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Quelle métropole pour l'Ile-de-France ?

Les présidents des départements de Seine-et-Marne, des Hauts-de-Seine, des Yvelines, d'Essonne et du Val-d'Oise étaient récemment réunis au Palais des Congrès de Versailles pour dire l'urgence d'élargir la Métropole du Grand Paris aux limites de l'Île-de-France. C'est pour eux « le meilleur échelon pour notamment renforcer l'attractivité internationale et le développement économique franciliens ».
Quelle métropole pour l'Ile-de-France ?
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TerritoiresInfos région Publié le ,

Le président de la République a annoncé son intention de mettre en chantier une nouvelle réforme de l'organisation territoriale du Grand Paris. En présence de Gérard Larcher, le président du Sénat, venu leur apporter son soutien, Jean-Jacques Barbaux (77), Patrick Devedjian (92), Pierre Bédier (78), François Durovray (91) et Marie-Christine Cavecchi, la nouvelle présidente du Département du Val-d'Oise, qui ne « souhaitent pas subir cette réforme », défendent aujourd'hui « une métropole ambitieuse, solidaire et démocratique ».

Au moment où le Gouvernement travaille sur l'organisation du Grand Paris, ces élus franciliens veulent imposer une métropole, à leurs yeux, plus juste et plus équilibrée, qui engloberait l'ensemble de l'Île-de-France. Pour eux, « ce périmètre permettrait de disposer d'une collectivité locale efficace, partenaire des Départements et des Villes, pour renforcer l'attractivité internationale et le développement économique de la région parisienne ».

Ambitieuse, équilibrée, démocratique…

Pour les présidents de Département présents lors de ce rassemblement, la métropole régionale « doit concerner l'ensemble du territoire francilien, car il ne saurait être question de laisser une partie des populations, des entreprises et des collectivités à l'écart de la dynamique apportée ». Selon eux, le développement de l'attractivité ne doit pas se faire au détriment des Franciliens, « qui connaissent déjà des conditions de vie éprouvantes en termes de transports, de logement et de sécurité ».

Une métropole équilibrée doit s'attaquer aux « ghettos urbains », comme au « délaissement des zones rurales », assurer le développement maîtrisé des villes et préserver les espaces naturels. À leurs yeux, la métropole doit être édifiée « sur l'institution régionale actuelle et encouragée à conventionner avec les Départements et le bloc communal ».

Pour ces présidents de Département d'Île-de-France, « cette réforme peut faire l'objet d'un large consensus et d'une mise en œuvre rapide. À l'heure où le Brexit et l'organisation des Jeux olympiques en 2024 offrent une occasion unique de développement, l'agglomération parisienne n'a pas de temps à perdre dans un nouveau « meccano institutionnel », dont le résultat sera de désorganiser des services qui fonctionnent et de diminuer, pour plusieurs années, l'investissement public ».

Les présidents de Département se sont ensuite exprimés l'un après l'autre pour livrer leurs convictions. Le projet du président de la République de faire évoluer l'architecture institutionnelle de l'Île-de-France représente, pour Jean-Jacques Barbaux, « un challenge pour les élus franciliens comme pour les habitants que nous représentons ». Pour lui, l'heure est au rassemblement, notamment des Département d'Île-de-France de la grande couronne, afin d'élaborer ensemble un projet de territoire, « qui n'exclut aucun Francilien, mais au contraire, qui leur garantira un égal accès au service public et leur permettra de bénéficier de la dynamique métropolitaine ».

Selon le président du Département de Seine-et-Marne, la seule simplification administrative ne peut constituer le fil rouge d'une réforme visant à créer la première Métropole française et l'une des plus importantes au monde : « ce ne serait pas à la hauteur des attentes des Franciliens, et des élus qui se mobilisent pour inventer l'Île-de-France de demain ». Pour lui, « bien au contraire, pour inventer la Métropole du Grand Paris de demain, une métropole d'envergure mondiale, prospère, innovante et attractive, il est indispensable que la réforme qui s'engage associe, dans la plus grande transparence, l'ensemble des élus du territoire, qui portent les aspirations des habitants qu'ils représentent ».

Jean-Jacques Barbaux estime qu'il s'agit « de la condition sine qua non pour créer une véritable adhésion autour de ce projet et pour éviter que les habitants de la grande couronne, pour l'instant exclus de cette nouvelle organisation territoriale, n'aient le sentiment d'être des ‘‘citoyens de seconde zone'', sentiment dangereux qui pourrait les pousser davantage encore vers des votes radicaux ».

François de Mazières, maire de Versailles, Stéphane Beaudet, président de l'Association des maires d'Île-de-France, Jean-Jacques Barbaux, président du Département de Seine-et-Marne, François Durovray, président du Département de l'Essonne, Marie-Christine Cavecchi, nouvelle présidente du Département du Val-d'Oise, Patrick Devedjian, président du Département des Hauts-de-Seine, et Pierre Bédier, président du Département des Yvelines. (© A.P.)

Pas de nouveau big bang institutionnel

Le président du Département de Seine-et-Marne souligne que « les métropoles qui s'imposent aujourd'hui dans le champ territorial mondial extrêmement concurrentiel sont celles qui ont su mixer les zones urbaines très denses et des zones rurales périphériques. La Seine-et-Marne et les autres départements de grande couronne peuvent être des poumons verts et des territoires d'expansion du Grand Paris, contribuant à son développement ».

Dans sa configuration actuelle, ou dans la configuration à laquelle elle pourrait ressembler en intégrant les départements de petite couronne avec Roissy et le Plateau de Saclay, la Métropole du Grand Paris apparaît « comme un échelon territorial supplémentaire ». De surcroît, la perte de ces territoires stratégiques serait très mal perçue par les élus et les habitants : « Nous avons entamé, depuis quelques mois, un travail avec les communautés d'agglomération et les communautés de communes de Roissy Pays de France, de Plaines et Monts de France, du Pays de l'Ourcq, du Pays de Meaux et le conseil départemental du Val-d'Oise pour élaborer, sur ce périmètre stratégique, un vrai projet de territoire, à travers la création d'un Groupement d'intérêt public (GIP), dans la perspective de mettre en œuvre une approche partagée des schémas de cohérence territoriale. Une Métropole du Grand Paris qui absorberait Roissy ou encore le secteur de Disney, mettrait un frein à cette initiative innovante et volontaire des élus. De même, la perte des territoires de Roissy et de Disney, moteurs de la croissance économique de la Seine-et-Marne, ainsi que des infrastructures de niveau régional, voire même national, comme la gare de Marne-la-Vallée Chessy, la future gare TGV Lieusaint ou encore la gare du Grand Paris Express à Mesnil-Amelot, qui y sont liées, seraient un coup dur pour notre département, au regard des investissements et des charges qu'ils représentent malgré tout pour notre collectivité ».

Comme le précise Jean-Jacques Barbaux, « la plateforme aéroportuaire représente à elle seule près de 85 000 emplois, et sur ce volume, 16 % des emplois sont occupés par des Seine-et-Marnais. De même, le groupe Euro Disney est le premier employeur privé de Seine-et-Marne avec 22 000 emplois créés dont 15 000 emplois directs ». Il se dit « convaincu que la région Île-de-France est le seul périmètre pertinent pour la métropole, puisqu'il n'exclut aucun Francilien ; que son schéma d'organisation institutionnelle est le seul pertinent, puisqu'il fédère tous les territoires, dans le respect de leurs diversités et qu'il garantit l'efficacité des décisions publiques ; que son périmètre permettrait de préserver un maillage territorial suffisant et économe des deniers publics ».

La Seine-et-Marne représente quelque 49 % de la superficie de l'Île-de-France. Elle bénéficie par ailleurs de nombreux atouts : « une croissance parmi les plus dynamiques de France, des ressources naturelles riches et variées, un tissu d'entreprises d'excellence, ainsi que ses sites touristiques de renommée mondiale, tels que le château de Fontainebleau, la Cité médiévale de Provins ou encore Disneyland Paris. Autant d'opportunités pour renforcer le statut de ville-monde du Grand Paris ».

Seine-et-Marne et Hauts-de-Seine, même combat

Pour Patrick Devedjian, « Le Grand Paris, c'est l'Île-de-France ! ». Le président du département des Hauts-de-Seine estime que « noyer les départements de petite couronne dans cette Métropole, est la boule puante laissée par François Hollande dans le bureau d'Emmanuel Macron… » Selon lui, « le principal risque de ce découpage serait de sectionner littéralement les nerfs de l'Île-de-France ! (…) On voudrait rayer d'un trait de plume le département, une structure qui remplit parfaitement sa tâche, en particulier dans le social ».

Comme le précise le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, « pour moi, une Métropole du Grand Paris cantonnée à la zone urbaine ultra-dense est une idée très étriquée et très dangereuse. Le Grand Londres représente en surface, plus du double de Paris et sa petite couronne. Limiter la Métropole à la zone dense ? Quel manque d'ampleur et d'ambition pour ce grand territoire qu'est l'Île-de-France, dont la grande variété des paysages, des activités, des populations, des bassins de vie, fait toute la richesse ! Pour que son périmètre soit opérant, il faut une métropole qui épouse les contours de la Région. Et dans ce cadre, il faut encourager les fusions volontaires de communes ou de Départements, comme nous l'avons lancé avec Pierre Bédier. Il ne s'agit pas de nier le fait métropolitain. Au contraire, il s'agit de construire une métropole à la fois ambitieuse, solidaire et équilibrée, qui soit en première ligne dans la compétition internationale. »

L'union des Hauts-de-Seine et des Yvelines

Patrick Devedjian et Pierre Bédier projetaient l'union de leurs Départements. La situation actuelle suspend ce projet. Comme le précise le président du Département des Yvelines, « L'exécutif s'est lancé dans une nouvelle réforme territoriale en Île-de-France, ce qui nous conduit à différer cette union, en attendant de savoir ce qu'il doit advenir de nos intercommunalités, départements et région. » Et d'ajouter « Nous voulons une métropole qui ajoute et qui rassemble. Nous voulons que le Grand Paris concerne l'ensemble du territoire régional. C'est la seule solution acceptable, car toutes les autres reviennent à mettre à l'écart, de façon méprisante, une partie de notre population ; à confisquer à nos départements ce qu'ils ont de meilleur, en leur enjoignant de se débrouiller, comme ils pourront, avec le reste ; à briser les solidarités de « pays » de nos zones moins denses et les complémentarités territoriales évidentes qui existent de part et d'autre de la frontière artificielle que constituent les limites de la petite couronne ». Pour Pierre Bédier, « le président de la République doit nous entendre, le Gouvernement doit nous entendre. Surtout, ils doivent nous écouter. Toute réforme territoriale, pour être acceptée, doit être longuement mûrie. Prenons modèle sur ce que fit, en son temps, le général de Gaulle. C'est en 1959 qu'il décida de réorganiser la région parisienne. (…) Il faut “donner du temps au temps”. Parce que c'est un gage de réussite, parce que nous souhaitons la réussite de ce projet, parce que nous voulons le bien de tous. »

« Je ne veux pas que l'on rende périphériques cinq millions d'habitants de la région ! »

Selon Gérard Larcher, sénateur des Yvelines, président du Sénat, « Il nous revient la responsabilité de trouver une voie qui nous permette, sans faire table rase du passé, de nous tourner vers l'avenir en nous donnant quelques principes de conduite. Le premier d'entre eux, c'est le lien de proximité indispensable avec nos concitoyens qui doit être maintenu.

La commune est la cellule de base de la démocratie locale. (...) Le second principe, c'est l'initiative territoriale qui doit permettre la mise en place d'un projet cohérent et novateur pour donner au territoire de l'Ile-de-France les moyens de peser économiquement tant au niveau national qu'européen et international. (...) La France ne se relèvera pas sans ses territoires ou contre ses territoires. Toute évolution territoriale doit pouvoir se construire en association avec les communes. Concernant la Métropole du Grand Paris, la Région Ile-de-France et les départements la composant, des évolutions doivent être envisagées. »

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