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Les profils atypiques de l'Ecole de la 2e chance

Basée à Melun, l'Ecole de la 2e chance (E2C) a pour mission d'insérer professionnellement et socialement des jeunes déscolarisés entre 17 et 25 ans.
Les profils atypiques de l'Ecole de la 2e chance
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À la recherche de profils atypiques, l'entreprise de communication multi-canal Just See a accueilli Steven Candela en stage, au service commercial. Cet élève de l'école particulièrement motivé, est revenu interviewer son dirigeant.

C'est avec la casquette de journaliste pour le magazine de son école que Steven Candela, âgé de 23 ans, a pu questionner son ancien patron, Gauthier de Groote. Ce dernier est à la tête de Just See, implantée à Vaux-le-Pénil, créée pour répondre aux besoins de communication des PME seine-et-marnaises. De la stratégie, au choix des vecteurs, en passant par le digital, la création graphique et l'imprimerie, Just See souhaite proposer à ses clients une vraie valeur ajoutée, au juste prix Adepte du management horizontal, l'entreprise a aussi entamé une réflexion poussée sur le choix de ses collaborateurs. « Nous n'étions pas en recherche de stagiaires, mais l'Ecole de la 2e chance permet de tester des profils différents », explique Gauthier de Groote, répondant au journaliste en herbe. « En sept ans, nous avons accueilli des apprentis, des salariés, des freelances… Avec l'Ecole, nous nous sommes dit : « tiens, c'est une nouvelle approche, de profils moins courants » ».

Steven Candela a d'abord été recruté pour travailler à l'atelier, mais ses qualités humaines ont finalement été jugées plus utiles au sein de l'équipe commerciale : « Steven sortait de l'archétype des commerciaux que nous avions l'habitude de côtoyer. » Seule difficulté pour le dirigeant, « le côté « junior » entraîne un temps de formation chronophage. Nous n'avons pas eu le temps suffisant pour te former et t'intégrer à l'équipe ». Pourtant, ces profils restent précieux pour Gauthier de Groote : « Nous nous sommes rendus compte qu'une personne formée, mais sans savoir-être, est pénalisante pour l'entreprise. Alors qu'avec une personne qui en est dotée et qui souhaite prendre pleinement part à notre aventure, c'est magique ! ».

Gauthier de Groote poursuit : « la démarche d'inscription à l'école de la 2e chance démontre l'envie des jeunes de remettre le pied à l'étrier. Ils ont le désir d'avancer. C'est l'atout numéro un. Un élève de l'Ecole de la 2e chance est soit en reconversion, soit en rupture de cycle professionnel, qui décide de reprendre son destin en main. Nous avons l'exemple parfait avec Steven, un garçon qui a une super plume et qui sait se tenir, se présenter. Il avait juste besoin de retrouver un second souffle au contact du monde professionnel. Des profils comme Steven, nous n'en avons pas eu beaucoup, même chez les étudiants qui n'ont pas l'habitude du management horizontal. » En fait, le stagiaire n'a pas hésité longtemps avant de décrocher le téléphone pour démarcher de nouveaux clients, avec une abnégation que pourrait envier certains étudiants sur-diplômés, trop rapidement découragés après le refus d'un prospect.

Si Steven Candela n'a pas été recruté au terme de son stage, l'expérience acquise chez Just See constitue un véritable tremplin pour la suite. L'ancien élève de l'Ecole de la 2e chance a en effet pu intégrer une formation équivalente à un Bac + 2, alors qu'il avait quitté le lycée en première L, en raison de problèmes personnels.

Cette réussite est au rendez-vous dans sept cas sur dix à l'Ecole de la 2e chance, dès lors que l'entreprise qui accueille les élèves « joue le jeu ». Comme l'estime Gauthier de Groote, « aider les stagiaires à se trouver est un devoir pour les PME ». Même si le chef d'entreprise rappelle qu'il ne faut toutefois pas tomber dans « l'excès de certaines start-up, qui fonctionnent uniquement avec des stagiaires ».

Steven Candela : « J'ai réalisé que j'étais capable de mener à bien un projet professionnel »

Quelles sont les caractéristiques de la formation proposée par l'Ecole de la 2e chance ?

C'est un parcours particulier, qui consiste en une bonne remise à niveau en mathématiques, en français et en informatique. On apprend des choses pas forcément enseignées en école traditionnelle, notamment en culture générale avec des sorties éducatives dans des endroits que je n'avais jamais visité auparavant, comme le Sénat ou le Panthéon. L'Ecole nous transmet également des connaissances pratiques, comme l'étude des éléments d'une fiche de paie.

Chaque stagiaire a un formateur référent avec qui il peut parler de tout ; de sa vie de manière générale, de son avenir professionnel. Avec lui, il peut décider de faire un stage, approfondir les caractéristiques d'un métier… Le formateur le conseille, lui donne des pistes à travers le réseau de l'école et peut l'aider à trouver des missions en intérim, à faire des stages ou des des formations… Au départ, c'est Guillaume Schlemer (formateur-référent en projet professionnel à l'E2C, N.D.L.R.) qui m'a donné la possibilité d'obtenir un équivalent du Bac avec le poste de conseiller relation client à distance. J'ai donc finalement réussi à atteindre le niveau bac +2.

Que faut-il savoir avant de rentrer à l'Ecole de la 2e chance ?

Pour ceux qui voudraient rentrer à l'école, je dirais : « ce n'est pas une formation traditionnelle, c'est une transition vers le monde de l'entreprise « Il faut se comporter en adulte et ne surtout pas penser que l'on va se tourner les pouces. Les formateurs nous apportent leur aide, mais c'est à nous de fournir le travail nécessaire. Il faut assumer le fait d'être adulte et effectuer le travail demandé par le formateur. Mais aussi ne pas hésiter à demander de l'aide en cas de besoin. Il faut être motivé, curieux et souple vis-à-vis des règles de l'école.

Quid du comportement à adopter en entreprise ?

C'est plus compliqué, il y a le stress provoqué par un nouvel environnement et des règles que l'on ne connait pas. Curiosité et bonne écoute sont nécessaires. Il faut assimiler les règles rapidement, ne pas abuser des libertés que pourraient nous donner les chefs d'entreprise, comme le tutoiement. Il ne faut pas hésiter non plus à demande de l'aide, puisque l'on est en formation et en apprentissage.

Cette expérience à l'E2C vous a permis de rompre avec votre passé. Comment avez-vous trouvé les ressources pour dépasser vos limites ?

Une bonne partie du travail a été fait à l'école grâce aux formateurs. Ces derniers nous rappellent régulièrement qu'ils sont là pour nous aider. Cela casse notre isolement. Ce travail se poursuit avec les stages. Nous commençons avec une première expérience d'une semaine en entreprise, choisie dans n'importe quel secteur. L'intérêt, c'est essentiellement de découvrir le monde de l'entreprise. Le plus gros du travail se fait à ce moment-là. Nous sortons de la zone de confort qui nous entoure à l'école. Même les petites tâches, effectuées en tant qu'employé libre-service chez Electro Dépôt, lors du premier stage d'une semaine, m'ont progressivement redonné confiance. À l'école, j'ai compris que je pouvais suivre normalement les cours et réussir ; tandis que dans l'entreprise, j'ai pu prendre conscience que j'étais capable de mener à bien des missions professionnelles. Cette association du temps passé à l'école et des stages m'a permis de prendre conscience de ma valeur et de gagner de la confiance.

L'Ecole propose également un coach de vie

J'ai effectivement rencontré un coach de vie, qui est aussi psychothérapeute. Je continue à le voir en dehors de l'Ecole. Parce que l'E2C ne nous lâche pas tant que nous ne sommes pas sur de bons rails. Nous participons aussi à des séances de sport, du théâtre ou encore des jeux de rôle. Elles nous aide à nous intégrer et à nous découvrir différemment, à travers le regard de l'autre.

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