AccueilActualitéGrand témoinMarie-Line Pichery, Maire de Savigny-le-Temple : « Recréer un parcours républicain »
Collectivité

Marie-Line Pichery, Maire de Savigny-le-Temple : « Recréer un parcours républicain »

Figure départementale de la gauche, cette élue socialiste dirige la cinquième ville de Seine-et-Marne (près de 30 000 habitants) depuis 2011. Mais Marie-Line Pichery, 56 ans, n’oublie pas d’où elle vient.
Marie-Line Pichery, Maire de Savigny-le-Temple : « Recréer un parcours républicain »
© MSM

ActualitéGrand témoin Publié le , Propos recueillis par Clémence Viola et Farid Zouaoui

Violence, éducation, mixité sociale et élection présidentielle : cette femme de convictions assène ses vérités.

Votre commune a été liée récemment à plusieurs faits divers (assassinat d’un habitant à Cesson, tags anti-police dans le hall d’un immeuble et rixes avec des jeunes du Mée-sur-Seine). Comment analysez-vous ce climat de violence ?

C’est notre société qui est de plus en plus violente. L’impact de la crise sanitaire n’est pas non plus anodin. Les confinements à répétition ont eu l’effet d’une cocotte-minute qui est sur le point d’exploser. Ici, en matière de délinquance, nous avons fait un gros travail depuis 2012 et, proportionnellement, notre ville n’a pas un taux plus élevé qu’ailleurs. Mais lorsque vous avez des tags anti-police et que le ministre de l’Intérieur se déplace, vous faites évidemment la une des journaux. Mais ce traitement médiatique et cette volonté de faire le buzz sont dangereux. Il y a un réel problème avec les institutions. Des maires ont été tués ou agressés. Moi-même, j’ai retrouvé ma voiture fracassée devant chez moi, avec des tags dessus. Aujourd’hui, les maires tiennent leur commune à bout de bras, mais ils sont très mal représentés sur le plan national. Le respect des institutions se perd. Aujourd’hui, on frappe les professeurs que l’on soit élève ou parents. Mais on a aussi une représentation politique qui n’est pas respectable. Tout est divisé, alors que nous, maires, essayons de rassembler.

L’image de votre ville souffre-t-elle de cette médiatisation ?

Bien sûr qu’elle est abîmée. Le point positif, c’est que le ministre de l’Intérieur a pu constater que l’on manquait d’effectifs de police et nous devrions en avoir davantage bientôt. Mais il est dommage de faire des focus négatifs sur Savigny-le-Temple, car ce n’est pas représentatif de tout ce que peut apporter cette ville. Il y a des choses qui se passent bien comme, par exemple, la mise en place, d’une agriculture urbaine pour que les enfants de nos cantines mangent des produits locaux. Nous travaillons aussi avec la Ville du Mée pour trouver une solution aux problèmes de rixes entre les jeunes de nos villes. Malheureusement, tout cela intéresse beaucoup moins que la délinquance.


© DR - Marie-Line Pichery est très présente sur le terrain, notamment à l’occasion de la campagne vaccinale contre la Covid-19.

Après dix ans de mandat, cette fonction de maire est-elle devenue éreintante ou reste-t-elle passionnante ?

Maire, c’est un mandat extraordinaire. C’est surtout le lien humain qui me tient beaucoup à cœur. Quand je vais à la Poste, je prends quelques minutes pour discuter avec des habitants. Cela peut paraître banal, mais c’est très enrichissant. Quand on est maire, on a, en quelque sorte, le pouvoir de changer la vie des gens. Et à Savigny, on a changé beaucoup de choses et on continuera de le faire. Ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est tellement riche. Et puis, c’est quelque chose que l’on a choisi. Personne ne nous a obligés.

Comment êtes-vous venue à la politique et pourquoi ce milieu est-il toujours aussi dur avec les femmes ?

Je suis arrivée à Savigny-le-Temple à l’âge de 8 ans. La politique m’a toujours intéressée. J’ai suivi assidument les élections présidentielles et municipales et j’ai fait une fac de sciences politiques. Mon père travaillait chez Renault et le soir, à table, il nous racontait l’histoire politique de la société. J’ai une sensibilité de gauche et je suis socialiste de cœur. Je suis une fille d’ouvrier et fière de l’être. Ce que je reproche aujourd’hui aux politiques, quelle que soit leur couleur, c’est de beaucoup parler et de ne plus agir. Je suis entrée en politique en 1993 et presque 30 ans après, c’est un domaine toujours très masculin, malgré la loi sur la parité. Qui détient réellement le pouvoir ? Combien y a-t-il de femmes maires dans les communes de plus de 20 000 habitants ? Nous avons plus de place qu’avant, mais nous ne l’avons pas encore complètement. Il y a un véritable déficit de confiance, mais il ne faut rien lâcher. Les jeunes femmes doivent oser se lancer. Je pense que les hommes et les femmes sont complémentaires. Une femme présidente de la République, quelle qu’elle soit, ce serait une bonne chose.


© DR - Marie-Line Pichery a reçu, le 17 novembre, Jean-François Parigi, président du Département.

Vous avez fait votre entrée au Conseil départemental. Parvenez-vous à faire entendre la voix de l’opposition ?

Oui, Jean-François Parigi est un président qui est plutôt à l’écoute. Il est d’ailleurs venu ici le mois dernier et nous avons discuté. L’opposition frontale n’a aucun intérêt. C’est parce qu’il y a eu ce genre d’oppositions que les gens ne votent plus. Les chamailleries politiques sont en partie responsables de cette défiance. Il faut assumer ses valeurs, mais il faut aussi savoir, quand cela est nécessaire, aller dans le même sens que d’autres. Aujourd’hui, pour avancer, il y a des projets qui doivent faire corps avec la communauté républicaine. Sinon, cela ne marchera pas.

Vous avez posé récemment la première pierre d’un programme immobilier à vocation sociale notamment. Le logement est-il une de vos priorités ?

Pour moi, tout est lié. Le vrai sujet, c’est la mixité sociale et la mixité tout court. Dans ce projet, il y a un tiers de logements sociaux, un tiers de logements en accession et un tiers de logements locatifs. Cela permet à trois typologies de profils de pouvoir trouver des solutionsà leurs besoins. Pour avoir de la mixité sociale, il faut aussi une stratégie de peuplement. Je n’ai pas peur de parler de ça en étant de gauche. Il faut arrêter de mettre tous les pauvres ensemble et rassemble tous ceux qui se ressemblent. On a connu la mixité avant et cela se passait bien, mais c’est du boulot. Il faut travailler avec les bailleurs et avec l’Etat. Il faudrait aussi que les maires aient un pourcentage d’attributions de logements sociaux qui soit supérieur aux 20 % actuels et que chaque commune prenne sa part. Il y a une responsabilité collective. Aujourd’hui, on se dit qu’il se passe des choses épouvantables dans certains quartiers, mais il faut prendre les choses à bras-le-corps.

L’éducation est un autre thème qui vous est cher…

Je pense sincèrement que le système éducatif est à bout de souffle. Oui, des jeunes se battent au pied des immeubles, mais on a laissé le terrain. Les stratégies politiques, qui n’ont été que financières, sont, en partie, à l’origine de ces situations de violence. Les institutions de la République sont trop éloignées de la population et de la jeunesse. Nous avons inauguré un nouveau centre social au pied d’un immeuble, afin de le rendre plus accessible et notre mairie est implantée au milieu d’une résidence de logements à 72 % sociaux. On entend dire partout que la jeunesse ne va pas bien, mais on a tout fait pour qu’elle aille mal.

Quelle est votre solution ?

Il faut recréer un parcours républicain avec une école forte. Mais ce n’est pas en supprimant des postes d’enseignants que l’on y arrivera. Parlons aussi des 95 % de jeunes qui vont bien et qui font des études, au lieu de banaliser la violence. On fait deux pas en avant, puis deux pas en arrière. Les programmes des politiques sont flous et aucun discours n’inspire confiance aux jeunes. Arrêtons de leur faire porter tous les maux de la terre ! Les jeunes ne sont pas responsables de tout. Ils sont aussi tributaires des décisions et des non-décisions des adultes.

© DR - Marie-Line Pichery a lancé, le 26 novembre, le chantier d’un programme immobilier de 313 logements.

Pourquoi êtes-vous opposée au projet du Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) ?

Ce projet vise à retirer le calcaire de l’eau du robinet et va puiser dans les nappes de notre territoire. Les villes de la grande couronne parisienne n’ont jamais de retour et ce sont toujours celles de la petite couronne qui sont les bénéficiaires. Il va y avoir aussi des rejets dans la Seine, ce qui n’est pas très écologique. Ce projet doit être mis en place sur le site de l’usine d’Arvigny, à Savigny-le-Temple, mais nous avons rejeté le permis de construire et nous allons nous battre.

Comment jugez-vous le début de la campagne électorale de votre parti ?

Nul ! Je suis quelque peu désespérée. Désolée de le dire, mais il va falloir se poser des questions, quitte à passer notre tour et revenir après. Pour l’instant, on se bat pour savoir qui va être le meilleur perdant ! Le parti socialiste a pourtant une vraie Histoire avec des acquis sociaux. C’était le parti des classes populaires. Mais où sont passés les ouvriers ? Il faut se mettre autour d’une table et parler aux gens plutôt que de parler entre nous. Il faudrait regarder au-delà du périphérique parisien. On manque d’une incarnation. Mitterrand a incarné le PS comme Macron incarne quelque chose, lui aussi. Les gens l’ont suivi davantage pour sa personne que pour son programme. Quand il a été élu, la gauche aurait dû se poser les bonnes questions.

Sa ville face à la crise sanitaire

« Depuis le début de cette crise, ce sont les communes et les collectivités territoriales qui ont fait tourner le pays. Elles se sont adaptées sans cesse. Il a fallu notamment remplacer les personnes bénéficiant d’une autorisation spéciale d’absence (ASA) et cela a représenté un million d’euros supplémentaire dans le budget 2020 de la Ville. Aujourd’hui, on dit aux gens qu’il y a une cinquième vague et qu’il faudra être raisonnable à Noël. On pouvait entendre ce discours l’année dernière, mais plus aujourd’hui avec la vaccination. On nous infantilise en nous demandant d’ouvrir les fenêtres toutes les quinze minutes. Ce discours est anxiogène. À Savigny-le-Temple, on a mis en place un centre de vaccination au Millénaire, qui a fonctionné avec du personnel communal. Actuellement, il est ouvert un jour par semaine, car notre objectif est de transférer la vaccination vers les médecins et les pharmacies. Ce n’est pas encore au point, car il y a quelques soucis logistiques, mais nous assurons un accompagnement et les habitants jouent plutôt le jeu. »

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 25 juin 2022

Journal du25 juin 2022

Journal du 18 juin 2022

Journal du18 juin 2022

Journal du 11 juin 2022

Journal du11 juin 2022

Journal du 04 juin 2022

Journal du04 juin 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?