Loïc Gauthier, le magicien d'Eoz

le - - Actualité - Grand témoin

Loïc Gauthier, le magicien d'Eoz

Loïc Gauthier est le président d'Eoz, une entreprise notamment spécialisée dans la fabrication de claviers et digicodes, à Ozoir-la-Ferrière. Avec Audrey Marquès, actuelle directrice générale, Loïc Gauthier a sauvé cette entreprise et ses 26 emplois en 2010.Notamment engagé au service de ses pairs à travers le Medef Seine-et-Marne et en tant que secrétaire général des CCEF d'Île-de-France, Loïc Gauthier se dit proche de la mouvance de l'entreprise libérée.

« Reprendre l'entreprise a été une sacrée expérience », lance d'emblée Loïc Gauthier, président d'Eoz. En 2009, alors qu'il est à la tête d'EAO, ce dirigeant pétri d'optimisme doit faire face à une situation particulièrement difficile. En effet, le groupe Suisse auquel appartient EAO ne croit plus en cette structure, notamment touchée par la crise financière de 2008. « Un vendredi soir, EAO pose un chèque sur ma table et me demande de me débarrasser de toutes nos entreprises en France », se remémore Loïc Gautier, le choc encore bien présent à l'esprit. « Je suis fils d'ouvriers. Mes business plans avaient à plusieurs reprises indiqué ce qu'il fallait mettre en place pour redresser la barre mais rien n'était fait pour y remédier. J'ai décidé de racheter la société », se rapelle-t-il.

Avec son actuelle directrice générale, Audrey Marquès, salariée chez EAO depuis six mois, Loïc Gauthier s'attelle à la tâche. « Nous avons travaillé sur un beau projet. Grâce à un business plan solide, nous avons pu reprendre une bonne partie des actifs de l'entreprise », souligne celui qui est aussi juge consulaire, précisant que 26 salariés ont pu être sauvés sur les 54 que comptait EAO. « Heureusement, nous étions deux, avec Audrey nous avons tenu la barre. Nous avons trouvé les fonds pour racheter ces actifs, grâce à un concours bancaire classique, en plus de mes économies réalisées depuis 20 ans », confie Loïc Gauthier. Chose rare, l'entrepreneur présente son business plan en même temps que le plan social, vers la fin 2010.

Mais c'est en 2011 qu'Eoz est véritablement lancée, bénéficiant d'un alignement de planètes favorable, après avoir essuyé quelques embûches. Son nom, validé par les équipes de l'entreprise, résonne alors comme un symbole. « Eoz ne devait pas être trop éloigné de l'ancien nom EAO. Eoz signifie aussi Zoé à l'envers, c'est-à-dire « la vie », explique Loïc Gauthier. Un nom effectivement bien porté par l'entreprise ozoirienne, qui a finalement mis cinq ans pour rembourser ses emprunts bancaires, au lieu des sept prévus.

Une entreprise française pionnière de l'électronique

Si cette nouvelle dénomination est inconnue du grand public, Eoz est pourtant présente dans la vie quotidienne des Français. Spécialisée dans l'interface homme-machine, Eoz s'adresse à une grande diversité de clients, allant de Safran-Snecma jusqu'au ministère de la Défense. Qu'il s'agisse d'interrupteurs, de boutons poussoirs, de claviers, ou des composants électroniques qui les accompagnent, Eoz fait de la qualité son fer de lance. Les digicodes, terminaux de paiement ou encore les distributeurs automatiques de billets portent souvent la signature de cette PME seine-et-marnaise. Elle a, grâce à cela, su conquérir près de 15 pays dans le monde, dont les Etats-Unis, le Japon, l'Inde et la Chine.

« Nous sommes partis d'une société qui perdait de l'argent, nous avons complètement changé notre façon de gérer, en apportant du dynamisme », explique Loïc Gauthier. De fait, les collaborateurs ont été questionnés pour calibrer Eoz le plus finement possible. « Dites-moi comment vous voulez vous organiser, que devons nous faire pour être plus performants, avec quels processus ? ». « Tout le monde s'est organisé et a défini son propre travail. Je remercie beaucoup l'équipe pour cela, il y a eu des trouvailles merveilleuses sur la réduction des coûts, sur des poches de productivité. Cela a été une belle expérience à vivre , se rappelle le président d'Eoz».

Par ailleurs administrateur national de l'Association pour le progrès du management (APM), dont le leitmotiv est « le progrès de l'entreprise par le progrès du dirigeant », Loïc Gauthier est un fervent défenseur de l'intelligence collective et de la structuration organique. « Le terme vient des organes au sens du corps humain. Certes, il faut une tête pour vivre, mais le corps ne pourrait fonctionner sans rate, sans système nerveux… C'est la même chose en entreprise. Nous avons fonctionné comme cela et nous avons tout de suite été bénéficiaires ».

Seulement huit ans après la reprise, Eoz devient indépendante, avec une trésorerie lui permettant de travailler sur l'innovation. Elle a même pu racheter, plus récemment, son distributeur allemand.

Un fleuron français

Héritière de la SECME, considérée comme l'une des plus anciennes entreprises françaises spécialisées dans les composants électromécaniques, Eoz a hérité de son exigence.

« La plus-value d'Eoz, c'est la qualité et le sur-mesure », précise Loïc Gauthier, pour qui ces deux objectifs sont la condition sine qua non de la réussite.

L'innovation fait également partie intégrante de l'ADN d'Eoz, qui est récemment entrée dans l'ère de l'internet des objets. « Nous faisons de la micro-mécatronique, c'est-à-dire de la haute couture électronique », précise l'entrepreneur, qui intègre notamment à ses produits des puces cryptées. « Nous maîtrisons aussi le cœur logiciel de l'appareil connecté », poursuit Loïc Gauthier, qui s'est rendu dernièrement au cœur de l'innovation électronique, au CES de Las Vegas.

Entre autres innovations, Eoz a produit des boutons poussoirs personnalisables au niveau de la coloration, mais aussi et surtout rétro-éclairés, pouvant notamment fonctionner sur des consoles de jeu. L'entreprise a aussi conçu des digicodes anti-vandales. « Ils peuvent résister à un coup de marteau ! », se plait souvent à rappeler Loïc Gauthier. Tous ces atouts permettent à Eoz de vendre plus de 50 % de ses produits à l'international. « De belles perspectives se profilent », précise Loïc Gauthier.

Une valeur ajoutée principalement française

« Nous avons une valeur ajoutée à 94 % française, qu'il s'agisse du design, du processus, des fournisseurs… C'est très difficile de tenir cette exigence, surtout dans une industrie qui est mûre, mais malgré tout nous arrivons à obtenir de bons résultats », tient à souligner Loïc Gauthier. Qu'il s'agisse de séries sur-mesures ou de composants plus communs, tous les prototypes peuvent être conçus au sein des locaux d'Eoz, qui dispose par ailleurs de laboratoires adaptés à la conception de ses différentes gammes.

Un chef d'entreprise engagé

Président de la section Brie/Tournan/Ozoir du Medef Seine-et-Marne, Loïc Gauthier n'hésite pas à s'engager au service de ses pairs, notamment au tribunal de commerce. « C'est un moyen de donner quelque chose plus largement qu'à mes pairs, à ma communauté, à mon pays, comme un impôt passif », précise le germanophone, qui est aussi conseiller du commerce extérieur de la France (CCEF).

Le dynamisme et la bonne humeur chevillés au corps, Loïc Gauthier ne compte pas s'arrêter là, en étant toujours plus attentif à la qualité de ses produits et en continuant d'innover. Un projet d'envergure concernant les locaux d'Eoz pourrait également bientôt voir le jour. Pour lui, le plus important reste, malgré les difficultés qu'une entreprise peut parfois traverser, « de ne jamais baisser les bras ».

De la médiation à tous les niveaux

Ouvert aux modes alternatifs de règlement des différents (MARD), notamment es qualité de juge prud'homal, Loïc Gauthier a récemment participé au 25e Forum mondial des centres de médiation de l'Union internationale des avocats (UIA). Pour lui, la pratique de la médiation est essentielle à tous les niveaux. « Il nous faut aller vers ce changement de culture, il est possible de trouver des solutions sans être dans l'affrontement », plaide-t-il, rappelant que le président du tribunal de commerce de Melun, Jean Gaillard, a beaucoup travaillé au développement de ce mode alternatif. « C'est systématisé aujourd'hui, les comportements changent », assure-t-il, indiquant qu'un « mauvais arrangement est préférable à un bon procès ».

Loïc Gauthier pratique aussi la médiation au sein de son entreprise. « Nous sommes 24, nous n'avons pas l'obligation de constituer de CE ou de CHSCT, mais je considère que cela doit malgré tout être mis en place », explique le dirigeant, qui estime que « souvent l'institution de l'organisme casse le besoin ».

Un comité de santé au travail a ainsi été formé. Il réunit tous les trois ans l'ensemble du personnel d'Eoz, pour élire quatre représentants. « Avec Audrey, nous nous tenons en retrait lors de cette élection dite  par consensus « Ensuite, cela nous permet de trouver des solutions tout de suite et dans la simplicité, cela fonctionne très bien », témoigne Loïc Gauthier. « La médiation, cela n'est pas forcément au cœur du conflit, cela peut être avant, au moment de sa naissance. Parfois, le conflit est inévitable, mais à tout moment il faut pouvoir revenir à la médiation et garder cette ouverture », conclut-il.




MSM REDACTION
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Moniteur de Seine-et-Marne Journal d'information et d'annonces légales de Seine-et-Marne

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide