Betrand Poumaire, président du GEC : «Le dialogue permet d'avancer plus rapidement»

le - - Actualité - Grand témoin

Betrand Poumaire, président du GEC : «Le dialogue permet d'avancer  plus rapidement»
© Marie-Laure Duarte - Un-Concept

Entrepreneur 100 % Briard, Bertrand Poulmaire est à la tête de trois magasins JouéClub dans le Sud francilien (Coulommiers, Montereau et Sens). Evoquant les difficultés de certains acteurs sur le marché du jouet, il explique en quoi le numérique a rééquilibré les rapports de force sur le secteur.

Comment a débuté l'aventure JouéClub à Coulommiers ? Son histoire est intimement liée à vos origines ?

En effet, je suis un pur Briard, un enfant de Coulommiers ! Je fais partie de la quatrième génération à avoir vécu sur ce territoire. Il faut remonter en 1979 pour trouver les premières traces de notre enseigne dans la région.

Mes parents sont arrivés cette année-là en tant que commerçants sur la place du marché de Coulommiers. Ils y ont ouvert une maison de la presse, avec au sous-sol une librairie, au rez-de-chaussée une presse proprement dite et au premier étage le jouet (nous étions sous pavillon JouéClub depuis 1985). Par la suite, les activités de presse et de librairie se sont complexifiées, tandis que le jouet se développait. Mes parents ont décidé de saisir cette opportunité. Nous avons alors cédé la presse et la libraire, puis déplacé le magasin en périphérie de Coulommiers en 1998. Nous sommes ainsi passés de 80 m² de surface à 1000 m² en zone d'activité.

Pour ma part, je suis arrivé dans l'entreprise en 2002. J'avais été dépêché pour superviser la fabrication de la structure et la mise en place d'un nouveau magasin que nous avons ouvert à Montereau-Fault-Yonne. Six ans plus tard, j'ai racheté la société à mes parents, avant d'ouvrir un troisième magasin à Sens, dans l'Yonne, en 2012.

Les magasins Toys''R''Us sont en liquidation aux Etats-Unis. Êtes-vous impactés ?

La grande différence avec des acteurs tels que Toys''R''Us, c'est que Joué Club et une coopérative. Le magasin repose sur le patrimoine du chef d'entreprise. Alors que les gros acteurs sont financés par des fonds de pension et par la bourse. Ces derniers se sont développés non pas sur leur patrimoine, mais sur la promesse d'un profit ultérieur. Dès lors que le chiffre d'affaires n'augmente plus, les investisseurs ne sont pas certains d'avoir le retour sur investissement escompté.

Pour bien resituer le contexte, il nous faut revenir cinq ans en arrière. Le marché du jouet, considéré comme un gâteau, était divisé en deux parts égales, les distributeurs spécialistes d'une part, et la grande distribution d'autre part. Aujourd'hui, les spécialistes sont toujours présents, de même que la grande distribution, mais nous avons de nouveaux acteurs par le biais de l'e-commerce, dont Amazon, qui représente 80 %
des ventes sur internet. Malheureusement, le gâteau n'a pas grossi, nous vendons toujours la même quantité de jouets, tandis que l'e-commerce a grignoté la part des autres acteurs. Ces nouveaux acteurs viennent répondre à une nouvelle demande de la clientèle, mais tout le monde n'est pas intéressé. Parallèlement, la grande distribution a tendance à réduire son linéaire (ses rayons, ndlr), le jouet n'étant pas un impératif pour elle.

Nous en sommes là, cinq ans après, avec les spécialistes qui représentent environ 46 %
du marché (sans les deux grands acteurs en difficulté, Toys»R»Us et la grande récrée, cela représentera 30-35 %), la grande distribution qui est passée de 50 % à quelque 30 % et l'e-commerce qui a grignoté près de 30 %.

De mon côté, le marché s'étant rééquilibré, il a fallu s'adapter et ce n'est jamais agréable. Je pense que certains consommateurs veulent acheter sur internet, d'autres en grandes surfaces, tandis que des irréductibles apprécient l'univers des spécialistes. A prix égal, tout le monde a sa place.

Toutefois, la publicité pour certaines marques que nous mettons en place en rayon a un prix. Nous avons des charges à payer. Proposer un magasin seulement constitué d'étagères de produits entassés et sans chauffage n'est pas dans notre ADN.

Que faire face à la vente en ligne ?

Comme je vous l'ai dit, ce constat vaut à prix égal. Les magasins spécialisés ont un avenir à condition d'être au même prix que la grande distribution et internet. Le marché s'est rééquilibré, cela ne dépend plus de nous. Je continuerai à faire rêver les enfants, à proposer des produits au juste prix, du service… Bref, à faire mon métier. Nos clients, nous les gardons généralement pendant 10 ans. Durant tout ce temps, nous sommes leur magasin préféré. Quel est votre meilleur souvenir de magasin lorsque vous étiez enfant ? Le magasin de jouet, évidemment ! Il est loin devant. Pendant ces 10 années, nous sommes le magasin référant de l'enfant.

Nous allons lui faire vivre une expérience unique, le faire rêver. Pendant ce laps de temps, il passe devant des produits qu'il sera amené à acheter plus tard. Nous faisons donc une publicité différée. Cela a un prix vis-à-vis du fournisseur.

Notre créneau, c'est le plaisir, la joie de la découverte du jouet, la création d'un univers. Chacun le sien ! Sur internet on ne fait pas de shopping, le client va acheter précisément ce qu'il est venu chercher. Il n'y a pas de rue piétonne qui permette de découvrir ce qul se trouve en vitrine. On ne va pas vous proposer des produits dont vous ne connaissez pas l'existence. 80 % des produits de certaines grandes marques sont inconnus du grand public, mais bien visibles dans nos rayons.

Vous êtes également à la tête du GEC. Comment en êtes-vous arrivé là ? Quelle est l'origine de ce groupement ?

Cela s'est fait tout naturellement. Etant chef d'entreprise à Coulommiers et bien implanté sur le territoire, j'ai pris la vice-présidence du GEC il y a une dizaine d'années et j'en suis devenu le président en 2016. Fondé par 18 entrepreneurs de la zone d'activité de la Prairie Saint-Pierre en 1991, le Groupement des entreprises de Coulommiers (qui rayonne aujourd'hui sur le pays de Coulommiers mais pas le pays fertois) a d'abord eu pour objet de rassembler les dirigeants implantés hors du centre-ville de Coulommiers. Il existait en effet une autre association pour les commerçants du centre-ville, nommée Union des commerçants. Il s'agit donc de deux associations de chefs d'entreprise bien distinctes, qui marchent main dans la main. Je peux témoigner du fait qu'il existe une certaine synergie tout à fait intéressante entre le politique (qu'il s'agisse de l'échelon municipal, intercommunal ou départemental) et le monde économique. De sorte que les projets économiques que lancent nos élus sur le territoire ne se font pas en dépit du bon sens, mais en bonne entente. Nous sommes régulièrement invités à participer aux réunions des élus. Bien sûr qu'il peut exister des dissensions, mais de manière générale nous fonctionnons en bonne intelligence.

Le GEC a-t-il soutenu l'implantation des entreprises ?

À l'origine, le GEC s'est donné plusieurs objectifs. Je citerai d'abord la promotion de l'emploi. Cet objectif ne va pas de soi au premier abord, puisque l'on pourrait penser que l'entrepreneur se limite à la recherche d'un profil qui l'intéresse à un instant T. Mais notre travail au GEC, c'est de faire en sorte qu'il existe une réelle adéquation entre l'offre et la demande. Aussi, nous intégrons toutes les entreprises, à condition qu'elles possèdent deux employés. Celles qui n'auraient pas la volonté de développer l'emploi n'ont pas raison d'être parmi nous. L'adhésion ne coûte que 50 euros par an !

Le GEC permet également aux entrepreneurs de la zone d'activité de se connaître et, si l'opportunité se présente, de travailler ensemble. Mais faire du business n'est pas l'objectif premier. On pourrait penser encore une fois que faire connaissance avec l'ensemble de ses voisins est évident, mais cela ne l'est pas pour le chef d'entreprise, qui a la tête dans le guidon et vit au jour le jour. Le GEC nous permet ainsi de donner une dimension humaine à notre métier et de nous soutenir mutuellement une fois par trimestre lors d'une soirée. Elle se déroule en plusieurs temps, avec généralement une présentation de projets (sécurité, promotion de nouvelles entreprises, de jeunes pousses…).

Le GEC fonctionne surtout en soutien des initiatives déjà existantes, eu égard au faible montant de la cotisation.

Le GEC a-t-il vocation à grandir ?

Nous tournons autour de la centaine d'entreprises membres. Si nous sommes en recherche constante d'entreprises de manière à maintenir cette base, nous n'avons pas intérêt à grossir de façon exponentielle, nous avons aujourd'hui une structure très agréable. Nous nous efforçons à tout le moins de suivre l'évolution de l'intercommunalité.

À ce titre, j'ai surtout orienté le GEC vers une meilleure communication entre les acteurs économiques externes au centre-ville et le monde politique. Avant cela, nous étions très éloignés des pôles décisionnaires politiques. Or, je peux dire qu'avec ce rapprochement, tous mes membres connaissent les élus locaux. Le métier d'entrepreneur est souvent ingrat, nous travaillons pour l'Etat, pour nos clients et nos salariés. Nous avons rarement une vision claire de la politique locale, alors que nous contribuons sans conteste à la vitalité du tissu local. Aussi, avoir cette reconnaissance des élus est important pour un chef d'entreprise.

D'autant que l'intercommunalité est aujourd'hui chargée du développement économique…

Notre rendez-vous trimestriel permet aussi de faire sauter les verrous qui existent entre le chef d'entreprise et l'homme politique. Ce qui permet d'éviter les phrases du genre « les politiques ne servent à rien » ou encore « ils ne connaissent ni notre métier ni nos besoins ».
Nous constatons une réduction de l'agressivité de nos membres vis-à-vis du politique et, inversement, une baisse de l'incompréhension du politique vis-à-vis du chef d'entreprise. Le dialogue permet d'avancer plus rapidement.

Cela facilite donc l'implantation des entreprises ?

Oui, aujourd'hui nous savons vers qui les orienter, et à l'inverse, les élus locaux ont la possibilité d'aiguiller une entreprise qui souhaiterait s'implanter sur notre zone, ou tout simplement pour lui éviter de rester isolée. Nous avons aussi un gros partenariat avec l'E-Lab de Coulommiers, qui s'est installé au sein de notre zone d'activité et organise des conférences. Il existe réellement un bassin de travail commun.

Comment décririez-vous « votre » Seine-et-Marne ? Quel regard portez-vous sur le territoire en tant qu'entrepreneur ?

La Seine-et-Marne est un département à plusieurs vitesses. Nous avons une partie rurale au Sud qui se prolonge jusqu'ici; une partie extrêmement touristique, à Marne-la-Vallée ou Fontainebleau, par exemple, et une partie plus industrielle au Nord. À tous les niveaux, les besoins ne sont donc pas les mêmes.

Nous avons la chance d'avoir un département qui est le plus vaste d'Île-de-France. La Seine-et-Marne dispose de niveaux d'industrie élevés et son agriculture est diversifiée.

Nous abritons un éventail très large de tout ce qu'il est possible de réaliser. La Seine-et-Marne, c'est un petit pays à part entière, avec une démographie galopante à l'Ouest, plus légère à l'Est, des problématiques de logement terribles dans la partie densément peuplée (à l'exception peut-être de Nemours et de Provins).

Ce problème est d'autant plus criant depuis la dérégulation du transport routier en Europe. Nous nous retrouvons avec des chauffeurs qui contournent les péages et se retrouvent sur les routes départementales et nationales. Il s'agit d'une véritable catastrophe pour les personnes qui vivent et travaillent localement. Nos voies sont saturées et nous sommes perdants de A à Z. Les routiers ne paient ni les péages ni les stations-services. Ils utilisent donc les infrastructures que nous avons financées, au lieu de payer le péage, qui constitue une juste rétribution de l'utilisation des voies. La présidente de la Région, Valérie Pécresse, semble s'y intéresser, c'est pour moi un bon premier pas.

D'une façon générale, ce qui peut peiner, c'est que la population seine-et-marnaise est attirée comme un aimant par Paris. On observe une forte appétence des populations pour l'ouest du département. Les axes transversaux nord-sud sont problématiques. Je ne citerai qu'un axe, terrible, celui de Meaux-Melun, qui est saturé.

En effet, la population travaille à l'ouest et vit à l'est de la Seine-et-Marne, notamment pour des questions d'économie et se retrouve dans des bouchons.Il existe très peu de transports en commun, ces derniers allant tous vers Paris intramuros. Vous voulez aller de Meaux à Melun, ou encore de Coulommiers à Melun, est impossible. Le bus est de rigueur et les voies sont saturées. Nous avons vraiment un problème de transport sur le territoire.

Mais c'est peut-être aussi parce que ces barrières existent que l'Est seine-et-marnais, que nous apprécions pour son calme et sa ruralité, reste préservé !

La Seine-et-Marne ne doit pas être non plus le dortoir de la région parisienne. Notre nouveau président départemental aura fort à faire à ce niveau-là. J'ai apprécié son discours lors de l'inauguration de la Foire aux fromages et aux vins de Coulommiers, sa volonté d'avancer et son ouverture. La discussion est nécessaire, mais à un moment ou un autre, il faut trancher.




Quentin CLAUZON
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Moniteur de Seine-et-Marne Journal d'annonces légales, judiciaires de Seine-et-Marne

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide