LOUIS VOGEL Apprentissage et formation à Melun et sur le territoire Melun Val de Seine

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LOUIS VOGEL Apprentissage et formation à Melun et sur le territoire Melun Val de Seine
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Louis Vogel est maire de Melun et président de la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine. Il est également avocat, fondateur du cabinet éponyme, et professeur de droit. Il estime aujourd'hui que « la formation professionnelle a trop longtemps été négligée, au profit de la formation générale », même s'il note « une prise de conscience » ces dernières années.

Sur le plan départemental, la formation professionnelle et l'apprentissage sont-ils à la mesure des besoins des entreprises ?

On ne fait jamais assez pour la formation professionnelle et l'apprentissage dans ce pays. On a trop longtemps négligé la formation professionnelle au profit de la formation générale contrairement à ce que font nos voisins allemands. Les passerelles entre entreprises et instituts de formation au sens large (études secondaires, supérieures ou même formations continues) sont encore trop ténues même s'il faut noter tout de même une amélioration et une prise de conscience depuis quelques années : l'apprentissage dans l'enseignement supérieur, ouvert en 1987 par la loi Seguin, est en forte augmentation, le nombre d'apprentis y étant passé de 51 000 en 2000 à
152 000 en 2016.

Pourtant, malgré ce changement d'état d'esprit marqué notamment par les annonces faites par le Premier ministre sur la question le 9 février 2018 dans le cadre de la réforme de l'apprentissage (simplification et assouplissement des modalités de signature et de rupture d'un contrat d'apprentissage ou encore unification des aides à l'embauche dans les TPME), beaucoup reste à faire : les mentalités doivent changer, éducation, formation et entreprise doivent se conjuguer.

En Seine-et-Marne, la politique de formation est entre autre soutenue par la Région via l'entreprise associative UPROMI qui se donne pour mission de répondre aux besoins de formation et d'insertion des publics de premiers niveaux de qualification située au Mée-sur-Seine.

La situation est-elle différente dans votre Communauté d'agglomération ?

Force est de constater que le territoire de Melun Val de Seine n'est pas le mieux doté en centres de formation même si deux CFA sont présents respectivement à Vaux-le-Pénil et à Dammarie-les-Lys, spécialisés dans les métiers de l'automobile et de l'industrie. Sur le territoire de la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine, nous avons décidé de prendre nos responsabilités en termes de formations professionnelles et d'apprentissage. Nous disposons d'atouts que nous exploitons comme le site Paris Villaroche par exemple. En accord avec les entreprises présentes sur le site – je pense à Zodiac Aerospace ou à Safran – nous allons mettre en place un centre de formation spécialisé qui corresponde directement aux besoins de nos fleurons industriels. Ce centre d'un genre nouveau puisque créé en collaboration directe avec de futurs employeurs permettra à des personnes de se former à des métiers oubliés ou rares comme celui de la chaudronnerie. Du reste, la Maison Emploi Insertion Melun Val de Seine est une excellente courroie de transmission pour les demandeurs d'emplois ou ceux qui tentent de se former en les orientant vers les structures de notre territoire les plus adaptées.

Quelles sont les principales initiatives en matière de formation ?

En termes de formation et d'apprentissage, que cela soit au niveau communal ou au niveau intercommunal, nous menons une politique ambitieuse de formation en cohérence avec les compétences qui nous sont dévolues.

Depuis une dizaine d'années, Melun s'est engagée dans un projet de ville numérique avec l'installation de « Smart Boards » (tableaux connectés) dans toutes ses écoles. Aujourd'hui, 90 % des écoles élémentaires sont équipées en matériels numériques. Nous souhaitons en effet favoriser l'accès au digital pour tous. C'est indispensable dans le siècle dans lequel nous vivons. Concrètement, nous mettons en œuvre des projets pédagogiques fondés sur l'utilisation des outils informatiques. L'apprentissage au plus tôt du traitement de texte ou la familiarisation aux échanges numériques sont désormais nécessaires pour s'intégrer et pour réussir. Aujourd'hui à l'école, demain au collège et au lycée, après-demain dans le monde du travail. Résorber la fracture numérique et intégrer l'apprentissage des nouvelles technologies dès le plus jeune âge sont nos objectifs.

Et depuis cette rentrée 2018, la ville complète le dispositif . Cette année, nous avons souhaité apporter un service d'aide aux devoirs qui soit accessible à tous, en ligne ou par téléphone, pour tous les élèves de Melun, du CP au cm2. Il s'agit d'une prestation intégralement prise en charge par la Ville permettant de donner le maximum de chances à chacun. Dispensé par des enseignants de l'Education Nationale et couvrant l'ensemble des enseignements dispensé du CP au cm2, ce service gratuit leur apportera, nous l'espérons, une grande aide .

Notre politique en matière de formation et d'apprentissage ne se limite pas qu'à cela. A Melun, nous disposons d'équipements de pointe avec notamment une classe pour l'inclusion scolaire pour les enfants en situation de handicap : il n'y en a que deux en Seine-et-Marne ! Et nous accueillons des enfants malentendants que nous répartissons dans tous nos établissements.

Par ailleurs, avec également l'engagement de la Communauté d'Agglomération, c'est un plan global pour la réussite scolaire et donc la formation et l'apprentissage que nous lançons cette année. De 2 à 25 ans .

Nous avons :

- ouvert une TPS (très petite section) à l'école Jean Bonis ;

- mis en place un soutien scolaire numérique gratuit pour tous les élèves scolarisés à Melun du CP au cm2 ;

- créé un plan de persévérance scolaire pour les 16-18 ans issus des quartiers classés Politique de la Ville : il s'agit dorénavant d'accompagner les élèves exclus par des ateliers de prise de conscience de leur comportement qui a amené à l'exclusion mais aussi de les remettre à niveau en matière scolaire ; cela se fait en partenariat avec les associations et acteurs du territoire (APAM) ;

- organisé des stages de réinsertion pour les 18-25 ans déscolarisés ;

- fondé une régie de quartier pour réinsérer les personnes en dehors du monde du travail.

Ce sont des dispositifs complémentaires qui visent à couvrir l'ensemble des situations problématiques que nos jeunes peuvent rencontrer au cours de leur scolarité : des difficultés passagères sur un enseignement donné, des problèmes d'attitude ou d'apprentissage qui peuvent mettre en péril leurs études, ou encore des questions graves de comportement qui nécessitent une intervention résolue.

Nous avons fait cela parce que nous avons une ambition collective : être capables d'accorder à nos enfants le meilleur environnement possible et un enseignement de qualité parce que c'est avec le savoir, c'est avec le savoir-faire, c'est avec la formation, c'est avec la qualification que l'on pourra faire la différence.

Où en est le développement et la diversification de l'université pour que Melun affirme sa vocation de ville universitaire ?

Depuis 2014, je fais du développement universitaire une de mes priorités comme président de la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine puis comme Maire de Melun.

En 1987 s'installait sur l'Île Saint-Étienne à Melun une antenne de Paris 2. Dès lors, des liens très forts se sont noués qui expliquent la réussite
de ce modèle. Melun offre à Paris 2 la possibilité de se développer, loin de la congestion des locaux parisiens.

Elle offre à ses étudiants et professeurs un cadre de vie privilégié, une ceinture verte, facilement accessible depuis Paris. Les nombreuses associations sportives de qualité et réputées en France, comme l'aviron, la natation, l'escrime, le volley… font des étudiants de la promotion melunaise les plus sportifs de l'Université. Ici, outre cet environnement favorable à l'enseignement et à l'épanouissement, Paris 2 est soutenu par les Pouvoirs publics. Que ce soit pour la Ville de Melun ou la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine, dont je suis président, l'ambition universitaire du territoire est une priorité qu'il faut soutenir, encourager, renforcer.

C'est pourquoi la Ville comme la Communauté financent le fonctionnement du Centre Assas et mettent à sa disposition une grande partie des locaux de l'Île Saint-Étienne. C'est un effort important réalisé par ces deux collectivités, mais un effort nécessaire pour maintenir dans le Sud Seine-et-Marne, secteur sinistré dans ce domaine, une offre universitaire de premier plan. L'année 2018 bat d'ailleurs tous les records de fréquentation de l'Université puisque ce ne sont pas moins de 2 500 étudiants qui ont rejoint Melun, nous avons d'ailleurs dû étendre nos locaux de la Courtille.

Ce partenariat établi depuis longtemps maintenant fait de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas un acteur majeur du territoire melunais dans la lutte contre les inégalités et pour la promotion de l'égalité des chances. En demandant à ces étudiants la même rigueur et le même niveau d'excellence qu'aux étudiants parisiens, tout en leur offrant un encadrement dynamique, efficace et plus personnalisé, l'antenne melunaise de Paris II permet à de nombreux étudiants de profiter d'un enseignement reconnu et de clore leur cursus par un diplôme prestigieux, qui leur ouvrira de nombreuses portes. Ce partenariat en perpétuelle évolution illustre la parfaite intégration de Paris 2 sur le territoire de Melun. En témoigne l'accord noué avec l'École des Officiers de la Gendarmerie Nationale, elle aussi installée à Melun, concernant le diplôme de Master 2 Droit et Stratégie de la Sécurité dont les premiers diplômes ont été délivrés fin juin 2015 à 56 élèves militaires et civils ou encore le diplôme de MBA créé en partenariat avec HEC.

Par ailleurs, nous travaillons activement à l'implantation d'une première année de médecine en collaboration avec l'Université Paris Est Créteil qui viendra compléter cette offre universitaire déjà très importante pour faire de Melun, à terme, une ville phare dans l'éducation de la santé avec, à noter évidemment, la présence depuis déjà longtemps de l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) et d'aides-soignants (IFAS). Il va s'en dire que cette première année ne sera qu'une première étape, c'est tout le cursus que nous voulons voir se développer à Melun pour, à terme, faire du Santépôle, notre nouvel hôpital, un CHU et endiguer la désertification médicale que peut connaître le Sud Seine-et-Marne. Nos premiers étudiants devraient arpenter les rues melunaises dès janvier prochain .

Pour finir, je souhaiterais revenir sur le déménagement annoncé de la prison de l'île Saint-Etienne, celle-ci nous laisse envisager de grands projets sur l'île et pourquoi pas sa transformation en un véritable campus faisant de Melun la ville universitaire par excellence.




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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