons davantage de chances de résoudre les problèmes, notamment à travers cet effort de formation et grâce à la position stratégique de la Seine-et-Marne et de Melun Val de Seine.

Cette position stratégique peut être impactée par la redéfinition de la Métropole du Grand Paris, notamment avec la disparition possible des départements...

Je ne sais pas quel sera le destin de la Seine-et-Marne au terme de cette redéfinition de la Métropole. Ce que je sais, c'est que la loi NOTRe – portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République, NDLR – a déjà fixé le cap.

En matière de développement économique, nous avons à présent deux strates essentielles : la Région – ou la Métropole – et la communauté d'agglomération. Entre les deux, il ne devrait plus y avoir de compétences économiques. Naturellement, les Départements luttent pour continuer à peser économiquement, mais il est vrai que leur avenir est menacé.

Le moment est venu pour le Gouvernement de faire ses choix. Nous ne pouvons pas continuer à ajouter indéfiniment des strates administratives aux strates administratives. On ne peut même plus parler de millefeuille... mais de tour de Babel.

Supprimer, ou revoir, l'échelon départemental sur le sujet économique permettrait de redistribuer les moyens qui lui sont alloués à la Région et aux communautés d'agglomération. Ces dernières ont un rôle à jouer dans tous les domaines où les économies d'échelle sont possibles. Pour autant les maires et leurs équipes restent les élus de référence et de proximité dont la population a besoin.

Le Département n'a-t-il pas un rôle à jouer, en matière de mobilités, par exemple ?

Les mobilités franciliennes doivent être prises en charge par la Région. La particularité de celle-ci avec un fonctionnement en étoile autour de Paris nécessite une vision globale. C'est la Région qui doit réguler les déplacements pendulaires et intervenir partout en Île-de-France pour rééquilibrer les territoires, décentraliser des administrations d'Etat, afin de faire en sorte que les gens travaillent là où ils résident. Cependant, dans le reste du pays, le Département peut être l'échelon pertinent.

De la même façon, en matière de sécurité, l'échelon communal n'est plus véritablement le bon. La criminalité ne s'arrête pas aux limites des communes. Notre agglomération compte 130 000 habitants. Pourtant, les pouvoirs de la Police de Melun s'arrêtent à l'entrée du Mée par exemple. Là aussi, le moment est venu de clarifier les choses. Cet empilement crée un embourbement de la décision. Cela devient totalement ingérable.

Et si la Métropole du Grand Paris n'englobait pas l'intégralité de la Région ?

Difficile de répondre à cette question pour l'instant. En tout cas, il ne faudrait pas que la Région soit en conflit avec la Métropole.

Il y a déjà eu des ajustements de frontières départementales, au moment de la création des communautés d'agglomération, notamment avec Sénart, en Seine-et-Marne, et Evry, dans l'Essonne – Les communes de Sénart appartiennent depuis 2016 à la communauté d'agglomération “Grand Paris Sud”, fusion des agglomérations Evry Centre Essonne, Seine Essonne, Sénart en Essonne, Sénart ville nouvelle et Grigny, NDLR. Le moment est venu de remettre de l'ordre.

Pour revenir à la communauté d'agglomération que vous présidez, quels sont ses principaux atouts économiques ?

Notre communauté d'agglomération de Melun Val de Seine bénéficie de grands pôles économiques : la zone d'activité de Vaux-le-Pénil –la deuxième en Seine-et-Marne en termes d'importance–, et Paris-Villaroche, la deuxième zone aéroportuaire d'Île-de-France, avec Snecma, Safran et ses 7 000 employés, Zodiac qui va bientôt s'installer, de nombreuses PME... et surtout avec une énorme réserve foncière de quelque 500 hectares.

Depuis le 1er janvier 2017, la communauté d'agglomération est compétente pour gérer les zones d'activité économique. Nous avons 11 de ces zones. Trois millions d'euros de crédit viennent d'être votés pour les remettre à niveau. Cet investissement devrait les rendre plus attractives pour les entreprises.

Nous avons aujourd'hui 12 000 établissements économiques au sein de la communauté d'agglomération. Les 23 plus grandes entreprises représentent 32 % des emplois du territoire. Melun accueille 40 % de ces établissements économiques, constituant les premiers contributeurs de la Cotisation foncière des entreprises.

Melun est, par ailleurs, une ville universitaire comptant plus de 4 000 étudiants, avec l'Ecole des Officiers de la gendarmerie nationale (EOGN) et l'université que nous souhaitons développer et diversifier, notamment dans le secteur de la santé. Je viens, en effet, d'inaugurer le Santépôle de Melun, le Groupement territorial hospitalier qui devient le nouvel hôpital de référence de tout le Sud Seine-et-Marne.

Le potentiel touristique est, lui aussi, très important, de Vaux-le-Vicomte au centre historique de Melun, en passant par la forêt de Fontainebleau – nous souhaitons ouvrir un accès à ce domaine forestier dont les confins jouxtent notre communauté d'agglomération –, sans oublier les 45 km de berges de Seine qui relient nos Pays.

Nous préparons actuellement notre candidature pour devenir “Grand site de France”. Nous avons lancé le “Plan Paysage“ qui en constitue la première étape. Nous sommes porteur du projet avec notre voisine, la communauté de communes Brie des Rivières et Châteaux.

Ce potentiel touristique est-il propice au tourisme d'affaires ?

Nous avons deux portes d'accès pour le tourisme d'affaires :
la gare de Melun, l'une des plus importante d'Île-de-France, qui met Paris à 25 minutes, et le pôle Paris-Villaroche, où il est possible de faire atterrir des avions de tourisme. Nous avons donc une réelle carte à jouer. Il nous faut néanmoins développer rapidement notre parc hôtelier. Nous manquons de chambres et d'établissements de bon niveau. Notre parc immobilier a beaucoup de charme. Il devrait permettre de faire des villégiatures agréables. Des salles d'accueil et de réception vont également être inaugurées à Villaroche, mais aussi des gîtes de qualité dans différentes communes de l'agglomération.

Le flex office change la donne en matière de mobilité. Est-ce pour vous un sujet majeur ?

C'est pour nous un axe de développement. Le flex office est l'un des axes de travail de Vincent Paul-Petit, le vice-président de la communauté d'agglomération, en charge du développement économique. Il travaille en ce sens afin que nous puissions développer ce genre d'offre sur le territoire. Le H Center de la Rochette fonctionne également très bien et veut s'agrandir.

Les créateurs d'entreprise sont également au cœur de votre action...

En Seine-et-Marne, ce sont les Hauts de Melun qui abritent le plus de créateurs d'entreprise. Nous mettons le pied à l'étrier à certains d'entre eux avec notre “Atelier”. Deux centres d'affaires, l'un à Dammarie-les-Lys, l'autre à Melun, permettent d'aider ces jeunes entrepreneurs. Nous mettons des locaux à leur disposition. Nous les aidons à définir leur marché, à créer leur communication, leur site internet, et à mener à bien leurs recherches de fonds. Nous les accompagnons au minimum jusqu'au cap des trois ans, souvent fatal aux jeunes pousses. Cet Atelier a ouvert ses portes le mois dernier. Il a déjà séduit une bonne quinzaine d'entrepreneurs.

Dans les Hauts de Melun, nous essayons également de remettre les jeunes au travail. Nous avons créé une association de préfiguration de régie de quartier, Fidamuris, qui permet de les former et de leur trouver un travail sur le territoire. Cette structure s'appuie sur une étroite collaboration entre la municipalité, les associations de riverains ainsi que les bailleurs sociaux afin d'insérer des publics éloignés de l'emploi dans des activités professionnelles. L'objectif final : une réinsertion pérenne dans le monde du travail.

L'éducation est aussi pour nous un axe de travail essentiel. Avec l'appui de l'Union européenne, nous avons lancé un programme de lutte contre le décrochage scolaire. Nous comptons aujourd'hui 500 “décrocheurs”. La Ville de Melun a parallèlement mis en place un programme de soutien scolaire à distance qui s'adresse aux élèves des écoles publiques du primaire, jusqu'au CM2.




MSM REDACTION
Journaliste

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