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Quand les directeurs financiers écoutent Nicolas Bouzou

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Quand les directeurs financiers écoutent Nicolas Bouzou
© Twitter @ DFCG

L'association nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion (DFCG) a récemment invité l'économiste en vogue Nicolas Bouzou à venir présenter son dernier ouvrage « Le grand refoulement : Stop à la démission démocratique » et débattre avec ses membres autour de l'actualité politico-économique.

Encore un jour de grève des taxis contre les VTC… Décidément, l’actualité est parfaitement en phase avec le discours tenu par Nicolas Bouzou. L’économiste, qui pose un regard large sur notre société, tire son épingle du jeu en tissant des liens bien sentis entre innovation, économie et politique.

« On entre dans une phase de destruction créatrice »

Après avoir été présenté amicalement par le président Philippe Audouin, « puisque Nicolas est un familier de la DFCG » (pour qui il écrivait des chroniques), l’essayiste a commencé par aborder ce qui lui semble être « le sujet le plus important aujourd’hui, non seulement quand on s’intéresse à l’économie mondiale, mais aussi quand on s’intéresse à nos sociétés ». Pour ce dernier, nous vivons le démarrage d’un des cycles économiques « les plus fantastiques de toute l’histoire de l’humanité », qui a pour précédant l’arrivée du grand commerce dans l’Athènes antique, la Renaissance avec la révolution copernicienne, et la Révolution industrielle. « Pour moi, ce qui se passe actuellement Porte Maillot n’est qu’une illustration et une conséquence de cette vague d’innovation. »

Nous sommes entrés dans une phase de destruction créatrice majeure mondiale, mais nous n’en sommes pas encore tout à fait conscients. Il y a toujours une chute de productivité au début d'une révolution pour des raisons schumpetérienne, soutient-il. La peur de détruire l’organisation existante et de nombreux emplois nous paralyse. En témoigne, l’embarras du gouvernement face aux taxis et aux hôteliers vivement concurrencés par les nouvelles sociétés Uber et AirBnB. Cependant, il faut passer au-dessus de cette peur primaire et aller de l’avant. Ce qui pose problème aujourd’hui selon lui est que nous sommes focalisés sur l’ancien monde qui s’écroule, et non pas sur le nouveau monde qui se crée. 

 


 

« On joue à 15km du terrain de foot »

Toutefois, pour innover et avancer il faut avoir un socle de valeurs solide, et « des intellectuels qui essaient de porter leur regard vers l’avenir plus que vers le passé ». La France vit aujourd'hui dans la passion, et a oublié la raison. Elle est devenue le seul pays où l'on refuse de nommer les problèmes avant de pouvoir commencer à les régler. L’essayiste regrette que le débat public se focalise autour de sujets secondaires ou du passé. « La nostalgie n’est pas le meilleur moyen de dessiner notre futur », avait d’ailleurs souligné le ministre de l’Economie Emmanuel Macron en décembre dernier lors de Financium, la grand-messe des directeurs financiers.

Nicolas Bouzou appelle au retour de la méthode et de la raison dans l'élaboration de notre politique. « J’ai souvent l’impression qu’on joue à 15km du terrain de foot. Il est donc plus difficile de marquer des buts », déplore-t-il. Dans « l’hyper révolution » qui s’ouvre sous nos yeux grâce au développement des NBIC - qu’il décrit comme la convergence de quatre types de technologies : les Nanotechnologies, les Biotechnologies, les sciences de l’Information et les sciences Cognitives - il faut recentrer le débat sur la démocratie et l’emploi. Cette vague des NBIC s’est traduite par la digitalisation des contenus dans les années 1990, la numérisation de l’accès aux services dans les années 2000, l’internet des objets (qualifié de 4e Révolution industrielle au Forum de Davos) et le transhumanisme qui émergent aujourd’hui. Il s’agit de la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une vague d’innovation est quasiment mondiale. « Il est plus facile de compter les pays qui ne participent pas aux NBIC que ceux qui participent ». Cette déferlante d’innovation qui bouleverse notre société, détruit des emplois et en crée de nouveau, « c’est ça le terrain de foot ».

L’économiste critique l’inaction de la France. Un pays dans lequel « on aime bien tout figer, à coup de réglementations et de fiscalité, ce qui ralentit l’agonie de l’ancien monde et l’éclosion du nouveau ». Il faut ainsi inventer des politiques économiques novatrices qui prennent en compte les conséquences des NBIC, sans pour autant oublier la partie de la population qui se voit défaire de son emploi comme les taxis, hôteliers, libraires… « On a aussi le droit d’être inventif, voir d’être intelligent même quand on est libéral ! », ironise Nicolas Bouzou, qui estime d’ailleurs qu’Emmanuel Macron incarne très bien cela.

 


 

L’inquiétude des directeurs financiers

Avec ce constat de révolution en marche, comment avoir confiance dans l’avenir ? Nicolas Bouzou ouvre le dialogue avec la salle. L’inquiétude se fait sentir à travers les questions et interventions des directeurs financiers.

Du point de vue économique, c’est le bouleversement du marché du travail qui les intéresse. Que faire face à la transformation du marché ? Où sont les futurs jobs ? L’arrivée de la robotique va-t-elle supprimer les emplois peu qualifiés ? Faut-il réformer le CDI ?

Du point de vue politique, la représentativité et l’ouverture des débats posent question. Comment insérer davantage de démocratie dans le débat public ? Doit-on instaurer le scrutin proportionnel à l’Assemblée nationale ? Que faire face à la montée du Front national ? Faut-il réformer les institutions ? Pourquoi les syndicats ne sont-ils plus représentatifs ? Y a-t-il encore des corps intermédiaires ? Comment s’impliquer davantage dans notre législation ?

Un directeur financier demande même à l’économiste quel parcours de formation faut-il conseiller à ses enfants sachant que dans une quinzaine d’années les métiers auront changé. Nicolas Bouzou n’a pas véritablement apporté de réponse mais s’est montré rassurant. Il ne s’inquiète pas du tout pour les jeunes générations, pour qui l’adaptation et le numérique sont presque une seconde nature.

Enfin, un prospectiviste a expliqué que 2016 sera « l’année de l’espace » grâce aux satellites qui gouvernent nos vies en étant les vecteurs de la dernière révolution industrielle. « Nos petits téléphones portables n’ont de sens que parce qu’il y a des satellites géostationnaires », a-t-il fait remarquer avant de dire qu’ Elon Musk (ingénieur à la tête d’une des rares entreprises à pouvoir envoyer un satellite en orbite géostationnaire), évoqué précédemment par Nicolas Bouzou, était « le Magellan des temps moderne ».

Ce qui est certain est que l’avenir est plein d’innovations et qu’il faut prendre ce cycle de destruction créatrice au sérieux en s’impliquant dans ce renouveau. Comme le dit si bien Nicolas Bouzou : stop à la démission démocratique.




Véronique BAUMERT
Journaliste

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