La Seine-et-Marne au temps de la Grande Guerre

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La Seine-et-Marne au temps de la Grande Guerre
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Raconter la “Der des Ders” peut s'avérer difficile. Il est possible d'y mettre des images, des visages, des objets du quotidien, des outils ou des machines comme le fait le musée de la Grande Guerre de Meaux.

Ce sont les mots qu'avait choisis l'ancien préfet de Seine-et-Marne, Jacques Barthelemy, dans un discours prononcé à la Ferte-sous-Jouarre le 27 juillet 2004, qui détaillait la Bataille de la Marne. Des souvenirs, témoignant de certains caractères de la guerre propres au département, se dévoilent aussi aux Archives départementales de Seine-et-Marne, en parallèle des commémorations qui ont émaillé le territoire pour fêter le Centenaire de l'armistice.

Il n'a suffit que d'une étincelle. A Sarajevo, le 28 juin 1914, un terroriste serbe tue l'archiduc d'Autriche et son épouse. Il est l'héritier de la couronne austro-hongroise. L'empereur autrichien François-Joseph projette en conséquence de sanctionner la Serbie, qui est elle-même soutenue par la Russie. La France, solidaire de cette dernière, entre dans ce jeu d'alliances et l'Allemagne craint pour son territoire, pris en tenaille entre la France et la Russie. Cette dernière mobilise ses troupes, dès le 29 juillet. L'Allemagne lui déclare la guerre le 1er août. Elle en fait de même le 3 avec la France et le 4 avec la Belgique. La Grande-Bretagne adresse alors un ultimatum aux Allemands, « car le dogme de la neutralité belge garantie par l'Angleterre depuis 1839, la défense de la liberté d'Anvers et par delà des côtes anglaises, est intangible », rappelle l'ancien préfet Jacques Barthélémy. D'abord actifs en Belgique et au Nord de la France, souhaitant prendre leur ennemi à revers, les Allemands contournent finalement Paris, après une retraite générale organisée par le général en chef Joffre. Mais ils sont au contraire confrontés à la résistance des armées impliquées : c'est la Bataille de la Marne, contre-offensive décisive.

Quelque 25 000 morts. C'est le funeste bilan des cinq premiers jours de combats. « Cette Bataille de la Marne aura uni dans les mêmes douleurs et les mêmes drames, les Français, les Britanniques, les Marocains et les Allemands », souligne Jacques Barthélémy. Les civils payent également leur tribut. Lors d'une percée décisive, La Ferté est « envahie, rançonnée, pillée et réquisitionnée (10 000 kg de pain, 30 tonnes de farine, une tonne de café, 60 000 kg de foin et d'avoine, 5 000 litres de vin et de champagne) ». Les villages et les fermes brûlent ; les Allemands s'étant repliés sous la pression des Britanniques, avant d'être finalement repoussés à 40 km. A l'issue du « miracle » de la Marne, Allemands et Alliés font rapidement mouvement vers les rivages de la mer du Nord, non pour l'atteindre mais essentiellement pour tenter de contourner l'ennemi et l'attaquer à revers.

C'est bientôt le statu quo, une guerre de position.

En fait, ni les Allemands ni les Alliés ne s'attendaient à une telle évolution de la situation militaire sur le terrain. Pour ne plus reculer, les belligérants s'enterrent, presque instinctivement, creusant et structurant des réseaux de tranchées pour affermir leurs défenses. Cette une guerre « immobile », ô combien meurtrière, va durer quatre ans et pousser soldats et populations aux confins de leur résistance.

Les chemins de l'armistice

Durant la deuxième quinzaine de septembre 1918, les Allemands et les Austro-Hongrois commencent à activer la voie diplomatique pour tenter de trouver une issue rapide et avantageuse à cet interminable conflit. Les appels en faveur de la paix trouvent tout d'abord un modeste écho chez les Alliés. Le général Ludendorff implore alors le gouvernement allemand de trouver le moyen de mettre un terme aux combats. L'état de ses forces ne lui permet plus de faire face à l'avance alliée.

Début novembre, un vent de révolte souffle sur le Reich. Des militaires, surtout des marins, se mutinent, notamment à Brème et à Rostock. Faisant cause commune avec les civils, ils créent des conseils populaires, sur le modèle russe, qui contrôlent les villes. L'Allemagne s'effondre rapidement, à la fois militairement et politiquement. Les Austro-Hongrois suivent le même chemin. La guerre vit ses ultimes heures…

11 novembre 1918

Au matin du 8 novembre, Ferdinand Foch, commandant en chef des forces alliées, dicte les conditions d'armistice aux plénipotentiaires allemands. Les troupes doivent reculer à 10 km des rives du Rhin et le Reich doit livrer sa flotte de guerre, ses armes lourdes et libérer ses prisonniers.

Le 11 novembre, à 5 heures du matin, Allemands et Alliés signent l'Armistice dans un wagon stationnant dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne. Parmi les signataires figurent, côté allemand, Mathias Erzberger – secrétaire d'Etat du nouveau gouvernement qui vient de se constituer à Berlin –, Alfred von Oberndorff – représentant le ministère des Affaires étrangères –, et côté allié, le maréchal Foch, le général Weygand pour la France et l'amiral Wemyss – Premier lord de l'Amirauté – pour la Grande-Bretagne.

La « Der des Ders », en attendant la suivante…

Des déclarations de guerre aux armistices, tous fronts confondus, quelque neuf millions d'hommes vont tomber au champ d'honneur, dans d'abominables conditions.

En France, au lendemain de cette saignée planétaire sans précédent, chacun caresse le secret espoir que cette « Der des Ders », si âpre, si cruelle, aura a minima servi de leçon. Mais la sagesse est encore bien loin de l'ordre du jour. Le traité de Versailles, ratifié sous la contrainte par des Allemands meurtris, humiliés, exsangues, porte en lui les ferments d'une seconde catastrophe planétaire. Comme l'a souligné à la fin de son discours le préfet Jacques Barthelemy, « c'est lorsque l'histoire de notre vieux continent bégaie, qu'il connaît le déclin, lorsqu'il est uni, qu'il peut enrayer la spirale infernale. C'est ce que nos grands-pères ont senti, c'est ce que les Pères de l'Europe ont fait, c'est ce que les gouvernants d'aujourd'hui doivent continuer de faire obstinément jour après jour, et quelles que puissent être les difficultés, car rien n'est plus important que la Paix ».

Après la guerre, les Gueules Cassées sont au château de Moussy

La Seine-et-Marne est aussi, après la Guerre, la demeure des « Gueules Cassées », défigurés par la mitraille, qui trouvent asile au château de Moussy-le-Vieux, comme le précisent les Archives départementales de Seine-et-Marne sur leur site. L'association des Blessés de la Face et de la Tête, est fondée le 21 juin 1921 de la volonté de ses trois fondateurs, le colonel Picot, Bienaimé Jourdain et Albert Jugon. Elle est reconnue d'utilité publique le 25 février 1927, récoltant une grande partie de ses fonds en vendant des billets de la Loterie nationale, devenue plus tard La Française des jeux. Le cimetière des Gueules Cassées s'y trouve aussi.

Des exploitants mobilisés

Le département, couvrant à la veille de la guerre près de 5 931 km², compte dans sa population agricole 43 117 actifs. Quelque 18 000 d'entre eux seront mobilisés, selon les Archives départementales. Les femmes, les enfants et les hommes non mobilisables sont alors appelés à les remplacer immédiatement. Mais « À la fin de la guerre, les exploitants et salariés agricoles seine-et-marnais ont payé un lourd tribut », souligne-t-on aux Archives. En effet, 34 % des mobilisés sont tués ou sont partis du fait des conséquences de la guerre sur leurs terres.

Le musée de la Grande Guerre en première ligne

Fort de 65 000 objets et documents de cette Première Guerre mondiale, en grande partie collectés par Jean-Pierre Verney, spécialiste de ce conflit, le musée de la Grande Guerre de Meaux, a souhaité présenter l'œuvre musicale nocturne Horizons : Centenaire de l'armistice.

Outre la réflexion sur la Grande Guerre menée sur scène par les deux humanistes que sont Hubert Reeves, astrophysicien, conteur, et Jean-Pierre Verney, historien à l'origine des collections du musée, accompagnés par un programme musical original conçu par Karine Lethiec, directrice artistique de l'Ensemble Calliopée (en résidence au musée de la Grande Guerre), un groupe d'enfants, mené par la directrice du Conservatoire du Pays de Meaux, Nicole Rouillé, a pu « répondre », en tant que nouvelle génération, à ceux qui se sont battus par le chant « Vois sur ton chemin ». Puis l'Ode à la joie, marquant symboliquement l'entrée dans une nouvelle ère de paix et de construction collective (il s'agit de l'hymne de l'Union européenne), a pu résonner au sein musée.




MSM REDACTION
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