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Me Sandrine Vergonjeanne « Remettons l'avocat au centre de la vie des affaires »

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Me Sandrine Vergonjeanne  « Remettons l'avocat  au centre de la vie  des affaires »
© MSM

Me Sandrine Vergonjeanne a été élue bâtonnier de l'Ordre des avocats de Meaux en juin dernier. Elle succède à Marie-Christine Wienhoffer pour deux ans.

Après avoir commencé son activité professionnelle à Paris, en tant que collaboratrice, elle a rejoint l'Ordre meldois en fondant un cabinet à Lagny-sur-Marne. « Généraliste avec une accointance particulière pour le droit de la famille et le droit pénal », Me Vergonjeanne peut aussi être amenée à traiter des dossiers en droit immobilier et en droit des assurances, comme elle le souligne. « L'arrivée au barreau de Meaux a vraiment été un tournant dans ma carrière. J'ai réellement compris ce que signifiait le mot “confraternité” ». Elle présente l'activité de son barreau et évoque les priorités de son mandat, durant lequel elle s'attachera « à faire évoluer l'image des avocats meldois ».

Pourriez-vous présenter le barreau de Meaux ?

Ce barreau compte environ 190 avocats. Il m'est difficile de vous donner le nombre exact, puisque chaque mois nous avons des départs à la retraite (avec parfois des honorariats) liés au baby boom. A l'inverse, nous accueillons aussi des confrères, ce qui nous permet d'atteindre l'équilibre sans toutefois dépasser les 200. Il faut dire que nous avons gagné près de 70 avocats sur les 10 dernières années. C'est un barreau qui est jeune. La moyenne d'âge est de 43 ans. C'est aussi un barreau féminin.

Il faut également préciser qu'il est reparti sur tout le territoire du ressort du TGI de Meaux, avec une tranche urbanisée du côté de Meaux-Chelles-Marne-la-Vallée et une zone plus rurale vers La-Ferté-Gaucher, La Ferte-sous-Jouarre, et Coulommiers. Le territoire est donc assez étendu, ce qui implique une organisation particulière. Des confrères ont souvent des établissements secondaires à Meaux et un autre cabinet sur une ville du plus éloignée ressort.

C'est un barreau assez dynamique, qui ne rencontre pas trop de difficultés économiques. La profession d'avocat est dans une période un peu difficile… Nous sentons des tensions mais les confrères semblent vivre correctement.

Quelles sont les spécialités les plus représentées ?

Une grosse majorité des confrères travaille dans le domaine du droit de la famille, du droit pénal et du droit social. Le droit immobilier tient également une place importante. Nous avons ensuite des activités plus spécifiques, pratiquées par moins de confrères : le droit commercial, le droit des sociétés, ou encore les saisies immobilières.

La plupart sont des généralistes ?

La majorité de nos confrères sont effectivement des généralistes. Nous avons quelques spécialistes, précieux, qui exercent dans des domaines particuliers. Nous avons même une consœur inscrite aux barreaux de Bruxelles et de New York. Elle développe parallèlement une activité de médiatrice. Elle est très mobilisée et a compris depuis longtemps que l'avocat peut agir hors des tribunaux (Fabienne van der Vleugel a organisé le 25e Forum des centres de médiation de l'Union internationale des avocats, à Chessy. Lire son interview de septembre 2018, MSM n°38).

Quels sont vos rapports avec l'EFB ? Combien d'élèves-avocats avez-vous ?

Très peu d'élèves-avocats sont intéressés par notre barreau, c'est le constat que nous avons fait avec Pierre Berlioz, le directeur de l'EFB. Tout le problème est là : vu de l'extérieur, Meaux est trop éloignée de Paris. Nous souffrons de cette image de ruralité, de provinciaux. C'est quelque chose de très ancré. Nous avons procédé à notre propre introspection sur le sujet. Nous travaillons de notre côté pour que les cabinets qui prennent des élèves-avocats ou des avocats en premier poste de collaboration assurent une bonne formation. Ma première décision au Conseil de l'Ordre a été de créer une commission de déontologie, composée d'un membre du Conseil de l'Ordre collaborateur et d'un ancien bâtonnier. Tous deux s'attachent à structurer les difficultés que l'on peut rencontrer dans les contrats de collaboration. De sorte que nous arrivions à une situation équilibrée pour tout le monde, que nous y trouvions le développement d'une clientèle et que le “patron“ puisse aussi avoir un retour efficace de ses collaborateurs. Tout cela se met en place, nous sommes très en demande sur le sujet auprès de l'EFB.

C'est un peu le drame de notre profession : auparavant, vous deviez rester pendant deux ans collaborateur, après avoir prêté serment. Cette période de stage a été supprimée et aujourd'hui, nous voyons trop souvent des confrères qui, après avoir exercé quatre, cinq ou six mois en tant que collaborateur, s'installent directement. Mais il faut le dire, une jeune avocate ou un jeune avocat a besoin de temps pour apprendre les réflexes de la profession, la gestion d'un cabinet, la comptabilité. Et cela, seul un maître de stage sérieux peut l'offrir.

Qu'en est-il des Carpa de Seine-et-Marne ? Les avez-vous réunies ?

Non, même si nous n'y sommes pas opposés par principe. Nous gardons un œil sur ce qui s'est fait à Créteil (les Carpa du Val-de-Marne et de la Seine-et-Saint-Denis ont été regroupées, NDLR), pour prendre la mesure des avantages et des inconvénients. Notre Carpa, contrôlée il y a peu de temps, est très bien gérée. Le bâtonnier précédent, Marie-Christine Wienhoffer, a été présidente de l'UNCA. Jean-Charles Negrevergne, un autre ex-bâtonnier, y est également impliqué. Nous restons très attentifs sur le sujet, avec des règles de fonctionnement très strictes. L'idée est de ne pas perdre cette qualité en globalisant le mode de fonctionnement.

Cela donnerait peut-être plus de force et plus de moyens aux avocats de Seine-et-Marne ?

Cette fusion peut, en effet, permettre de mutualiser les coûts, ne serait-ce qu'au niveau du personnel, puisque nous avons deux salariés à plein temps. Ces coûts sont extrêmement lourds pour les confrères. Mais la Carpa, c'est aussi des placements financiers et une gestion propre à chacun des Ordres. Il faudrait établir des statuts qui permettent à chacun d'être totalement libre. Nous devons réfléchir à tout cela et cela prend un certain temps.

Comment les avocats peuvent-ils améliorer leur activité pour être au plus près du besoin des justiciables ?

Il y a deux points selon moi. Notre département, notamment à Marne-la-Vallée, est en train de se développer sur le plan de l'entreprise. Et nous voyons trop souvent des dossiers qui ne sont pas gérés en direct par des confrères meldois. Ces dossiers sont traités par des cabinets parisiens. Je pense que c'est une erreur, parce que nos confrères connaissent l'activité seine-et-marnaise et seraient à même d'offrir un service tout aussi performant. Nous disposons également de cabinets qui se structurent avec des domaines spécifiques. Nous avons un déficit d'image à ce niveau. Il faut communiquer beaucoup plus sur ce que l'avocat peut apporter à l'entreprise. C'est l'un des défis de mon bâtonnat et du barreau. Il nous faut remettre l'avocat au centre de la vie des affaires en Seine-et-Marne.

Nous devons ensuite nous positionner sur les MARD (modes alternatifs de règlement des différends). Qu'on le veuille ou non, ce changement est en cours et le barreau ne doit pas passer à côté. Il ne s'agit pas seulement de médiation, mais aussi de procédure participative, de procédure collaborative… Une bonne trentaine de confrères est notamment formé à la procédure collaborative. Nous faisons également des efforts concernant la médiation. Des confrères ont repris des études universitaires de médiateur. Deux associations seine-et-marnaises travaillent avec le tribunal, Amidif 77 et Médiation 77. Nous avons mis en place depuis janvier des réunions régulières. C'est donc en train de se structurer.

Cette année, je vais organiser des sessions pour que les confrères se forment à l'activité de médiateur, mais aussi à l'accompagnement du client pendant la médiation. Il ne faut pas que les avocats soient exclus de ces processus. Nous voyons beaucoup d'associations prendre ce créneau et je pense que nous avons notre place. Nous y apportons une série de garanties, comme la déontologie.

Votre secteur accueille beaucoup d'entreprises…

Oui et de plus en plus, beaucoup de villes autour de Serris accueillent des entreprises, surtout des PME. Elles ont, selon moi, besoin d'un avocat, pour les aider de A à Z. A ce titre, le barreau s'est associé avec une banque pour développer des petits déjeuners dédiés à la création d'entreprise. Des avocats spécialisés en droit commercial et en droit des sociétés viennent répondre à ces créateurs, quel que soit l'état de leur projet. C'est un moyen de montrer que l'on ne contacte pas seulement l'avocat en cas de problème, mais aussi pour éviter le contentieux, rédiger les contrats de travail…

L'interprofessionnalité a-t-elle fait des émules à Meaux ?

Oui, nous avons eu deux rapprochements de cabinets avec des experts-comptables. Pour l'un, les statuts sont déposés, tandis que l'autre est en voie de le faire. Nous manquons donc de recul… Cela bouscule nos habitudes. Quoi qu'il en soit, du point de vue du bâtonnier, la vérification du respect de nos règles professionnelles est extrêmement importante. Je veux parler du secret professionnel et des conditions dans lesquelles les dossiers sont traités. Nous avons des visites domiciliaires précises. Nous restons très attentifs au respect de nos règles déontologiques.

Pour l'heure, nous n'avons relevé aucun problème. Pour moi, l'interprofessionnalité est amenée à se développer et je suis même surprise qu'il n'existe pas déjà de lieux pouvant accueillir des notaires, des avocats et des experts-comptables.

Quels autres sujets allez-vous défendre durant votre bâtonnat ?

Le barreau est extrêmement mobilisé sur la prise en charge des mineurs non accompagnés. C'est un phénomène récurrent sur le ressort du TGI de Meaux. Un groupe est en train de se structurer pour faire face à l'arrivée de ces jeunes. Depuis janvier, tous les jours, une dizaine de mineurs arrive au TGI de Meaux sans prise en charge.

Nous n'avons pas de retour du Conseil départemental et de la protection judiciaire de la jeunesse pour des considérations budgétaires. Tout le monde se renvoie la balle. Les juges des enfants sont très attentifs et rendent de belles décisions, mais nous avons du mal à les faire exécuter, faute de financement. Ces jeunes sont accueillis dans des conditions peu acceptables et qui ne vont pas dans le bon sens. Il faut distinguer ceux qui sont délinquants et ceux qui n'ont simplement rien, avec un parcours de vie très lourd. Ces derniers souhaitent travailler et nous avons une chance de les insérer. Or, nous leur mettons des bâtons dans les roues pour des questions budgétaires. Quand on voit en parallèle tout ce qui est mis en place pour les mineurs délinquants avec un résultat parfois décevant, on se dit qu'il y a des réajustements à faire.

Quid de vos relations avec les magistrats ?

Tout se passe relativement bien. Mais au sein du tribunal, les relations se crispent quelque peu du fait des travaux de sécurisation de grande ampleur qui ont été menés. Nous avons des badges pour franchir les portes, mais nous n'avons plus accès au service de l'instruction. De fait, les relations se tendent, parce que mes confrères perdent trop de temps pour accéder aux services. Nous avons la sensation de déranger et ce n'est pas bon. Nous souhaitons simplement faire avancer nos dossiers. On nous interdit les contacts directs avec les magistrats et les greffiers, ce qui à mon sens est une erreur. Beaucoup de choses se résolvent par la discussion, un mail ne suffit pas toujours.

Nous vivons une transition difficile. Les relations avocats-magistrats se transforment et nous le vivons assez mal. On le constate dans tous les tribunaux, mais à Meaux nous manquons de moyens, de personnel. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas travailler correctement. Un peu plus de souplesse serait la bienvenue. L'avocat n'est pas là pour déranger.

Quel l'avenir souhaitez-vous pour votre barreau ?

Le barreau de Meaux est un barreau attractif, il faut le dire et le redire. Nous accueillons nos jeunes confrères avec joie, au sein d'un Ordre convivial. Durant mon mandat, je serai très attentive aux difficultés qui pourraient naître lors de la collaboration. Selon les générations, les mentalités sont différentes et nous n'avons pas forcément les mêmes attentes. Il faut trouver un juste équilibre ! L'association des Jeunes du barreau de Meaux a d'ailleurs été créée en ce sens et il n'a pas été fixé d'âge limite. Elle se charge d'accueillir, d'aider nos jeunes confrères, notamment de manière festive. Tout est fait pour que cela se passe bien.




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