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Patrick Septiers « La Seine-et-Marne doit construire son identité »

le - - Actualité - Grand témoin

Patrick Septiers « La Seine-et-Marne doit construire  son identité »
© DR

Moretain de naissance, Patrick Septiers s'est toujours investi sur son territoire, d'abord au plan local et associatif. Au fil de ses mandats locaux, ce maire du Sud Seine-et-Marne s'est forgé une culture « d'élu de terrain » qu'il continue à mettre en pratique. Patrick Septiers a été élu à la tête du Département.

En quoi êtes-vous aujourd'hui un élu de terrain ?

Avec Fontainebleau, je suis devenu président de l'un des premiers districts de France. J'ai ensuite construit la communauté de commune de Moret Seine et Loing. Par ailleurs, j'ai partagé avec beaucoup d'élus locaux, surtout à mon arrivée au sein de l'Assemblée départementale, dont j'étais alors le benjamin. Ils m'ont beaucoup appris. Dans la plupart des communes, les maires s'investissent sans compter. Voilà ce que j'appelle des élus de terrain. Au-delà de toute appartenance politique, ils ont vraiment le sens du service public. Je me sens proche d'eux. Ce sont mes modèles.

Quels mandats assurez-vous actuellement ?

Outre la présidence du Département, je suis le premier adjoint de la nouvelle commune de Moret-Loing-et-Orvanne. Nous avons récemment élu un nouveau maire, Didier Limoges. J'ai repris par ailleurs le poste de maire délégué de Moret-sur-Loing et j'ai gardé mon siège de président de la communauté de commune de Moret Seine et Loing.

Comment définiriez-vous “votre” Seine-et-Marne ?

C'est d'abord un grand département qui représente
49 % de la superficie de l'Île-de-France. Il accueille près de 13 000 habitants de plus chaque année. C'est un territoire particulièrement diversifié, à la fois urbain et rural, avec des problématiques extrêmement variées. Les enjeux de l'Est et du Nord du département sont très différents de ceux de l'Ouest et du Sud. Nous devons, en revanche, trouver les solutions pour harmoniser cet ensemble hétérogène afin de construire une identité seine-et-marnaise forte, d'autant que nous sommes toujours dans l'expectative concernant le sort des départements dans la redéfinition de la Métropole du Grand Paris.

La multiplication des intercommunalités pose-t-elle un problème au département ?

Mis à part lorsqu'elles sont communes à deux départements – par exemple Grand Paris Sud qui se partage entre la Seine-et-Marne et l'Essonne –
les intercommunalités sont une force pour le Département. Nous partageons leur vision stratégique et nous les aidons sur les dossiers essentiels.

C'est d'ailleurs tout l'enjeu de la nouvelle politique contractuelle que nous avons mise en place et que nous souhaitons développer avec elles. Les contrats FER sont dédiés aux petites communes, les CID aux intercommunalités et nous réfléchissons à la mise en place d'une stratégie pour les communes de plus de 2 000 habitants et pour les grandes villes.

Quels sont les grands dossiers sur lesquels vous travaillez
actuellement ?

Les transports constituent évidemment pour nous une préoccupation majeure. Nous n'avons malheureusement pas tous les pouvoirs. Notre action se traduit notamment par une forte influence auprès d'Île-de-France Mobilités dont je suis l'un des vice-présidents. Il s'agit, comme pour mes prédécesseurs, d'être présent et défendre la diversité et la spécificité des besoins des Seine-et-Marnais.

Le travail est incessant sur ces sujets ?

Oui, d'autant plus que la situation est instable. Les plans de financement semblent arrêtés et nous apprenons par la suite qu'ils sont finalement modifiés. C'est le cas de l'électrification de la ligne Paris-Troyes, où nous sommes contraints, Région et Département, de faire l'avance de trésorerie à l'État... Il s'agit là d'un combat permanent et crucial pour l'avenir de la Seine-et-Marne et des Seine-et-Marnais.

Le transport à la demande va continuer à être développé ?

Le transport à la demande n'existait pas au niveau régional. Il a été mis en place en Seine-et-Marne sous la pression du président Jean-Jacques Barbaux. Pour les autres départements, la problématique est différente. Chez nous, en revanche ce mode de déplacement, à l'instar des lignes Seine-et-Marne Express, fonctionne bien et nous allons le développer. Si nous voulons limiter le recours à la voiture, il faut bien mettre en place des moyens de transport collectif efficaces.

Nous devons aussi entretenir plus de 4 000 km de routes ;
l'automobile restant un moyen de transport privilégié. Ce poste représente des coûts importants. Des efforts significatifs de rénovation de la voirie ont d'ailleurs été faits. En résumé, comme sur beaucoup de sujets, nous devons avoir une politique des mobilités diversifiée qui puisse prendre en compte les disparités au sein du territoire. Ce sont elles qui font l'originalité du département et le rendent passionnant. Pour certains départements une politique générale suffit. Ce n'est pas concevable en Seine-et-Marne.

Le récent Festival du patrimoine traduit cette même exigence ?

Oui, bien entendu. La Seine-et-Marne possède un patrimoine remarquable, avec de très nombreux édifices chargés d'Histoire. Nous devons mettre en valeur tous ces sites prestigieux pour développer le tourisme autour de cette diversité patrimoniale. Nous avons ainsi adopté des actions culturelles différenciées. Cette année, pour ce Festival, nous avons organisé avec les acteurs locaux quatre semaines qui correspondent bien à leurs besoins culturels. A travers cette opération, nous souhaitons à tout le moins que les Seine-et-Marnais puissent découvrir ou profiter pleinement des richesses de leur propre territoire. Ce patrimoine est aussi un outil pour concevoir une identité seine-et-marnaise.

L'événement va-t-il être reconduit ?

Nous allons à présent l'évaluer, mais il semble que cette première édition ait été bien accueillie. En fait, nous avions constaté que l'été était la période où nous proposions le moins d'activités culturelles et touristiques. Nous sélectionnerons quatre autres sites l'année prochaine et ceux choisis cette année seront reconduits. Après deux ou trois années, nous parviendrons ainsi à un maillage sur l'ensemble du département. Nous disposerons alors d'un véritable festival du patrimoine seine-et-marnais. Cela permettra parallèlement de développer le tourisme, donc l'économie locale.

Nous estimons que les Franciliens viendront d'autant plus en Seine-et-Marne s'ils disposent d'une offre très diversifiée, en plus de celle proposée par nos grands sites. C'est un atout pour nos restaurants, nos gites, nos hôtels… Nous sommes ici dans la droite ligne de ce que fait Seine-et-Marne Attractivité : il s'agit de développer l'attractivité localement et avec les acteurs locaux.

C'est aussi le moyen de créer localement de l'emploi ?

Nous avons en la matière une délégation de la Région pour un certain nombre d'opérations, d'où l'idée de passer ces « CID » (Contrat intercommunal de développement) avec les intercommunalités dans lesquels nous pouvons développer les activités connexes et faciliter l'accès à l'emploi. A travers le lancement de ces CID, nous avions souhaité renouer avec les investissements et encourager les communes et les intercommunalités en étant à leurs cotés financièrement. Ces travaux d'aménagement favorisent toute l'économie locale et mobilisent les entreprises de l'artisanat, du bâtiment et des travaux publics. Ce soutien aux territoires est essentiel économiquement. L'attractivité du territoire est renforcée et profite effectivement à tous les Seine-et-Marnais.

L'importance du tourisme n'est donc plus à démontrer…

C'est un secteur important, qui représente près de 10 % de la richesse et de l'emploi en Seine-et-Marne. Nous souhaitons le développer parce que c'est un secteur économique non-délocalisable et qu'il intéresse l'ensemble du département. C'est aussi un moyen de préserver les petits commerces dans les zones rurales.

Il faut par ailleurs valoriser nos grands centres touristiques et optimiser leur pouvoir d'attraction, dans la mesure où ce sont d'importants pourvoyeurs d'emploi et de taxes. Nous avons des atouts particulièrement importants qu'il faut protéger et développer.

L'une des missions essentielles de l'Agence d'attractivité du département est d'ailleurs de conforter notre position touristique sur les grands sites, mais aussi des concepts comme l'EuroVéloroute, qui accueillera à terme des milliers de cyclistes. A travers ce type d'animation, nous devons les inciter à visiter nos sites et à consommer localement.

Le parc des cafés, hôtels et restaurants est-il assez important sur le territoire ?

Le parc hôtelier n'est pas assez dense, surtout dans les secteurs Est et Sud du département. Mais nous constatons que les chambres d'hôtes et les gites se développent. Cela fait aussi partie de l'attractivité du territoire. Pour nous, le développement du tourisme d'affaires, à travers l'organisation de salons, de colloques et de séminaires est également un axe de développement important.

Comment développer ce tourisme d'affaires ?

Nous avons encore beaucoup à faire dans ce secteur économique. Par exemple, au centre de recherche Les Renardières, des chercheurs du monde entier nous rendent visite, mais nous n'avons pas de quoi ni les loger ni les nourrir convenablement, c'est regrettable.

Vous cherchez aussi à mettre en valeur vos pépites, comme Phytorestore ?

Oui, l'attractivité passe aussi par l'innovation, avec des entreprises iconiques comme ATF à Moissy-Cramayel, JPB Systèmes à Villaroche ou encore Celeste à Champs-sur-Marne. Nous avons sur le territoire beaucoup de jeunes entreprises performantes, sur des secteurs de pointe, qu'il faut suivre, protéger et orienter. Nous devons ensuite leur trouver de nouveaux locaux au gré de leur développement. C'est toute cette politique d'accompagnement que nous menons grâce à l'Agence d'attractivité. Dès qu'elles prospèrent, nous les incitons à rester en Seine-et-Marne. Nous ne voulons pas les voir quitter le département au prétexte que les transports font défaut ou qu'elles ne trouvent pas localement de main d'œuvre formée. Ce travail d'accompagnement doit être renforcé pour que nous puissions garder toutes nos pépites.

Autre sujet d'importance, l'accueil des mineurs isolés…

Les mineurs isolés étrangers que nous prenons en charge constituent un problème complexe pour le département. Ces jeunes réfugiés ayant moins de 18 ans, sans parents, sont actuellement entre 500 et 600 en Seine-et-Marne et leur nombre pourrait atteindre le millier en fin d'année.

Nous n'avons pas la maîtrise de l'accueil puisque c'est l'Etat qui décide du nombre de mineurs que chaque département doit prendre en charge. Nous sommes actuellement sur un schéma exponentiel. En termes de budget, nous sommes passés de 11 millions d'euros en 2015 à 30 millions d'euros fin 2017. C'est devenu insupportable pour la collectivité.

Nous avons mis en place une politique pour essayer de maîtriser les coûts. Notre projet serait d'acquérir un certain nombre de bâtiments, pris en charge sur notre poste “investissements”, ce qui diminuerait les charges de fonctionnement dont, comme vous le savez, l'augmentation est limitée à 2 % en vertu de la loi de Finances. Le sujet est complexe. Il faut à la fois traiter ce sujet avec humanité et garder un œil sur les finances. Nous devons trouver le bon équilibre.

La métropole du Grand Paris vous fait-elle peur ?

Si la métropole du Grand Paris s'accapare les zones économiques les plus riches de l'Île-de-France, que vont devenir les départements ? Nous militons donc pour que la métropole prenne en compte l'ensemble de la Région, ce qui garantirait à la fois une certaine unité et une certaine équité. Et c'est aussi la bonne taille pour une métropole mondiale.

Nos ruraux sont aujourd'hui devenus des “rurbains”. Ils prennent le train pour travailler dans la zone urbaine. Voilà la réalité. La Métropole est ainsi irriguée par les Franciliennes et les Franciliens qui vivent dans les zones rurales, mais travaillent dans les zones urbaines. Il ne faut pas l'oublier. Les “rurbains“ représentent une part non négligeable de la création de richesses au sein de la métropole.

Vous venez également de mettre en place la structure ID77 ?

Dans le département, nous avons un certain nombre de compétences, alors que les communes disposent de moins en moins de personnel et les projets sont de plus en plus complexes à faire aboutir. Il s'agit donc de mettre à la disposition des collectivités le savoir-faire départemental.

Nous ne voulons pas remplacer les bureaux d'études, mais si, par exemple, un village, au cours de travaux, met au jour une antiquité, ce dernier peut, plutôt que faire appel à l'Inrap, demander le concours de nos archéologues départementaux. De la même façon, une commune qui souhaiterait modifier son PLU (plan local d'urbanisme, NDLR) pourra faire appel à nos urbanistes. Il s'agit avant tout d'aider les collectivités au quotidien sur tous ces points techniques.

Nous allons ainsi mettre en place une plateforme globale qui référence tous les services disponibles au sein du Conseil départemental et de ses organismes associés. Ce catalogue regroupe à l'heure actuelle 120 à 130 possibilités à tous niveaux (urbanisme…) et devrait évoluer en fonction des demandes. Les communes pourront par ailleurs faire part de leurs bonnes pratiques, mais aussi mutualiser leurs achats et ainsi réaliser des économies d'échelle. Le dispositif sera effectif début octobre.

Quel en sera le prix ?

Le prix n'est pas encore défini, il y aura une adhésion de base, d'un coût modique. Mais j'insiste sur le fait que nous ne voulons pas remplacer les bureaux d'études. Il s'agit là encore de trouver un juste équilibre.




MSM REDACTION
Journaliste

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