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Philippe Descrouet, Val d'Europe Agglomération : « Val d'Europe doit jouer un rôle majeur »

le - - Actualité - Grand témoin

Philippe Descrouet, Val d'Europe Agglomération : « Val d'Europe doit jouer un rôle majeur »
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Les responsabilités ne l'effraient pas, bien au contraire. Chef d'entreprise, maire (UDI) de Serris depuis 2014, ex-président d'EPA France (établissement public d'aménagement) et désormais président de Val d'Europe Agglomération : Philippe Descrouet, 58 ans, navigue avec bonheur entre business et politique depuis plus d'une vingtaine d'années. Confronté à la crise sanitaire et économique depuis son élection à la tête de l'intercommunalité seine-et-marnaise, en juillet dernier, il entend relever ce nouveau défi. Son ambition ? Promouvoir un territoire impacté financièrement par la fermeture provisoire de Disneyland Paris, mais toujours aussi dynamique et attractif.

Comment conciliez-vous vos fonctions d'élu et votre activité professionnelle ?

Tout est une question de choix, de méthode et d'organisation. C'est le seul moyen de respecter un bon équilibre entre vies politique, professionnelle et personnelle, tout en gardant les pieds sur terre. Le secret, c'est d'abord l'expérience, mais aussi de savoir déléguer à des collaborateurs expérimentés et compétents. Il faut donc bien les choisir et s'investir totalement avec eux jusqu'à ce que le projet politique soit compris et partagé. C'est le préambule indispensable à sa bonne réalisation et à l'autonomie des équipes. Même quand je ne suis pas là, je le suis un peu à travers eux !

L'autonomie et la concertation, c'est justement ce que vous souhaitez proposer à vos 11 vice-présidents…

Chacun de nous a besoin d'exister, de se réaliser et d'être reconnu, quelle que soit sa fonction. L'investissement personnel est ainsi décuplé. En tant que maire, j'ai toujours fait le choix de donner un certain pouvoir et une autonomie à mes adjoints. Il en est de même pour mes vice-présidents. Il convient juste de fixer les objectifs et les limites, tout en procédant à quelques réglages au fil de l'eau. Quant à la concertation, elle est pleine et entière. Tous les 15 jours, je réunis ainsi les maires de l'agglomération pour échanger sur les décisions ou les orientations à prendre.

La crise sanitaire rend-elle votre programme plus compliqué à mettre en place ?

Oui, malheureusement. Pour être clair, nous allons perdre un an. Comme pour beaucoup de collectivités locales, cette crise a ralenti l'ensemble de nos projets, qu'ils soient internes, externes, humains ou matériels. Depuis plusieurs mois, tout est plus compliqué et nous passons notre temps à nous adapter à toutes les nouvelles dispositions gouvernementales. Une agglomération a une mission de service public auprès de ses habitants et il est devenu très difficile de la mener à bien.

Êtes-vous inquiet par la nouvelle fermeture de Disneyland Paris et de ses conséquences sur le plan économique ?

Je suis inquiet et confiant à la fois. Inquiet pour la situation présente à court et à moyen termes, mais confiant sur le long terme. Nous allons subir une perte de recettes de 25 millions d'euros pour 2020 et 2021. Cette perte va correspondre principalement à la baisse d'activité des entreprises et à la non-perception de la taxe de séjour dans les hôtels et les résidences de tourisme. Je pense que cet impact financier se fera sentir jusqu'en 2022, mais j'ai bon espoir qu'au-delà, l'agglomération retrouve progressivement une situation normale et défende son statut de première destination touristique d'Europe. Seuls la réouverture des frontières et le retour massif des touristes le permettront.

Vous souhaitez voir votre agglomération peser davantage sur les futurs projets de développement. Vous avez d'ailleurs obtenu à ce qu'elle figure sur la dernière convention signée avec l'Etat et Eurodisney.
Que cela signifie-t-il ?

Lors des négociations de l'avenant 9 de cette convention, nous avons obtenu, non sans mal, que l'agglomération et les communes soient associées en amont à la réflexion et à la conception de tous les projets de développement urbains et économiques. Les élus locaux connaissent parfaitement leurs habitants et leurs besoins. Ils sont donc les mieux placés pour donner leur avis sur la conception de la ville de demain, car ce sont eux et eux seuls qui en auront la gestion. J'ai défendu avec force que rien, désormais, ne devra se faire sans notre approbation. La renégociation de la phase IV, qui est en cours, et le décalage de la phase V en sont un parfait exemple. C'est aujourd'hui acté et Val d'Europe doit jouer un rôle majeur ! Désormais, nous devons être en capacité de faire des propositions alternatives ou complémentaires en cas de désaccord avec l'aménageur public ou Eurodisney. C'est pour cette raison que nous avons décidé de renforcer considérablement nos services chargés de l'aménagement et des travaux.

Thierry Cerri, maire de Copvray, vous a récemment succédé à la tête du conseil d'administration d'EPA France. Quelles relations souhaitez-vous entretenir avec cet aménageur public ?

Il n'était pas concevable que je sois à la fois président de l'agglomération et d'EPA France. Aujourd'hui, en tant que président, je peux mieux défendre publiquement et avec conviction les intérêts de Val d'Europe et de ses habitants. Notre agglomération est devenue un modèle reconnu en matière d'urbanisation et de vivre-ensemble et il est de notre devoir collectif qu'elle le reste. L'EPA a des objectifs quantitatifs de logements fixés par l'Etat qui ne sont pas toujours compatibles avec les nôtres. Les élus locaux sont donc là pour lui rappeler que l'on pense et que l'on bâtit une ville pour les usages de ceux qui vont y vivre. Je compte sur Thierry Cerri pour suivre les changements engagés par l'EPA, afin de mieux anticiper les choses. Cela facilitera un développement harmonieux.

Quels sont les principaux projets en cours et quelles sont les filières à privilégier en matière de construction ?

Les projets sont très nombreux. Il suffit de compter le nombre de grues présentes sur le secteur pour s'en rendre compte. À Serris, Coupvray et Chessy, la phase IV d'aménagement se poursuit avec principalement de l'habitat avec plusieurs milliers de logements et des commerces en pied d'immeubles. Ce développement est accompagné d'équipements publics : écoles, crèches, gymnases, bassins et parcs. Il y a aussi la construction d'un immeuble dédié aux personnes âgées et l'agrandissement conséquent de la maison de retraite à Serris, avec une passerelle qui reliera les deux opérations. En matière de développement économique, de nombreux projets sont également en cours : site de Deloitte, trois hôtels, un magasin de 2 000 m² dédié au cheval (Kramer) et plus de 40 000 m² de locaux d'entreprises. Le dynamisme du secteur est hors norme. C'est ça Val d'Europe ! En ce qui concerne les filières, le bois, l'habitat passif et le recyclage des matériaux dans les constructions vont être favorisés. Nous allons nous doter prochainement d'un chauffage urbain en site propre qui sera connecté à un puits de géothermie.

Devenir moins dépendant du tourisme est également l'un de vos objectifs. Comment comptez-vous y parvenir ?

Qu'il soit français, européen ou mondial, le tourisme de masse est le principal moteur de notre territoire. Disneyland Paris, premier employeur monosite en France, représente presque la moitié des emplois du territoire (plus de 16 000). Si l'on y ajoute Villages Nature, le centre commercial Val d'Europe et La Vallée Village, on voit bien que le statut de première destination commerciale et touristique d'Europe est à la fois un atout et une faiblesse. La pandémie de Covid-19 nous le rappelle amèrement. Depuis plusieurs années, nous avons donc décidé de favoriser l'implantation d'activités non-touristiques. Aujourd'hui, avec nos partenaires, il faut qu'on se donne les moyens de parvenir progressivement à un rééquilibrage. Un budget conséquent de marketing territorial est notamment acté et nous aurons à cœur de favoriser l'arrivée d'activités nouvelles.

Dans ce contexte, comment va s'articuler le futur port de plaisance de Coupvray ?

C'est une excellente alternative à ces autres projets valeuropéens orientés sur le tourisme de masse. Il doit nous permettre de compléter notre offre touristique tout en valorisant le patrimoine historique et écologique de la commune de Coupvray. Il s'intégrera dans un nouveau quartier d'habitation et s'inscrira dans une démarche de “slow tourisme”. Ce projet répond à trois objectifs : diversification en matière de développement économique, réalisation et gestion du port avec une haute qualité environnementale. À ce titre, nous exigerons que le futur gestionnaire obtienne le label “Pavillon Bleu”. Enfin, mixité sociale avec un nouveau quartier d'habitations diversifié : habitat individuel et collectif, commerces et services.

Votre bassin d'emplois est l'un des plus dynamiques d'Île-de-France. Comment peut-il le rester ?

Le Val d'Europe est réputé pour son excellente qualité de vie, l'excellent niveau des services à la population et, bien sûr, pour son offre globale d'activité économique commerciale. Ici, on trouve tout ou presque. Ce modèle attire de nombreuses entreprises. Actuellement, elles sont plus de 5 000 ce qui représente plus de 35 000 emplois. Par rebond, nous avons une population qui souhaite vivre dans un environnement unique. 25 % des habitants de Val d'Europe travaillent sur notre territoire. La diversification de nos activités économiques pourra progressivement renforcer ce phénomène et limiter les déplacements entre le domicile et le travail. La crise sanitaire ne fait d'ailleurs que renforcer cette attractivité et la demande de logements est toujours aussi forte, voire encore plus dynamique qu'avant. Le Val d'Europe, c'est la ville à la campagne à huit minutes de l'aéroport de Roissy, à deux heures de Londres et à trois de Marseille. Ce territoire est donc l'un des mieux placés pour répondre aux besoins des entreprises et de leurs salariés.

Où en est le projet d'Arena à Chessy, le complexe multifonctionnel de 6 000 places ?

Il faudrait poser la question à Eurodisney. Ce projet est à la fois intéressant, porteur de rayonnement, mais aussi très sensible. Il irrite les élus locaux du fait de son emplacement et de l'aménagement du quartier proposé par l'EPA et Eurodisney. La privatisation de l'avenue Paul Seramy et l'incompatibilité fonctionnelle avec le service de transport en site propre (TCSP) menant à la gare routière rendent ce projet difficile à accepter. La situation économique actuelle va probablement inciter Eurodisney à le reporter. Il devait être opérationnel pour les JO de 2024, mais c'est désormais impossible.

Votre communauté d'agglomération est la plus jeune de Seine-et-Marne. Comment appréhendez-vous l'avenir ?

Démarrer ce mandat dans de telles conditions sanitaires est une épreuve difficile pour tous les élus locaux et peut-être plus encore pour le président d'une intercommunalité. Cette année, Val d'Europe est passé de sept à 10 communes et il faut gérer cette intégration du mieux possible. Bien sûr, les attentes sont différentes selon les communes en fonction de leur développement, de leur taille et de leur capacité financière. Certaines sont liées à un projet d'intérêt national, d'autres pas. Certaines sont urbanisables, d'autres moins ou très peu. Il est donc important d'accorder une attention particulière à chacune d'elles et de faire preuve d'une certaine solidarité. Nous travaillons sur des projets de mutualisation en services communs qui amorceront la base du ‘'faire ensemble''. Je suis très confiant sur notre capacité collective à œuvrer pour tous nos concitoyens. Je souhaite faire de cette agglomération un formidable outil au service des communes, créer un sentiment d'appartenance fort et permettre un meilleur rayonnement départemental, régional et national. J'ai été élu avec 93 % des voix. J'ai donc une grande responsabilité vis-à-vis de chacun, mais également une grande confiance pour mener progressivement à bien nos projets.




Farid ZOUAOUI

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