Fermer la publicit�
Journal d'information et d'annonces légales de Seine-et-Marne

Nadia Ayadi : « Nous serons plus forts si nous travaillons ensemble »

le - - Actualité - Grand témoin

Nadia Ayadi : « Nous serons plus forts si nous travaillons ensemble »

Nadia Ayadi est la dirigeante et fondatrice d'ABN Conseil, une agence de conseil en communication (consulting, marketing et relations publiques), basée à Meaux. Intéressée depuis toujours par la vie locale et l'attractivité du territoire, elle s'est impliquée très largement dans le monde de l'entreprise, notamment au sein du Medef Seine-et-Marne. Elle évoque son parcours atypique, marqué en 2016 par son élection au sein de la CCI Seine-et-Marne et de la CCI Paris Île-de-France. Nadia Ayadi plaide pour une collaboration toujours plus fluide entre les différents acteurs territoriaux, dans un contexte incertain pour les départements de grande couronne.

Dates clés :

2017 : Présentation du rapport sur l'attractivité touristique Paris Île-de-France au nom de la Commission du développement économique régional

2016 : Membre élue à la CCI Seine-et-Marne et à la CCI de la Région Paris Île de France

2014-2016 : Conseillère municipale

2012 : Création de l'agence ABN Conseil Communication

Qu'est-ce qui vous a amenée à ouvrir votre propre agence de communication ?

Paul Éluard disait « Dans la vie, il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous ». C'est tout le résumé de mon parcours professionnel.

Initialement juriste, rien ne me prédestinait à faire de la communication. En doctorat de droit international à la Sorbonne, j'ai commencé à travailler pour arrondir les fins de mois dans une très belle agence de communication à Paris. Ce qui était au départ un job étudiant est très vite devenu un véritable travail. L'agence m'a proposé un poste, que j'ai accepté car je ne me voyais plus dans la recherche… Mais je tire beaucoup d'enseignement de ma formation : trouver le mot juste, savoir chercher l'information, avoir une vision globale.

C'est aussi pour cet esprit de synthèse, en plus de mes autres qualités, que mes clients font le choix de mon agence. Puis, de rencontres en rencontres, j'ai poursuivi ma carrière comme attachée de presse pour une maison d'édition avant de devenir responsable du service communication du groupe. Durant 5 années, j'ai pris un énorme plaisir à vivre toutes les facettes de cette fonction : de la communication institutionnelle, au marketing en passant par les relations presse et l'événementiel. Cette richesse de compétences acquises a forgé des bases solides pour ABN Conseil. Désormais, j'accompagne les dirigeants de PME de la région dans l'élaboration de stratégie de communication, la gestion de projet, les relations publiques, le marketing et l'identité de marque.

Vous avez fait une pause de quelques années dans votre carrière durant lesquelles vous vous êtes investie localement…

Oui, cette parenthèse a été bénéfique car j'ai pu prendre soin de ma famille et m'impliquer pleinement dans le tissu associatif local. Devenir correspondante de presse pour le Pays briard a été aussi une expérience très riche en relations humaines. J'ai appris à connaître les élus et les acteurs locaux, à constituer un véritable réseau sur tout le Pays de Coulommiers, à comprendre les problématiques de ce territoire.

J'ai été également amenée à côtoyer le monde de l'entreprise, en travaillant sur les éditions spéciales du journal. De fil en aiguille des amitiés naissent. C'est comme ça que je suis arrivée à réaliser la campagne de communication de l'ex-maire de mon village pour les élections législatives. ABN Conseil est née à ce moment-là, en 2012. La communication politique est un secteur d'activité qui me passionne. C'est pourquoi je me suis engagée en 2014 aux élections municipales de Mouroux en tant que conseillère tout en poursuivant mon métier de chef d'entreprise. Mais il n'est pas évident de conjuguer vie politique et vie économie sans y laisser quelques plumes.

C'est à cette période que vous êtes entrée au Medef ?

Quand on a une agence de conseils en entreprise, il faut aller là où sont vos clients potentiels. Les réseaux sont une porte d'entrée. C'est lors d'un événement dans le Sud de la Seine-et-Marne fin 2014, que j'ai fait la connaissance de Jean-Marc Sereni. Il n'était pas encore président du Medef Seine-et-Marne. Entre nous, le courant est très vite passé. Il est d'ailleurs une des plus belles rencontres que j'ai faites dans ma vie d'entrepreneur. C'est un homme bon qui prend très à cœur les problématiques des entreprises et en particulier l'entrepreneuriat féminin. Nous avons beaucoup de points en commun. En 2016, une fois en fonction, il a fait appel à mes services en relations presse. Mais au-delà de cette mission, cela m'a permis de m'engager au sein du Medef pour défendre les intérêts des entreprises du territoire. La place de la femme dans le monde économique me tient aussi très à cœur. D'où mon investissement dans le réseau Femmes chefs d'entreprise (FCE). Il faut plus de femmes dans les instances, non pas au nom de la parité mais simplement parce qu'elles sont aussi compétentes que les hommes. C'est le juste reflet de notre société.

Votre engagement pour la CCI Seine-et-Marne est donc venu naturellement…

Effectivement. Porter la voix des entreprises passe par l'acquisition d'un mandat. Le choix de la Chambre de commerce et de l'industrie s'inscrit dans la continuité de mon parcours et de mon implication sur le territoire. Être utile, apporter un regard neuf, participer à l'élan collectif, telles sont mes ambitions pour ces mandats au sein des deux CCI. Je veux mettre à disposition toute mon expérience et mon expertise. C'est aussi un moyen de lier l'économie et le politique.

Je m'implique dans différentes commissions aux niveaux local et régional : développement économique, prospective, aménagement du territoire, commerce international. Je suis notamment membre des conseils d'administration d'EPA Sénart, d'EPA Marne et du conseil d'établissement de l'ESIEE Paris sur la cité Descartes à Champs-sur-Marne. Vous l'avez compris, les problématiques d'attractivité du territoire sont pour moi un véritable enjeu à défendre et à promouvoir. Cela donne lieu à une émulsion d'idées tout à fait passionnante.

« Surprendre et innover pour rester leader »

Dans le résumé du rapport présenté par Nadia Ayadi, la CCIR indique « Paris Île-de-France, première destination touristique au monde tant sur le segment loisirs que d'affaires, occupe également une place de leader dans l'accueil des grands événements. Si la Région capitale possède de nombreux atouts dans la compétition internationale, un certain nombre de faiblesses fragilise son attractivité et in fine vient compromettre cette position de leader, dans un contexte de profondes mutations de la filière.

Face à une compétition de plus en plus vive, les professionnels doivent se réinventer pour offrir des produits et des services qui répondent aux demandes de clientèles qui évoluent sans cesse.

Fort de son engagement quotidien en faveur du secteur du tourisme, la CCI Paris Île-de-France réaffirme ses priorités :

1. Développer une approche clientèle concertée.

2. Améliorer l'accueil et la mobilité des touristes.

3. Enrichir l'offre d'hébergement.

4. Soutenir l'innovation dans les services touristiques.

5. Accompagner les entreprises de la filière. »

Rapport disponible sur www.cci-paris-idf.fr

Ce qui vous permet d'avoir une vision élargie ?

Oui, tout à fait. Mon mandat à la CCI de la Région me permet de penser global, tandis que celui au niveau seine-et-marnais me permet d'agir local. Ces deux chambres travaillent main dans la main pour que la voix de l'entrepreneur se fasse entendre.

À titre d'exemple, j'ai présenté récemment un rapport à l'assemblée générale de la CCI Région Paris Île-de-France sur l'attractivité touristique de la Région. Au sein de la commission de développement économique, nous avons constitué un groupe de travail. Nous avons profité de la réflexion actuelle du Comité régional du Tourisme sur le futur Schéma régional du tourisme et des loisirs 2017/2021 pour formuler 35 préconisations autour de cinq priorités pour que Paris et l'Île-de-France puisse « se réinventer pour rester leader » (lire encadré).

Il y a eu un foisonnement d'idées et d'expériences qui a permis de rendre ce rapport complet et intéressant.

Êtes-vous le porte-voix de la Seine-et-Marne auprès de la CCIR Paris IDF ?

Avec mes collègues, nous portons la voix de la Seine-et-Marne. Nous avons des problématiques territoriales qui ne sont pas les mêmes que pour le reste de la Région. Pour rester sur le tourisme, les précédents rapports étaient concentrés sur Paris et son tourisme d'affaires. Lorsque Michel Valache, président de la CDER m'a confié la direction du groupe de travail, j'ai lu les précédents rapports de la CCIR, ainsi que celui du Ceser (Conseil économique, social et environnemental régional) présenté par Philippe Soulignac. Mais en tant qu'élue de la Seine-et-Marne, je ne m'y retrouvais pas. J'ai donc proposé au groupe de travail, composé d'élus et de permanents de la CCIR d'ouvrir nos recherches sur le tourisme d'agrément et d'inviter les CCI départementales à enrichir nos réflexions.

C'est en cela qu'il est original, nous avons fait travailler tout le monde autour de la table, et ma qualité de rapporteur d'une étude régionale a permis de faire prospérer les idées défendues au niveau départemental. Ainsi, la Seine-et-Marne développe l'écotourisme et le mécénat, que l'on ne retrouve pas dans le Val-de-Marne. En Seine-Saint-Denis, on travaille plutôt sur le tourisme industriel, alors que le Val-d'Oise et les Yvelines ont monté un parcours fluvial et les impressionnistes… La prise en compte de toutes ces initiatives va permettre d'enrichir, je l'espère, le futur schéma directeur.

Quelles ont été vos impressions en intégrant les chambres consulaires ?

J'ai été agréablement surprise, qu'il s'agisse de la CCI Seine-et-Marne ou de la CCI Paris Île-de-France. Il y a de véritables experts, des permanents investis très au fait de la vie de l'entreprise. Cependant, les chefs d'entreprise ne comprennent pas toujours l'utilité d'une chambre consulaire. On m'interroge souvent sur ses missions, qui sont au nombre de quatre : une mission consultative, permettant la représentation des intérêts des entreprises, une mission d'appui aux entreprises, une mission d'orientation et de formation (initiale notamment via l'apprentissage, et la formation continue) et une mission d'appui au territoire. Nous voulons à ce titre être les partenaires des intercommunalités, qui ont la compétence économique.

Mon rôle est aussi de faire remonter les problématiques de terrain, être ce lien entre les entreprises et la chambre mais aussi entre la chambre et les acteurs publics. Je rappelle qu'avant le renouvellement des dernières législatives, sur les 577 députés de l'Assemblée nationale, on ne comptait que très peu de chefs d'entreprise. Il y a donc sans doute un peu de pédagogie à faire auprès des politiques, pour leur apporter une meilleure compréhension de l'univers entrepreneurial.

Qu'en est-il s'agissant du territoire meldois ?

Je suis installée à Meaux depuis trois ans. En tant que chef d'entreprise je trouve que nous manquons de dynamique au niveau des réseaux. Si Cezam (chefs d'entreprise des zones d'activité du Pays de Meaux) a le mérite d'exister, cela ne suffit pas. Il faudrait un agitateur territorial, qui permettrait aux entreprises meldoises de travailler ensemble. Je ne connais même pas les entreprises de ma zone d'activités, c'est dire…

La mise en place du GIP est donc une bonne initiative ?

Je comprends les réflexions menées par Jean-François Copé. Quand on est petit, on ne pèse pas. Constituer ce GIP dans le Nord - qui j'espère, va grandir vers d'autres intercommunalités - avec le Grand Paris qui s'arrête à nos portes est pour moi une évidence. Nous ne devons pas être à la traîne du développement économique de l'Île-de-France. Nous disposons d'un potentiel socio-économique favorable pour développer une dynamique de territoire.

Que peut apporter la CCI Seine-et-Marne dans ce cadre ?

Nous avons à la Chambre de commerce cette véritable expertise territoriale, avec des équipes qui travaillent sur ces sujets dans le cadre de leurs missions. Nous serons plus forts si nous travaillons ensemble car les problématiques que les différents acteurs auront à traiter sont imbriquées. Nous ne sommes pas concurrents mais tous au service de l'attractivité du territoire, quelle que soit la structure.

À titre d'illustration, à Meaux, nous travaillons déjà sur le commerce, avec une redynamisation de l'association Acheter à Meaux. L'opération « l'Assiette du marché » a été également menée en partenariat avec la CCI. Nous avons de très bons services qui accompagnent tout cela. En outre, avec la communauté d'agglomération du Pays de Meaux et la Maison de l'emploi et de la formation Nord-Est 77, nous développons des actions spécifiques, comme le salon de la création d'entreprise. Nous souhaitons simplement que des individus puissent s'installer sur notre territoire et vivre de leur travail.

Et s'agissant du département ?

La Seine-et-Marne a été la grande oubliée du Grand Paris. Ainsi, La CCI de Seine-et-Marne a toujours regretté que la nouvelle infrastructure du Grand Paris Express profite si peu à nos entreprises et à nos populations. À nous, chambres consulaires comme élus, de profiter de cet élan pour développer notre territoire et être au rendez-vous de ces défis. Notre département est riche en forces vives et en compétences, en foncier aussi, ce qui attire de nouveaux partenaires. Nous avons toutes les cartes pour réussir !

« L'AMAP, mon engagement pour l'économie locale »

« En 2009, avec quelques citoyens de Mouroux, nous avons décidé de créer une Amap (association pour le maintien d'une agriculture de proximité) nommée Fraise et Ciboulette. Cela consiste à soutenir un producteur local en achetant à l'avance sa production et ainsi lui permettre de vivre de son travail et de générer de l'emploi. Nous avons commencé avec un maraicher installé à Coulommiers puis notre panel de producteurs s'est étoffé : fruits, œufs, farine, jus de pomme, pains, viande, vins… Avec un engagement de leur part d'aller vers une agriculture biologique. Nous sommes fiers car chaque semaine ce sont près de 100 adhérents qui viennent chercher leurs légumes de saison ou autres produits et ainsi permettre à l'économie locale d'exister dans les règles du respect de l'environnement. Nous ne sommes finalement plus des consommateurs mais des consom'acteurs de notre territoire. »

Plus d'info : http://fraiseetciboulette.blogspot.fr/




Quentin CLAUZON
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Moniteur de Seine-et-Marne Journal d'information et d'annonces légales de Seine-et-Marne

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer