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Métiers en tension en Île-de-France : 1,7 million de salariés concernés

En Île-de-France, les difficultés à recruter ont toujours constitué un enjeu majeur pour les employeurs.
Métiers en tension en Île-de-France : 1,7 million de salariés concernés
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Un phénomène accentué par la crise sanitaire et la guerre en Ukraine. À ce titre, la problématique des métiers en tension représente un axe important des politiques publiques d’emploi et de formation. Le groupement d’intérêt public Défi métiers, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Drieets) d’Île-de-France y ont consacré une étude.

En Île-de-France, 1,7 million d’actifs exercent des métiers présentant des difficultés de recrutement, soit un tiers de l’emploi régional. Les métiers concernés, sensiblement les mêmes qu’au niveau national, se répartissent en quatre grands groupes : les services répondant à des besoins de proximité, les métiers d’ouvriers du bâtiment et de l’industrie, les métiers plus qualifiés dans les mêmes secteurs et les métiers d’ingénieur de services et de cadre à dominante technique. Cette étude fait ressortir également que ces difficultés à recruter n’incitent pas les employeurs à embaucher sur une aire géographique plus élargie.

Quatre grands groupes de métiers

Parmi les 66 métiers étudiés par Défi métiers, l’Insee et la Drieets Île-de-France, quatre grands groupes émergent. Le premier comprend les métiers en lien avec les besoins de biens et services de proximité (24 % des effectifs dans les métiers en forte tension en Île-de-France). Le turnover de la main-d’œuvre étant important, l’intensité des embauches y est élevée et les conditions de travail contraignantes. Y figurent plombiers chauffagistes, bouchers, coiffeurs, professionnels paramédicaux, aides à domicile et ménagères. Les agents immobiliers font également partie de ce groupe. Ces métiers sont majoritairement exercés par des femmes (56 %), avec une surreprésentation des actifs de moins de 25 ans et de plus de 55 ans, mais aussi des personnes immigrées. La précarité (familiale et sociale) y est aussi présente.

Un deuxième ensemble regroupe des métiers d’ouvriers recensés dans les domaines de la mécanique, du travail des métaux et des industries de process (conducteur d’engins, tourneur fraiseur, soudeur, carrossier automobile et conducteur routier). Ce groupe rassemble un peu moins de 9 % des effectifs des métiers en forte tension avec des distances domicile travail supérieures à la moyenne et des conditions de travail contraignantes (horaires décalés). L’enjeu démographique est prégnant avec des métiers masculins et vieillissants. Autant de facteurs qui contribuent au niveau de tension actuel.

Le troisième groupe représente près de 19 % des effectifs. Il s’agit de métiers qualifiés du bâtiment et de l’industrie (géomètre, chef de chantier, conducteur de travaux et dessinateur en électricité et en électronique). Un actif sur deux réside à plus de 19 km de son lieu de travail. Ces distances plus longues sont liées au caractère industriel de l’emploi, mais aussi au profil des actifs (87 % d’hommes, 59 % de propriétaires et une surreprésentation des couples bi-actifs). Le principal motif de tension est le manque de main-d’œuvre disponible, car ces métiers requièrent aussi une formation précise.

Enfin, le quatrième groupe rassemble les métiers d’ingénieur de services et de cadre technique. Il représente près de 50 % des effectifs. Le manque de main-d’œuvre explique aussi ces difficultés de recrutement, malgré des effectifs élevés. Les emplois sont fortement concentrés dans les zones d’emploi métropolitaines, tandis que les longues distances domicile travail sont la conséquence des arbitrages résidentiels des cadres (55 minutes de trajet en transports en commun, mode de transport principal de ce groupe). Le profil de ces actifs est plus jeune (66 % ont moins de 45 ans) et féminisé. L’insuffisance de formation est, là encore, un facteur explicatif.

Le bâtiment et l’industrie impactés

Ce sont les deux grands secteurs d’activité où les tensions sont particulièrement fortes. Ils représentent, à eux deux, un peu plus de la moitié des métiers franciliens en forte tension. Ces deux secteurs sont toutefois moins représentés en région parisienne qu’ailleurs, ce qui peut expliquer notamment la part moindre de salariés franciliens exerçant un métier fortement en tension (38,5 % contre
45,1 % au niveau national). Dans le BTP, les origines des tensions tiennent plutôt à la dynamique de l’activité et à l’importance de grands projets (Jeux olympiques de Paris 2024 et Grand Paris Express). Dans l’industrie, elles proviennent d’un nombre restreint de candidats. Le métier en forte tension le plus souvent exercé en Île-de-France est celui d’ingénieur et cadre d’étude, recherche et développement en informatique (près de 170 000 emplois salariés, soit la moitié des effectifs nationaux). On peut citer aussi dessinateur en électricité et en électronique, technicien en mécanique et travail des métaux, ingénieur du bâtiment et des travaux publics, chef de chantier et conducteur de travaux. Pour tous ces métiers, la tension est notamment liée à une intensité d’embauches très forte et à un manque de main-d’œuvre disposant des compétences recherchées.

À noter qu’aides à domicile et ménagères arrivent en tête des métiers en forte tension avec les plus grands effectifs au niveau national (570 000 emplois). Cela est dû aux conditions de travail relativement contraignantes (travail physique et temps partiel) et au faible niveau de rémunération. Quant au métier d’infirmier, il est celui qui compte le plus gros volume d’emplois en tension (86 300 actifs en Île-de-France). L’insuffisance de diplômés explique cette tension.

Des zones géographiques identifiées

En Seine-et-Marne, dans les secteurs d’emploi de Meaux, de Coulommiers et de Provins, les métiers en forte tension d’ouvriers, majoritairement dans l’industrie et le bâtiment, représentent environ le quart des effectifs. Mais de façon générale, les salariés exerçant des métiers en forte tension travaillent essentiellement dans un croissant à l’ouest de Paris (Versailles-Saint-Quentin, Saclay et Seine-Yvelinoise). Près d’un métier sur trois est concentré dans ce secteur géographique contre seulement 22 % en moyenne en Île-de-France. Les métiers qualifiés métropolitains (ingénieur, cadre d’étude et de recherche de l’informatique et de l’industrie) sont fortement représentés dans ce périmètre. Ces zones exercent un fort pouvoir d’attraction avec des distances domicile travail supérieures à la moyenne. Pour ces métiers, l’essor du télétravail pourra avoir un effet d’élargissement des aires de recrutement et de modification des choix d’implantation résidentiels.

Des distances domicile travail plus élevées

Globalement, les trajets des Franciliens pour se rendre sur leur lieu de travail sont plus longs que pour les actifs provinciaux (39 minutes contre 21 minutes). La raison est simple : plus la tension sur le marché du travail augmente, plus les distances domicile travail sont élevées. Ainsi, entre les actifs de catégorie 1 (métiers à faible tension) et ceux de catégorie 5 (emplois à forte tension), le trajet médian passe de 6 à 13 km et la part de ceux qui travaillent en dehors de la zone d’emploi dans laquelle ils vivent passe de 25 % à 38 %. Ce lien entre métier en tension et distance parcourue semble particulièrement marqué pour six des quinze zones d’emploi franciliennes : Paris, Versailles-Saint-Quentin, Évry, Saclay, Seine-Yvelinoise et Étampes. À l’exception de cette dernière, elles correspondent aux cinq zones d’emploi ayant la plus forte concentration de fonctions métropolitaines. Ces zones abritent davantage de cadres qui parcourent en moyenne des distances plus longues que les non-cadres. Mais cela ne signifie pas pour autant que les métiers en forte tension obligent les employeurs à élargir leur zone de recrutement. Les caractéristiques des actifs occupant ces emplois expliquent, pour partie, cet éloignement. Il y a notamment l’âge (un maximum est âgé entre 35 et 50 ans) et le statut familial (un jeune actif sans enfant sera plus proche de son lieu de travail avant de s’en éloigner lorsque son foyer s’agrandira). La catégorie sociale, le niveau de formation et le secteur d’activité sont aussi corrélés à la distance parcourue : elle est supérieure pour les cadres et les ouvriers comparativement aux employés (distances médianes respectivement de 11,5 km et 12,2 km contre 8,3 km). Même constat pour les actifs de l’industrie et de la construction par rapport à ceux de l’administration (15 km et 13,3 km contre 7,2 km). Ces particularités sociodémographiques varient donc en fonction du type d’emploi considéré.

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