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Philippe Justo : « Une mobilisation exemplaire »

le - - Actualité - Grand témoin

Philippe Justo : « Une mobilisation exemplaire »
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Patron de la Direction départementale de la sécurité publique de Seine-et-Marne (DDSP) depuis maintenant un an, Philippe Justo revient sur l'actuelle crise sanitaire. Il salue le travail de ses équipes durant cette période de confinement – « Un niveau de sécurité publique le plus haut possible » – et se veut optimiste pour la suite.

Après ces semaines de confinement, quel bilan tirez-vous ?

Tout d'abord, une très grande majorité de la population a respecté ce confinement et en a parfaitement compris les enjeux vitaux. Ensuite, la mobilisation des personnels de la Police nationale, en particulier ceux de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de Seine-et-Marne, a été exemplaire. Il y avait une nécessité absolue de faire le maximum pour protéger la population et aider les soignants à sauver des vies.

Quelle organisation avez-vous mise en place ?

Nous avons adapté tous nos services avec un triple objectif : faire respecter le confinement, continuer d'assurer nos missions essentielles (assistance aux personnes, gestion des appels au « 17 Police Secours » et flagrant délit judiciaire, en particulier les violences conjugales) et protéger efficacement nos personnels. Nous avons fait travailler les policiers par équipe en alternance pour éviter la contamination par les croisements et garder ainsi des personnels toujours disponibles. Nous avons mutualisé toutes les unités de voie publique et d'investigation. Nous avons adapté les horaires de travail de chacun pour assurer une présence continue 7 j/7 et 24h/24 tout en développant le télétravail. Nous avons accordé des autorisations exceptionnelles d'absence pour les gardes d'enfants par exemple. Notre service de médecine préventive a veillé aux personnels vulnérables ou à ceux qui avaient été en contact avec des personnes atteintes ou suspectées d'être atteintes du Covid-19.

Vous avez également bénéficié de renforts…

En plus des CRS, 180 policiers et élèves-policiers de la Police nationale nous ont rejoints (Police aux frontières, École nationale supérieure de la police, dont un des sites se trouve à Cannes-Ecluse, Direction du recrutement et de la formation et service de la protection). La Police judiciaire (DRPJ 78) a aussi récupéré des enquêtes que nous traitons habituellement et d'autres services nous ont prêté des drones. Ces renforts ont été essentiels, tout comme les opérations conjointes ou coordonnées avec les polices municipales, le SDIS (Service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne) et la Préfecture de Seine-et-Marne. Cette organisation nous a permis d'atteindre notre objectif opérationnel qui était de « tenir le terrain » en tous lieux et à tous moments. Nous avons déployé jusqu'à 215 véhicules de police comprenant 660 policiers sur une seule journée, ce qui est considérable.

Combien avez-vous effectué de verbalisations ?

Je ne peux pas vous donner de chiffres précis, mais nous avons contrôlé plusieurs dizaines de milliers de personnes et diligenté plusieurs milliers de procédures judiciaires. Nous nous sommes surtout intéressés aux multirécidivistes. Certains, pas si nombreux que cela heureusement, ont été interpellés huit, neuf, 10 fois !

La délinquance a-t-elle baissé durant cette période ?

Il est encore trop tôt pour dresser un bilan, mais globalement, la délinquance a considérablement baissé en Seine-et-Marne, de l'ordre de -70 % à -75 % en moyenne. Les vols à la tire ont ainsi logiquement et quasiment disparu. En revanche, nos interventions aux domiciles pour des violences conjugales, à la suite d'un appel, ont beaucoup augmenté (+ de 50 % en moyenne). Comme il s'agit d'une « top-priorité », nous avons traité sans délai toutes ces affaires.

Avez-vous eu assez de matériel sur le plan sanitaire ?

Oui, la protection des personnels a été ma priorité. Nos personnels de soutien se sont « défoncés » pour mettre à disposition de leurs collègues de terrain tous les équipements de protection disponibles. Nous avons donc eu des masques, des gants et du gel, malgré des craintes légitimes. Les personnels et les responsables syndicaux pourront vous le confirmer. Je n'ai pas cessé d'insister sur le respect des mesures barrières, car notre travail est avant tout un travail d'équipe et en équipe. C'est un peu comme si on avait demandé aux huit joueurs du pack d'une équipe de rugby d'entrer en mêlée avec 1 m de distance entre eux !

Le regard de la population sur la police a-t-il changé ?

Il faudrait le lui demander, mais à moyen ou long terme, je ne crois pas. En raison de la disparition ou du report de certaines tâches devenues non prioritaires, nous avons pu nous concentrer encore mieux sur la protection de la population et assurer un niveau de sécurité publique le plus haut possible. J'espère que c'est ce qu'on retiendra.

Votre lutte contre le trafic de drogue a-t-elle été plus efficace ?

Notre présence renforcée s'est incontestablement révélée très efficace vis-à-vis des points de ventes. Les trafiquants, les usagers-revendeurs et les clients étaient plus facilement repérables dans la rue. De plus, du fait du confinement généralisé dans des pays sources ou de transit, la drogue a été plus difficile à trouver. Les contrôles permanents sur la voie publique ou dans les parties communes des immeubles nous ont permis de faire de nombreuses affaires comme le 27 avril à Melun avec la découverte de plus de 1, 2 kg de cannabis. Il y a eu aussi des interventions à Torcy, à Fontainebleau ou à Montereau.

Quelle va être votre stratégie pour le déconfinement ?

L'objectif principal est de maintenir une présence élevée sur la voie publique tout en assurant la sécurité sanitaire des personnels. Nous continuerons donc à contribuer à l'amélioration de la situation sanitaire en protégeant la population tout en reprenant le plus vite possible l'ensemble de nos missions comme le respect de l'ordre public et la conduite des enquêtes judiciaires.

Un an après votre arrivée, comment jugez-vous la situation de la sécurité publique en Seine-et-Marne ?

Je connaissais déjà bien la DDSP 77 pour y avoir été directeur adjoint de 2010 à 2013. Dans notre zone de compétence (près d'1,1 million d'habitants, 2 550 agents et 15 circonscriptions de sécurité publique), la situation s'est nettement améliorée, même si la population ne le perçoit pas toujours ainsi. La sécurité du quotidien (PSQ), lancée en février 2018, et les groupes de partenariat opérationnel (GPO), créés en mai 2019, produisent de bons résultats. Ces groupes choisissent et règlent tous les mois dans un secteur donné un problème de sécurité au sens large. Ensuite, nous avons fait de la lutte contre le trafic des stupéfiants notre objectif n° 1, tout particulièrement le démantèlement des points de ventes. Les résultats sont là. Je constate également une excellente synergie avec les autres acteurs de la sécurité intérieure. Enfin, depuis en mai 2019, un projet de réorganisation est en cours pour regrouper nos forces dans neuf CSP (circonscription de sécurité publique) au lieu de quinze, afin d'améliorer encore notre efficience.

Quelle est la tendance en matière de délinquance ?

La sécurité publique est un acteur comme beaucoup d'autres (justice, organes de prévention, collectivités territoriales, polices municipales, éducation nationale et bailleurs sociaux). L'évolution de la délinquance dépend également de la présence et de l'efficacité de nombreux « outils » comme la vidéo-protection, les organes d'échanges, la volonté et les ressources mises en œuvre. Si on regarde les tendances sur le moyen et le long terme, on constate que la sécurité progresse. Le taux de criminalité (nombre d'infractions enregistrées rapportées à la population) sur la zone de la DDSP 77 a, par exemple, baissé de près de 9 points en 10 ans et il est aujourd'hui d'environ 58 pour mille. Les infractions, qui jouent le plus sur le fameux « sentiment d'insécurité » (cambriolages, vols avec violences, vols liés aux véhicules et dégradations) et qui représentent environ 40 % de la délinquance, ont également baissé (-11 % pour les cambriolages des domiciles et -34 % pour les infractions liées aux véhicules). Par ailleurs, nous avons encore renforcé notre coopération avec la police judiciaire. En septembre 2019, nous avons créé une Cellule commune de recueil et d'analyse du renseignement sur les stupéfiants (CROSS), nous avons réorganisé notre filière de l'investigation (Sûretés urbaines) dans les 15 commissariats pour une meilleure professionnalisation avec un groupe stups dans chacun d'entre eux et nous avons renforcé la coordination de la Sûreté départementale.

La brigade anticriminalité (BAC) de la communauté d'agglomération de Melun Val de Seine a-t-elle vu le jour ?

Oui, cette BAC, qui regroupe les anciennes BAC de Melun Val de Seine et de Moissy-Cramayel-Sénart, a été lancée le 2 mars. Nous avons maintenant une BAC bénéficiant du renfort de sept policiers venant de la BAC départementale, laquelle a été complètement intégrée dans les BAC locales. Ces BAC connaissent mieux le terrain et elles sont placées directement sous l'autorité du chef de la circonscription. Ce mouvement nous a permis, en outre, de créer une nouvelle BAC d'agglomération à Fontainebleau et à Nemours. Ces deux BAC préfigurent les quatre autres BAC d'agglomération qui verront le jour le 1er septembre prochain.

Selon vous, y aura-t-il un avant et un après Covid-19 ?

Il est encore trop tôt pour le dire, mais je remarque que notre centre d'information et de commandement départemental installé à Melun, le « réacteur opérationnel » de la DDSP, a fonctionné de façon optimale. Il va falloir suivre de très près l'évolution dans les prochaines semaines et ensuite, il faudra analyser cette gestion de crise pour en tirer tous les enseignements. Je pense notamment au recours plus fréquent au télétravail ou à une meilleure priorisation de nos missions. Même si on le savait déjà, on a pu voir à quel point le renforcement de notre présence sur la voie publique avait des effets positifs. Il faudra donc tout faire pour la maintenir à ce niveau en se concentrant mieux sur notre cœur de métier. On ne peut pas nous demander de tout faire tout le temps. Je ne pense pas que notre univers professionnel va changer d'un coup. Il continuera d'évoluer pour s'adapter toujours.




MSM REDACTION
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