AccueilCollectivitéLes intercommunalités, acteurs-clés de la relance

Les intercommunalités, acteurs-clés de la relance

« Nous sommes en première ligne pour pouvoir relancer et soutenir les entreprises des territoires, qu'elles soient petites ou grandes ». C'est le crédo que porte l'Assemblée des communautés de France (AdCF), la fédération nationale des élus de l'intercommunalité. Pour cette association, si les intercommunalités ont été les acteurs-clés durant la crise, elles continuent et continueront de l'être durant les mois à venir. Elles ont depuis plusieurs années, à travers leurs compétences, noué de fortes relations avec le monde économique, selon Laurent Trogrlic, vice-président de l'AdCF. Elles semblent donc disposer de « toutes les clés » pour impulser une nouvelle dynamique dans les territoires, notamment dans le secteur industriel. La communauté d'agglomération de Grand Paris Sud, situé l'Essonne et la Seine-et-Marne, illustre particulièrement bien cette action, comme en témoigne son président, Michel Bisson.
Les intercommunalités, acteurs-clés de la relance
@ DR

TerritoiresCollectivité Publié le ,

L'Assemblée des communautés de France, qui fédère près de 1000 intercommunalités, a récemment souhaité attirer l'attention des Pouvoirs publics sur l'importance de disposer d'intercommunalités pleinement opérationnelles au cours des prochains mois. En effet, certaines d'entre-elles sont en attente du second tour des élections municipales. Or, il s'agit pour Jean-Luc Rigaud, président de la fédération, d'un « pré-requis indispensable pour accompagner le déconfinement progressif et assurer la reprise des activités dans les meilleures conditions »,
eu égard aux différentes forces dont jouissent ces collectivités.

Elles gèrent, d'abord les services publics locaux essentiels : transports collectifs, organisation des mobilités, gestion de l'eau, assainissement, collecte des déchets, cohésion sociale, soutien aux acteurs de santé, gestion des équipements culturels et sportifs, médiathèques, centres nautiques, etc.

Les intercommunalités ont également, comme le rappelle l'AdCF, un rôle majeur dans le développement économique local, en lien avec les Régions.
« Les intercommunalités ont, depuis plusieurs années, noué avec le monde économique de fortes relations », selon Laurent Trogrlic, vice-président de l'AdCF (Bassin de Pompey). « On l'a vu durant la crise sanitaire, ces réseaux ont permis le développement d'action solidaires, les entreprises ont par exemple travaillé sur leur stock pour alimenter le corps médical ».

Elles sont également responsables de la gestion des parcs et zones d'activités, de l'immobilier d'entreprises, mais aussi de la promotion du tourisme et de la politique locale du commerce. Elles ont d'ailleurs adopté des mesures, « exceptionnelles », de soutien aux entreprises durant le confinement, en participant notamment aux fonds d'urgence mis en œuvre par les Régions, ou en développant des outils complémentaires.

Comme le rappelle la vice-présidente de l'AdCF, Virginie Carolo, élue à Caux Seine Agglo, « les intercommunalités ont une responsabilité de premier plan dans la commande publique, aux côtés des communes ». Selon un baromètre lancé par l'association, les intercommunalités (et les syndicats mixtes) portent près de 70 % de la commande publique du secteur public local dans son ensemble. « Or, nous savons que la sécurisation des approvisionnements est devenue une préoccupation première des entreprises », explique Virginie Carolo.

Ce rôle, qui les situe au cœur de la relance économique, sera, pour l'AdCF, décisif dans celle des territoires.

Grand Paris Sud, territoire d'industrie

« L'Etat nous a donné toutes les clés pour agir maintenant avec, par exemple, le contrat de transition écologique. L'intercommunalité peut financer le logement, la rénovation énergétique des bâtiments, et les nouvelles filières comme l'électromobilité ou l'hydrogène »,
rappelle la vice-présidente de l'AdCF. « La territorialisation passe aussi par la construction d'écosystèmes. Selon nous, le couple Région/intercommunalité est l'ensemble parfait pour construire la politique industrielle de demain. »

Dans la même veine, le programme “Territoire d'industrie“, lancé par le Gouvernement en 2018 avec l'objectif de redynamiser l'industrie française, « permettra aux intercommunalités d'être sur tous les fronts ». Le territoire de Grand Paris Sud, qui a été intégré au dispositif (il s'agit du deuxième pôle aéronautique francilien, avec notamment Safran à Réau et du premier pôle européen santé et innovation) fait office de modèle en la matière.

Un plan de relance encore plus massif

« Concernant le monde actuel, ce dont nous avons besoin, c'est d'une relance qui passe par les collectivités territoriales et leur capacité à investir », estime Michel Bisson, président de Grand Paris Sud, qui précise que la communauté d'agglomération réfléchit à la possibilité d'accélérer un certain nombre d'investissements déjà prévus pour faire en sorte que les entreprises (notamment du bâtiment et des TP) arrivent à maintenir leur chiffre d'affaires et donc l'emploi.

Parallèlement, au-delà des aides de l'Etat et de la Région (chômage partiel, report de charges…), il faut, selon Michel Bisson, faire en sorte que le plan de relance soit encore plus massif. Ce premier bloc de décisions, « éminemment important », devra être développé en 2020 et 2021.

Ensuite, le « monde d'après » sera l'occasion de tirer les conclusions de ce qui a été vécu et d'impulser une nouvelle dynamique. « Nous devons faire en sorte que ce qui est essentiel soit traité et apparaisse de la manière la plus lisible à nos citoyens pour les embarquer dans l'aventure », explique Michel Bisson, qui cite en la matière la transition écologique et sociale d'une part, et la réindustrialisation du pays, d'autre part.

Il va falloir en effet, selon l'élu, s'habituer à vivre avec des crises à l'avenir, notamment en raison du changement climatique. « Il nous faut travailler la dimension résilience, que nous avons insuffisamment intégrée dans chacune de nos communes », précise-t-il, indiquant qu'il s'agira, concrètement, de parvenir à maintenir la qualité de vie face à un choc qui viendra la perturber.

Sur ce point, les priorités doivent être, pour Michel Bisson, l'isolation des bâtiments et des logements. « Nous avons sur ces sujets le plus à gagner, en matière d'emploi local, de pouvoir d'achat et de bienfait pour la planète », souligne l'édile.

« Il faut également travailler sur l'alimentation, sa production, la restauration et les circuits-courts, ainsi que sur les énergies renouvelables, le recyclage, les déchets, l'eau et la mobilité, avec une capacité à passer à la vitesse supérieure. Il y a une multitude de sujets, il suffit pour le territoire de choisir ceux qui ont le plus d'atouts ; et là aussi il sera nécessaire que l'Etat et les Régions abondent ces budgets ».

Concernant la question de la réindustrialisation, Michel Bisson estime que les collectivités doivent se poser la question des filières que l'on jugera “stratégiques” à l'aune de notre dépendance en matière de masques, notamment. « Il ne s'agit pas de dire que nous allons réindustrialiser la totalité de ce que nous consommons, mais on le voit bien, la santé est un secteur stratégique, qu'il s'agisse du sujet des hôpitaux ou de celui de la fabrication des équipements dont nous avons besoin, comme le matériel de protection et les médicaments ».

« La crise ayant montré qu'un engorgement peut arriver, comme pour les masques dont le stock s'est tari en raison de commandes massives au niveau mondial. Donc, il faudra à l'avenir que nous puissions réagir rapidement, par exemple en en mobilisant des lignes de fabrication de masques ou du gel ».

Concernant les médicaments, la question de leur fabrication sur le sol français ou européen devra aussi se poser. Les remèdes “de base” devraient pouvoir être disponibles sans risque de pénurie. « Le fait de maîtriser le gène, la génomique, et tout ce qui tourne autour du numérique, de l'IA, de la blockchain, pour être en capacité de personnaliser les médicaments en cas de maladies graves par exemple, sont des sujets sur lesquels nous ne pourrons pas apparaître en situation de dépendance alors même qu'en matière de recherche nous sommes parmi les plus en pointe », estime Michel Bisson, qui rappelle la présence du Génopole sur le territoire de Grand Paris Sud.

L'élu, qui est « extrêmement attentif » sur la question, est prêt à prendre des initiatives sur le sujet en fonction des annonces qui seront faites prochainement par le Gouvernement en matière industrielle. Il faut dire que le territoire dispose non seulement du foncier, mais aussi du premier cluster génomique d'Europe, d'une université, d'écoles d'ingénieurs, d'instituts de recherches et d'entreprises industrielles dotées d'un savoir-faire particulier.

Ce à quoi il faut ajouter le potentiel du territoire en matière logistique, qui est classé deuxième au niveau de l'Île-de-France. « Nous aurions à la fois la capacité de fabriquer et de distribuer ces produits », souligne l'édile. « Dans notre ADN, il y a le mot coopération, nous essayons de fonctionner en écosystème avec tout le monde. Nous sommes capables de mobiliser ces acteurs autour d'un objectif commun. Nous avons énormément d'atouts pour aider notre pays à relever cet enjeu et si les territoires étaient interrogés sur leurs capacités, nous lèverions la main », assure-t-il.

Territoire pionnier en la matière, Grand Paris Sud a déjà fait le choix de commander les masques nécessaires lors de la crise sanitaire sur son propre sol et a ainsi pu les tester avant de lancer la fabrication. « Nous avons coché à l'avance toutes les cases et permis parallèlement d'éviter à une entreprise de voir ses difficultés s'aggraver et ainsi de sauver probablement des emplois ».

Une autorité organisatrice de solidarité

Les collectivités territoriales ayant montré durant la crise ce dont elles étaient capables en matière de santé, un acte 3 de la décentralisation devrait « vraisemblablement » être engagé, selon l'élu. « La Région a fait un travail remarquable sur la gestion des masques, des compétences pourraient lui être transférées, et par déclinaisons au bloc communal, lui-même piloté par l'agglomération. A notre niveau, nous savons fédérer tous les acteurs de la santé, de la prévention, identifier les personnes fragiles et leur apporter ce dont elles ont besoin », rappelle Michel Bisson, qui imagine nommer cette compétence par le terme générique « autorité organisatrice de santé ». Il faut également, selon l'élu, que la chaîne de l'action publique soit d'avantage fluidifiée et partagée.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?