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Le Clé 77, « voix unie » des entreprises seine-et-marnaises

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Le Clé 77, « voix unie »  des entreprises  seine-et-marnaises
© MSM

Créateur et aujourd'hui coordinateur du Clé 77 (Comité de liaison économique), Pierre Lory est présent en Seine-et-Marne depuis plus de 40 ans. Fort d'une expérience acquise auprès d'entreprises de taille et de secteurs différents, cet ingénieur de formation a créé en 1999 la société Biobank, une banque de tissus humains. Egalement ancien président du Medef Seine-et-Marne, Pierre Lory a participé avec le Clé 77 à l'élaboration du Livre Blanc du Département. Il en explique les tenants et aboutissants et détaille le fonctionnement du Comité de liaison économique de Seine-et-Marne qui regroupe 60 000 entreprises et 350 000 emplois.

Comment avez-vous été amené à créer le Clé 77 ?

J'ai été pendant six ans le président du Medef de Seine-et-Marne. Pendant cette période, j'ai créé avec l'aide du BTP 77 et de l'UIMM 77 (l'Union des industries et métiers de la métallurgie, qui a fusionné avec le Groupe des industries métallurgique) cette structure de coordination, à laquelle se sont rapidement agrégées 12 autres grandes organisations professionnelles et interprofessionnelles. Concernant l'interprofessionnalité, nous regroupons le Medef Seine-et-Marne, la CPME 77, et de l'U2P.

La FDSEA 77 (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) nous a très vite rejoints, ce qui était une grande force dans un département à l'économie fortement tournée vers la terre. Puis se sont ajoutés la CSTP (Chambre syndicale des travaux publics), le CNPA 77 (Conseil national des professions de l'automobile), ECF (Experts-comptables de France), la FNAIM 77, l'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) 77 et plus récemment le SASM (Syndicat des architectes de Seine-et-Marne).

Ainsi, nous représentons depuis six ans une grande partie de l'économie du territoire, avec 60 000 entreprises et 350 000 emplois. Ce qui n'est pas négligeable compte tenu de la population seine-et-marnaise qui atteint 1,4 million d'habitants.

Quel est le rôle du Clé 77 ?

Son but a été justement de coordonner notre action. Le point commun de toutes ces organisations, c'est la défense des entreprises. Que l'on soit une entreprise agricole, commerciale, ou industrielle, la problématique de l'entrepreneur est la même : la création de richesse et d'emploi. Durant la présidence de François Hollande, il nous a paru important de faire entendre notre voix de façon collective. Je pense que cela a été assez apprécié par les différents préfets successifs et le Conseil départemental. Certains d'entre nous sont également élus consulaires, ce qui nous a permis de réunir tout ce monde économique et de le faire parler d'une seule voix. Notre Clé 77 est assez singulier, on trouve finalement peu de départements qui disposent d'une coordination des organisations patronales aussi officielle et formalisée.

Pourquoi est-ce important de porter une voix unie pour le compte des entreprises ?

D'une part, parce que les Pouvoirs publics n'ont pas forcément la connaissance pleine et entière du fonctionnement de l'entreprise. D'autre part, parce que notre message peut paraître confus en cas de dissonance entre les différentes organisations. Or, avec le Clé 77, nous arrivons à nous arranger pour porter un message commun. Et je peux dire que c'est assez efficace. Il existe également des moments de la vie démocratique où la question économique est passée sous silence. C'est aussi le rôle du Clé 77 d'intervenir.

Quels ont été les moments forts du Clé 77 ?

Au départ, dans les années 2013-2014, qui étaient des années difficiles pour les entreprises - au niveau de la fiscalité, des charges des entreprises et de l'emploi -, le fait de parler ensemble nous a permis de reconnaître que nous avions les mêmes problématiques, puis de les porter auprès du préfet ou des élus. Nous avions, par exemple, rencontré les députés Olivier Faure et Eduardo Rihan Cypel, ainsi que la sénatrice Nicole Bricq qui avait été ministre du Commerce extérieur. À l'occasion des élections législatives de 2017, nous avons aussi reçu les candidats, à la CCI pour qu'ils puissent nous présenter leur programme économique.

Quels thèmes sont revenus lors de ces réunions ?

Le thème de l'emploi est totalement récurrent, nous sommes malheureusement dans une période de chômage important et nous n'arrivons pas, dans certains secteurs, à trouver les bons profils pour les emplois que nous avons à offrir. Celui des charges également, qui a été atténué avec le CICE. Les problèmes de trésorerie, de délai de paiement et de financement des petites entreprises, les plus fragiles, sont aussi revenus régulièrement. Nous nous sommes demandé comment nous pourrions solliciter les banques pour que les crédits soient plus facilement accordés.

La question réglementaire occupe parfois nos réunions. Par exemple, concernant le travail dissimulé dans le BTP, j'étais intervenu en préfecture pour que l'Inspection du travail intensifie son action sur les chantiers. Nous insistons également souvent sur les problèmes de mobilités, un thème prégnant sur le territoire, même si beaucoup d'efforts ont été faits dernièrement. La question concerne le salarié, mais aussi l'apprenti, lorsqu'il doit rejoindre son entreprise.

Nous avons par ailleurs des enjeux de développement très spécifiques au département avec une industrie qui a souffert, mais qui garde des pépites, des implantations majeures. Le monde économique a la volonté de se positionner comme une ressource, au niveau départemental comme au niveau régional. C'est un point fort, qui peut contribuer à donner une image très positive du département.

Le Clé 77 a également participé à la production du Livre Blanc Seine-et-Marne 2030 ?

Plus récemment, nous avons en effet participé à l'élaboration du livre blanc qui avait été lancé par le président du Département, Jean-Jacques Barbaux. La Seine-et-Marne étant le département le plus étendu d'Île-de-France et le plus diversifié (avec les secteurs agriculture, industrie, services, commerce), avec une partie urbaine à l'ouest et plus rurale à l'est, le fait de pouvoir témoigner de ces disparités de façon unifiée lui a paru opportun. Il voyait en nous des interlocuteurs tout à fait naturels du monde économique pour la rédaction du cahier économie, emploi et formation.

D'autres axes, qui ont été identifiés dans le Tome II du Livre Blanc (décliné en 77 actions), pourront être mis en œuvre, une nouvelle fois, grâce aux synergies qui se créent avec le Département et entre les acteurs économiques. Par exemple, il y a une vraie opportunité à développer le photovoltaïque en Seine-et-Marne. Nous avons de grandes surfaces construites (logistique, locaux agricoles, locaux commerciaux) et tous les acteurs de la filière sont réunis sur le territoire pour pouvoir la développer. La méthanisation a aussi un fort potentiel, grâce aux agriculteurs, qui ont les premiers poussé son développement.

C'est tout l'objet du travail avec le Département : la Seine-et-Marne est sans doute l'un des territoires d'Île-de-France qui est le plus en mesure de tendre vers l'autonomie énergétique à l'horizon de 2 050. Historiquement, la géothermie est aussi présente et a connu un renouveau avec l'arrivée du centre Villages Nature. Son développement est facilité par l'action collective d'acteurs divers et variés issus du tourisme, de l'aménagement, de la construction, et de l'artisanat. Si l'on ajoute à cela un secteur présent historiquement, celui des puits de pétrole, mais qui va progressivement décliner, le Département a de quoi tenir ce challenge. Là-dessus, l'intelligence collective permet de mettre en place un planning d'organisation du travail pour développer ces projets.

Un autre axe est porté par les travaux publics et la construction : la transformation et l'utilisation éventuelle des déchets de chantiers. L'expression “poubelle de l'Île-de-France” a plusieurs fois collé à la Seine-et-Marne. Aussi, les TP, qui sont consommateurs d'agrégats et de matériaux pour les routes, sont enclins à les réemployer. Des bâtiments peuvent aussi être construits avec des matériaux recyclés. Je pense notamment aux travaux liés au Grand Paris, mais aussi aux JO de Paris 2 024. En résumé, ces déchets peuvent être considérés comme une calamité ou comme une source de création de richesse, d'activité, donc d'emploi. Par le travail d'échange avec le Département, il est possible de changer de paradigme et de valoriser ces terres. Le Conseil départemental a également agi dans le domaine de la navigabilité de la Seine pour le transport lourd, ce qui permet parallèlement de préserver l'état de nos routes.

Quels autres atouts avez-vous identifié ?

En termes de point fort, la Seine-et-Marne est un département familial où il fait bon vivre ; mais c'est pour nous un enjeu fort d'attirer et de maintenir des CSP + sur le territoire. Il en va de la bonne marche de nos entreprises. Il faut anticiper cela à tous les niveaux, qu'il s'agisse de la mobilité, de l'éducation, ou de la formation.

Le département développe aussi des matériaux biosourcés, tels que le bois, le chanvre, le miscanthus. C'est à partir de la Seine-et-Marne que cette économie circulaire peut se développer : nous avons non seulement les lieux de production, mais aussi d'utilisation, c'est-à-dire des débouchés à proximité.

Nous avons, par ailleurs, des lieux de ressources fantastiques, telle que la cité Descartes sur la ville et la mobilité durable. Le site de Paris-Villaroche est également un point fort, une référence mondiale.

La ressource touristique de notre département est réelle. Elle doit être maintenue et développée. Des lieux emblématiques comme Disneyland paris, les châteaux de Fontainebleau et de Vaux-le-Vicomte, la ville de Provins sont des atouts importants de l'économie Seine-et-Marnaise et des débouchés culturels, pour les jeunes qui s'y intéressent. Avec, bien sûr, des activités parfois saisonnières, qu'il faut pouvoir satisfaire, en termes d'emplois.

Quels enseignements avez-vous tirés du “grand débat“ tourné vers l'économie, organisé à l'initiative du Clé 77 et en présence d'élus locaux ?

Nous avons apprécié l'exercice, qui a permis d'aborder les sujets économiques et d'apporter notre pierre à l'édifice. Nous avons assez longuement parlé du développement de l'économie circulaire, qui peut être porté par nos producteurs et par un grand nombre de consommateurs disponibles. La fiscalité, nationale et locale (CFE, CVAE), a aussi été évoquée, ainsi que le problème de l'emploi. Dans l'hôtellerie ou le bâtiment notamment, des métiers sont en tension. Les contrats courts sont également une nécessité objective pour les agriculteurs (saisonnalité) et les entreprises touristiques, par exemple. Nous espérons que l'Etat ne va pas les taxer abusivement. Concernant l'organisation territoriale, les entreprises ne savent pas toujours à qui s'adresser. Nous souhaiterions de la stabilité à ce niveau et il serait bon que les rôles soient mieux définis. Certaines collectivités locales font du conseil aux entreprises, en matière de RH notamment, alors que nos organisations ou les chambres consulaires existent pour faire ce travail.

Il faudrait que les collectivités puissent, elles aussi, parler d'une seule voix ?

Le président Emmanuel Macron va tenter d'y répondre avec la création des Maisons France Services, des sortes de guichets uniques pluridisciplinaires qui seront installés dans chacun des 2 000 cantons. Cette idée pourrait aussi répondre à une problématique qui revient souvent et à laquelle nous sommes très attachés, celle de la proximité. Notre département est vaste. Il faut que les entreprises aient accès à un certain nombre de services à proximité pour pouvoir fonctionner correctement. Je pense que cette idée peut notamment répondre à la demande de secteurs éloignés des centres urbains.La loi NOTRe, qui retire au Département la compétence économique pour (essentiellement) la donner à la Région, nous inquiète. Qui dit Région dit éloignement. Or ce n'est pas depuis Paris que l'on peut connaître la problématique spécifique d'une entreprise située à Provins. Nous avons toujours milité pour avoir des interlocuteurs départementaux. L'adaptation de la loi NOTRe n'est pas toujours facile à comprendre et à suivre.

Vous participez par ailleurs au conseil stratégique pour la croissance et le développement du territoire ?

Nous en avions longuement discuté avec le président Jean-Jacques Barbaux qui avait émis cette idée. Nous l'avons beaucoup soutenu. Dans ce conseil, les acteurs économiques et consulaires ont aujourd'hui un rôle important. Sous l'égide du Département, le cahier économique devient la feuille de route du conseil stratégique pour conduire à bien les projets en constituant un agenda, des synergies, des référents. Pour les mettre en œuvre, le Département peut faire appel à l'agence Seine-et-Marne Attractivité ou au GIP qui rassemble ses autres satellites.
Le Clé 77 a d'ailleurs insisté pour que le Département, par sa connaissance du terrain, reste un intermédiaire et puisse porter à la Région les demandes afférentes à tel ou tel projet.

Êtes-vous confiant concernant l'avenir et la santé des entreprises du territoire ?

Nous sommes dans un territoire dynamique. Sur les années 2017 et 2018, nous avons été plutôt en régression sur les défaillances d'entreprises. Nous sentons que les dirigeants sont très motivés.
L'activité semble plutôt porteuse de manière générale, mais en termes de rentabilité la situation est plus compliquée. En résumé, la crise étant passée, la tonalité est relativement positive. Nous avons les ressources et les moyens pour croître.
Je dirais finalement que le Clé 77 est une belle aventure, une expérience originale et agréable à vivre ; parce que nous arrivons à nous entendre et à trouver des solutions qui conviennent à tous en cas de problème.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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