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Le Medef à la rencontre des eurodéputés franciliens

A quelques jours du renouvellement des membres du Parlement européen, le Medef Ile-de-France réunissait des candidats têtes de listes franciliennes autour du thème « Quelle Europe pour les entreprises ? » Isabelle Bordry (Mouvement Nous Citoyens), Pascal Durand (EELV), Jean-Marie Cavada (UDI-MoDem, représentant Marielle de Sarnez), Alain Lamassoure (UMP) et Jean-Michel Morer (PS) ont ainsi échangé avec des chefs d'entreprise. Les débats étaient animés par Cyrille Lachèvre, rédacteur en chef de l'Opinion.
Le Medef à la rencontre des eurodéputés franciliens
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Économie Publié le ,

Comme le soulignait Agnès Lo Jacomo, présidente du Medef Ile-de-France, dans son introduction, « la politique européenne doit donner une place plus importante aux entreprises et à la compétitivité. Cela passe par une politique énergétique homogène, la relance de l’innovation et de la recherche, la redéfinition de la politique européenne de la concurrence, la fin des contraintes, notamment financières… Par ailleurs, la modernisation de la France constitue la condition première d’une nouvelle donne en Europe. »
En l’occurrence, les questions prégnantes sont logiques : Qu’est-ce que les entreprises franciliennes, et plus généralement françaises, peuvent attendre du Parlement européen, notamment en matière de compétitivité ? Quels doivent être les liens entre les entreprises et le Parlement européen ? Voici l’essentiel des réflexions et des réponses apportées par les participants à cette table ronde.



Isabelle Bordry (Mouvement Nous Citoyens) : « Pourquoi l’Europe ? Justement parce qu’elle est là pour aider les entreprises françaises à se développer au niveau international. A l’heure de la mondialisation, sur un marché de 65 millions de personnes, une entreprise ne peut plus exister. Elle a absolument besoin d’un marché de 500 millions de personnes ; un marché qui s’organise, dans ses grands principes, au niveau du Parlement européen. L’Europe peut aujourd’hui aider les entreprises à grandir et surtout à se protéger, en s’assurant que les normes alimentaires, les normes sécuritaires, mais aussi les normes sociales, soient absolument respectées, en imposant des taxes qui soient supérieures à ce qu’elles sont aujourd’hui. Il faut également que l’Europe continue à aider les entreprises à s’installer au niveau européen. Il faut créer des guichets économiques –comme celui de Shanghai– qui aide les PME à intervenir plus efficacement à l’international.
En France, entreprendre est véritablement un cauchemar. Le droit du travail est trop complexe pour un patron de PME. Nous avons des charges sociales qui sont beaucoup trop élevées. C’est pour ces raisons que des jeunes et des entrepreneurs français partent à l’étranger. Ils vont notamment travailler aux Etats-Unis où ils trouvent un écosystème favorable qui leur permet de trouver des financements, d’embaucher et d’accéder à un marché immense. Cette situation est de la responsabilité des partis traditionnels qui, depuis 15 ou 20 ans, ne sont pas parvenus à créer cet écosystème au niveau national, en collaboration avec le Parlement européen. Il me semble, par exemple, anormal que les députés européens ne travaillent pas davantage avec les députés de l’Assemblée nationale au sein des commissions. Ces dysfonctionnements conduisent les Français à ne plus croire en l’Europe. »

Jean-Marie Cavada (UDI-MoDem, représentant Marielle de Sarnez) : « il existe un lien extrêmement étroit entre les problèmes que rencontre la France et le fait que l’Europe soit au milieu du gué, c’est-à-dire que sa construction ne soit pas achevée. Le premier service que l’Union peut rendre à son niveau est d’accélérer une croissance qui reste extrêmement atone. Dans les années 2009 et 2010, après l’arrivée de la crise financière américaine en Europe, j’ai été frappé par la vétusté du fonctionnement de notre économie. Trois ou quatre mois après la constitution de la nouvelle assemblée en 2009, le Parlement était capable d’élaborer un corpus de sortie de crise, mais la Commission européenne qui se réinstallait en même temps, a mis neuf mois à se mettre en ordre de bataille, avant de commencer à travailler en profondeur. On voit bien là qu’il manque quelque chose au Parlement européen qui s’appelle l’initiative législative. Celle-ci aurait pu amplifier la croissance par les moyens dont elle dispose.
Dans la mesure où nous le pouvons, je suis partisan que nous favorisions largement les métiers d’avenir, ces fameuses NBIC qui représentent une porte ouverte essentielle pour notre jeunesse qui est dans une très grande difficulté.
L’harmonisation fiscale est également une urgence absolue pour freiner les délocalisations d’une part et pour constituer un bloc conséquent d’autre part.
Autre voie de développement, l’aide aux PME et aux PMI qui doivent mieux connaître les marchés étrangers et l’export. Dans un certain nombre de pays, dont la France, la fluidité du crédit pose également un problème. »

Pascal Durand (EELV) : « De manière systématique, l’écologie est perçue dans ce pays comme un frein, comme un objet de contraintes, de taxation, et jamais comme une opportunité de pouvoir trouver des marchés et des espérances de développement par rapport à la recherche et à un nouveau modèle de travail et d’échanges. On dit souvent, bien évidemment à tort, que l’écologie veut porter atteinte à l’industrie. Exemple concret. Au début des années 2000, nous avions porté au niveau du groupe Vert européen la volonté de modifier les normes pour la production automobile en Europe, à la fois pour l’import et pour l’export, à l’horizon 2015. Aucun véhicule ne devait entrer sur le territoire européen s’il ne répondait pas aux normes. Quand nous avons porté cette proposition, nous nous sommes immédiatement heurtés aux syndicats, notamment allemands –patronaux et représentants des salariés–, qui voyaient là une condamnation à mort du marché automobile. Pour eux, les normes représentaient une contrainte insupportable. Pendant 15 ans, les Européens ont donc continué à faire les véhicules qu’ils savaient faire, en amortissant les chaînes de montage là où le coût de la main d’œuvre était le moins élevé. Nous n’avons pas fait travailler nos bureaux d’ingénierie, nous n’avons pas modifié les chaînes ni requalifié nos ouvriers. Nous avons ainsi progressivement perdu des marchés qu’ont conquis Japonais et Américains en lançant des véhicules moins énergivores.
L’Europe doit également taxer de manière claire tout ce qui est non respectueux des normes environnementales et sociales que nous nous imposons.
Il faut ensuite regarder le monde tel qu’il sera à l’horizon 2030, 2040, pour donner les moyens à l’industrie de transformer cette vision en créant notamment de grands pôles européens. L’exemple d’Alstom est emblématique. A l’époque où l’Etat est intervenu, il fallait structurer au niveau européen un pôle de l’énergie et un pôle des transports. »

Alain Lamassoure (UMP) : « Les problèmes qui ont occupé les parlementaires européens depuis 10 ou 12 ans sont à présent derrière nous. Nous avons surtout le traité de Lisbonne qui est une formidable boîte à outils. Concernant l’élargissement, les grandes négociations du Big Bang de 2004 sont terminées ; les frontières de l’Europe resteront durablement là où elles sont. La crise financière est, elle aussi, derrière nous. Nous avons adopté 28 textes au niveau européen, dans la ligne des orientations définies par le G20, qui devraient nous permettre de travailler sur des bases nouvelles. Nous allons enfin pouvoir rattraper le temps perdu, car durant ces 10 ou 15 dernières années, le reste du monde ne nous a pas attendus.
Par ailleurs, immense changement introduit par le Traité de Lisbonne, le 25 mai prochain, non seulement les 380 millions d’électeurs vont élire les députés européens, mais ils vont aussi, pour la première fois, élire le chef du pouvoir exécutif européen. Nous allons ainsi pouvoir mener les politiques dont nous avons besoin et sur lesquelles nous avons, hélas, perdu trop de temps.
Concernant la compétitivité, dans les 18 pays de la zone euro, il y a 16 pays qui ont une balance commerciale excédentaire, y compris l’Espagne et la Grèce. Il n’y a que deux pays qui sont en déficit, la Belgique et la France. Cette dernière doit donc faire des efforts, notamment en matière de dépenses administratives et en matière de fiscalité.
L’Europe peut, de son côté, aider à assurer à nos entreprises des conditions de concurrence égales entre nous, en abordant les problèmes de dumping social et fiscal et le progrès que représente la nouvelle directive sur le détachement.
En matière de fiscalité, nous travaillons depuis plus de 10 ans à l’aspect technique de l’harmonisation des bases de l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Ce travail est fait. C’est à présent une question de volonté politique.
L’OMC ne parvient plus à négocier des accords à l’échelle planétaire, il faut donc négocier des accords bilatéraux ou régionaux. Il faut aller chercher la croissance là où elle existe. D’ici 2020, il va y avoir 1,5 milliard de consommateurs de plus en Asie, en Amérique latine et en Afrique qui vont atteindre le niveau de vie moyen européen.
Concernant le type de liens que doivent nouer les parlementaires européens et les chefs d’entreprise, il y a un certain nombre de questions que je me pose… Comment se fait-il que le dialogue social, au niveau européen, qui a eu des temps forts, soit aujourd’hui quasiment au point mort ? Comment se fait-il que nous soyons incapables de créer des multinationales de nouvelles technologies ? Nous sommes tous favorables à une politique industrielle forte. Mais, souhaitons-nous que les nouveaux champions qui vont émerger soient français ou européens ? »

Jean-Michel Morer (PS) : « Il y a aujourd’hui un véritable désamour entre l’Europe et le citoyen. C’est un constat amer qui doit nous amener à réagir. Trivialement, il n’y a plus d’essence dans le moteur. Il faut absolument remettre l’humain au cœur des débats. L’Europe nécessite par ailleurs de la convergence, car 28 pays, c’est 28 histoires, 28 cultures pas tout à fait différentes. Quel est actuellement le gros problème de l’Europe ? Comme le dit Wim Wenders, l’idée européenne est incontestée, mais l’idée est devenue l’administration et les gens prennent l’administration pour l’idée. Il faut pour nos concitoyens que l’Europe redevienne l’idée.
De manière plus concrète, en France, quand on parle d’entreprises, on pense aux grands groupes. Mais les entreprises nationales, ce sont aussi les PME et les ETI et là, clairement, nous ne sommes pas à la hauteur. Nous avons un problème de configuration par rapport aux marchés. Nous avons un problème de taille, de dimensionnement. Le politique ne devrait donc pas exclusivement se pencher sur les géants du CAC40 mais aider les petites structures à grandir. Il faut, là encore, se recentrer sur l’humain.
Quand on parle d’Europe sociale, on voit aussi que nous allons devoir changer de culture. Il va falloir oublier les schémas et les tabous et aller vers la convergence. »

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