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La Seine-et-Marne fonce vers le 90 km/h

le - - Actualité - Grand témoin

La Seine-et-Marne fonce vers le 90 km/h
© DR

Quand une règle ne s'impose pas, quand elle se comprend mal, quand elle n'est pas le fruit d'une réelle concertation, il faut savoir la faire évoluer. C'est à l'aune de très vives réactions qu'Edouard Philippe a ainsi rouvert le dossier des 80 km/h imposés au forceps via le décret n° 2018-487 du 15 juin 2018 et effectifs depuis le 1er juillet de la même année sur le réseau secondaire français.

Le 9 janvier 2019, dans un tweet, il lançait un signal : « Nous en ferons le bilan dans deux ans. Si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances après deux années de mise en œuvre, le Gouvernement prendra ses responsabilités ». En mai dernier, il allait plus loin sur la voie de l'assouplissement de la mesure : la vitesse légale reste à 80 km/h mais les présidents de Département ont la possibilité de la majorer de 10 % sur les portions de routes départementales qu'ils souhaitent.

Particulièrement offensif sur le sujet et depuis longtemps, Patrick Septiers, le président du Département de Seine-et-Marne, a été l'un des plus prompts à agir. Avec un an de recul, contrôles et études à l'appui, il prépare aujourd'hui un retour partiel aux 90 km/h sur le réseau départemental. Dans l'attente des textes réglementaires, les axes “libérés” sont déjà dûment référencés sur une carte routière qui vient d'être publiée (voir page7).

Les 10 km/h de la discorde

Comme le précise Patrick Septiers, « En Seine-et-Marne, nous avons 4 330 km de départementales, dont 1 100 km en agglomération. Il y a donc 3 000 kilomètres potentiellement concernés par cette mesure ». Il faut, en outre, savoir que 50 % des déplacements seine-et-marnais se font en voiture, un chiffre très supérieur aux autres départements franciliens. L'impact des 80 km/h a donc été particulièrement important pour les Seine-et-Marnais qui passent deux fois plus de temps que les autres Franciliens dans leur voiture pour se rendre au travail. A ce temps de transport déjà long se sont ajoutées les minutes supplémentaires dues à la nouvelle limitation de vitesse. D'où un ressenti catastrophique chez les Seine-et-Marnais, qui ont très mal vécu cette mesure qui s'est apparentée à une véritable double peine. C'est peut-être, comme le souligne Patrick Septiers, « l'une des causes à la contestation très forte observée ces derniers mois en Seine-et-Marne ».
Le Département n'a d'ailleurs pas attendu la mesure imposée par le Premier ministre pour optimiser la sécurité routière sur son réseau secondaire : « En 2019, nous consacrons 60 millions d'euros aux travaux d'entretien et d'amélioration du réseau. Ce budget est en progression constante. »

« Nous avons perdu un an et demi, beaucoup d'énergie, certainement pas mal d'argent. Cette mesure a énervé tout le monde pour, finalement, en arriver à la concertation. »

Un bilan plus que mitigé

Une série d'études fines et poussées montre que les 80 km/h n'ont pas prouvé leur pertinence en Seine-et-Marne. « Sur le réseau, nous avons 18 points de comptage fixes et des comptages aléatoires avec des techniciens qui multiplient les études qui nous permettent de constater la vitesse des voitures. C'est naturellement un critère essentiel. Nous avons ainsi constaté que les limitations de vitesse n'ont pas réellement été respectées. » (lire encadré – Le constat en chiffres) Preuve, selon Patrick Septiers, que « les décisions qui ont été prises n'ont pas semblé cohérentes aux automobilistes ». Autre point important à prendre en compte, « nous n'avons pas constaté une baisse de mortalité sur nos routes départementales depuis l'entrée en vigueur des 80 km/h. La baisse de la vitesse n'a donc eu aucun impact sur le nombre de victimes ». Dans le département, ce sont en fait les Nationales qui sont les plus accidentogènes... « Quand on demande aux Départements d'être particulièrement vertueux en matière de sécurité routière, il faudrait que l'Etat montre l'exemple sur le réseau dont il a la responsabilité... »

Retour à la normale

Fort de ces constats et de ces chiffres, le président du Département « envisage un retour progressif aux 90 km/h, en deux phases. La première concerne 500 km de routes qui, pour nous, ne présentent pas de problèmes majeurs, avec des voies bien calibrées et peu dangereuses. Après quelques aménagements, il serait ensuite possible dans un second temps, d'ouvrir 300 km supplémentaires aux 90 km/h. Ces 800 km, soit un tiers des départementales, représentent aujourd'hui 70 % du trafic. Pour les Seine-et-Marnais, ce retour à la normale serait donc significatif. »

Le Département est aujourd'hui dans l'attente des directives de l'Etat : « Des circulaires devraient bientôt arriver pour nous indiquer les démarches à entreprendre pour la restauration des 90 km/h. La première phase concernant 500 km pourrait ainsi repasser à cette vitesse limite vers la fin de l'année. »

Les portions de routes où s'enchaînent les sections à 80 km/h et à 90 km/h devraient passer à la même vitesse (le plus souvent 90 km/h) pour offrir aux conducteurs « une logique d'itinéraire » et une cohérence de la limitation de vitesse avec la perception de la route. Il est aussi illogique de rouler à une faible vitesse sur une route large qu'à une vitesse élevée en ville ou sur une petite route de campagne. Dans le même esprit, pour garantir une sécurité optimale aux usagers des routes départementales, le Département envisage d'abaisser la vitesse à 70 km/h sur plusieurs portions de routes jugées dangereuses, notamment au niveau de carrefours.

Des mesures de substitution efficaces

Le plan de retour aux 90 km/h n'est évidemment pas là pour inciter les Seine-et-Marnais à rouler de façon déraisonnable, bien au contraire. Il s'accompagne même d'une série d'actions visant à améliorer la sécurité routière, capable de répondre aux vrais problèmes qu'affronte le Département : « En Seine-et-Marne, nous constatons que les accidents sont le plus souvent liés à la consommation d'alcool. Nous allons donc multiplier les actions de répression. Nous souhaitons parallèlement réduire le nombre d'obstacles latéraux sur les axes routiers. Nous intensifions nos campagnes de sensibilisation aux dangers de la route, notamment dans les collèges. Nous avons également engagé une concertation avec les associations d'usagers et les organisations professionnelles. »

Le constat en chiffres

En Seine-et-Marne, la limitation à 80 km/h n'a pas eu l'impact escompté, au contraire...

- 22 tués sur les routes départementales de Seine-et-Marne de juillet à décembre 2018 (mise en place du 80), soit une augmentation de 15 % par rapport au second semestre 2017 (limitation encore à 90 km/h).

- 47 % des conducteurs roulent à plus de 80 km/h et sont donc en infraction. A l'époque des 90 km/h, seulement 23 % des usagers étaient en infraction.

- Avant la mise en place des 80 km/h, 23 % des conducteurs roulaient à plus de 90 km/h. Ils sont aujourd'hui 30 % à rouler à dépasser cette vitesse.

- 30 % de plus d'excès de vitesses très élevés depuis le 1er juillet 2018.

Le plan Septiers en six mesures

Dès la mise en place des 80 km/h, le président du Département a exprimé le souhait d'un déploiement de mesures concrètes en faveur de la sécurité routière, allant plus loin que le seul abaissement de la limitation de vitesse sur les routes bidirectionnelles.

Patrick Septiers porte aujourd'hui six actions essentielles à ses yeux. Celles-ci peuvent être mises en œuvre rapidement. Elles visent à renforcer la sécurité sur les routes du département :

- demander un programme d'urgence pour rénover et entretenir les routes nationales ;

- multiplier les actions de répression contre l'alcool au volant ;

- réduire le nombre d'obstacles latéraux sur les axes routiers, afin d'obtenir davantage de chaussées qui pardonnent en cas de sortie de route ;

- poursuivre et développer les actions de sensibilisation à la sécurité routière, notamment à l'attention des collégiens, et en lien avec les associations de prévention routière ;

- réclamer l'interdiction aux poids lourds de doubler sur la nationale 36 ;

- développer la concertation avec les associations d'usagers de la route et les organisations professionnelles.




Jean-Paul VIART
Journaliste

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