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la santé et le moral des chefs d'entreprise impactés

Du 6 juillet 2020 au 19 janvier 2021, le Medef Seine-et-Marne et son partenaire Malakoff Humanis (groupe de protection sociale) ont mené une vaste enquête en ligne sur la santé et le moral des dirigeants d'entreprise de Seine-et-Marne confrontés à la crise sanitaire. Cette consultation a évolué au gré des différentes mesures gouvernementales (confinement, couvre-feu, télétravail…). L'enseignement principal qui ressort de cette étude est que 70 % des dirigeants interrogés ressentent physiquement et moralement les effets de la pandémie.
la santé et le moral des chefs d'entreprise impactés
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Le travail, ce n'est pas forcément la santé. Surtout avec cette “troisième vague” épidémique qui submerge actuellement le pays. C'est ce qu'il ressort de la consultation co-réalisée par le Medef Seine-et-Marne et Malakoff Hulmanis auprès de 78 chefs d'entreprise du département. Voici, dans le détail, les résultats de cette enquête instructive.

Profil

Les patrons interrogés sont majoritairement des hommes (66 %) ayant une moyenne d'âge de 51 ans. 64 % d'entre eux ont des enfants et vivent en grande majorité en couple (89 %). Ils sont salariés pour la plupart (52 %) et détiennent au moins la moitié du capital de l'entreprise (45 %). Les sociétés qu'ils dirigent possèdent moins de 50 salariés (77 %) et se situent principalement dans les secteurs de l'industrie (37 %) et des services (29 %).

Motivations

Pour les dirigeants sondés, devenir chef d'entreprise s'est révélé une décision opportuniste (85 %), mais qui s'est imposée largement comme un choix de vie et une vocation (91 %). Cette décision a été d'abord motivée par des projets qui leur tenaient à cœur (86 %), puis par le fait de gagner de l'argent et se constituer un patrimoine (79 %) et, enfin, par la quête d'une reconnaissance sociale et d'un statut (71 %).

Actions

Depuis un an maintenant, les patrons seine-et-marnais tentent de juguler une crise sanitaire aux conséquences forcément économiques. La principale décision qu'ils ont prise concerne l'annulation ou le report de certaines dépenses (57 %) liées au marketing, à la communication, à l'innovation et à l'achat de fournitures et d'équipements informatiques. Ils ont également encouragé leurs salariés à prendre des congés (43 %) et ils en ont profité pour accélérer la digitalisation de leurs activités (40 %). Enfin, les embauches et les augmentations salariales ont été gelées ou annulées (32 %). Toutes ces décisions ont été motivées par des difficultés liées au manque de visibilité économique (60 %). Mais la grande nouveauté aura résidé dans la mise en place du télétravail dès le premier confinement (72 %). Pour les autres (28 %), leurs activités n'étaient pas adaptées à ce mode de travail. Reste que les dirigeants sondés pensent poursuivre cette pratique après la crise sanitaire, même si le niveau de satisfaction demeure mitigé (note de 6,1/10).

Conditions de travail

Depuis la fin du premier confinement, le 11 mai 2020, les chefs d'entreprise estiment avoir un rythme de travail hebdomadaire plus intense (61 % d'entre eux travaillent plus de 50 heures par semaine, contre 49 % habituellement). Les conséquences, c'est qu'ils prennent moins de jours de repos et qu'ils jugent le travail nerveusement fatigant (90 %). Pis, ils ont l'impression de ne pas pouvoir décrocher (61 %). Face à une telle situation, l'augmentation du stress (79 % contre 50 % habituellement) constitue un sérieux danger. Les dirigeants reconnaissent également des difficultés croissantes à concilier vies professionnelle et personnelle ou familiale (61 %). Heureusement, ils peuvent compter sur un entourage personnel solide (81 %). Même soutien prononcé au sein de leur entreprise (65 % contre 21 % qui se sentent isolés).

Hygiène de vie

Les dirigeants se jugent en meilleure santé physique (81 %) que mentale (66 %) et déclarent avoir un mode de vie sain (71 %). Mais cela ne les a pas empêchés d'aller consulter un médecin généraliste au cours des 12 derniers mois (86 %). Si des arrêts de travail leur ont été prescrits (13 %), ceux-ci n'ont pas toujours été respectés (73 %). Heureusement, ils pratiquent une activité sportive hebdomadaire (49 %) et sont majoritairement soucieux de leur équilibre alimentaire (77 %). Deux points positifs limités par une consommation quotidienne d'alcool (22 %) et de tabac (13 %). Avec le stress, l'autre constat alarmant concerne les troubles du sommeil fortement accentués depuis le début de la crise sanitaire (44 % contre 26 % avant). La moyenne de sommeil des chefs d'entreprise est de 6,6 heures par nuit.

Perspectives

Malgré le marasme actuel, les dirigeants gardent la foi en l'avenir. Ainsi, ils restent plutôt optimistes pour les trois prochaines années, aussi bien pour leur vie personnelle (71 %), que leur santé (71 %), leur situation professionnelle (74 %), leur situation financière personnelle (67 %) et l'activité de leurs entreprises (70 %). Mais ils restent conscients qu'ils vont devoir faire certains efforts pour améliorer leur bien-être et leur santé. Cela passera obligatoirement par une meilleure gestion du stress (67 %) et du sommeil (51 %), ainsi que par la pratique d'une activité physique régulière (50 %), la capacité à se déconnecter du travail (47 %) et une meilleure alimentation (41 %). Touchés par la crise, les chefs d'entreprise caressent néanmoins l'espoir de pouvoir atténuer les difficultés qu'ils ont exprimées. Cette espérance pourra revêtir différentes formes : discuter avec d'autres collègues, pour confronter les situations et les expériences, accélérer la vaccination et voir l'activité économique redémarrer avec l'aide de l'Etat et l'allègement des diverses cotisations maintenu. Autant de conditions indispensables pour une meilleure santé et un moral de nouveau au beau fixe.

Plusieurs responsables économiques et institutionnels ont eu accès à l'enquête sur la santé des chefs d'entreprise. Réactions.

« Eviter de s'installer dans un certain confort », Jean-Marc Sereni, président du Medef Seine-et-Marne

« Je retiendrai la sincérité des dirigeants. Ils sont vraiment conscients de la situation. Mais pour eux, le plus délicat va être de passer d'une période où ils sont sous oxygène à une autre où il faudra retrouver une dynamique. Il faut savoir ne plus être aidé et il y a un vrai danger. Il faut être aussi attentif au risque de trésorerie et éviter de s'installer dans un certain confort lié aux aides de l'Etat. Nous souhaitons lancer une vraie réflexion avec nos différents partenaires (CCI, CMA et Bpi). »

« Trouver des ressorts positifs », Jean-Marc Valès, directeur départemental des Finances publiques

« Les dirigeants sondés perçoivent beaucoup de contraintes et peu de ressources. Pour en sortir, il faut arriver à trouver des ressorts positifs comme le télétravail, qui a augmenté la productivité de 22 %. C'est un atout dont il faut se saisir. Pour l'instant, nous sommes dans une période de glaciation due aux aides publiques. C'est de la mauvaise graisse, car les aides d'aujourd'hui sont les impôts de demain ! En attendant le rebond, il faut trouver des solutions qui permettent de revivre. »

« Il y aura un moment de vérité », Didier Caroff, directeur de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi

« On constate que les dirigeants ont le moral, malgré tout. Mais ils restent lucides. Personne ne voit le bout du tunnel et cette situation risque de durer encore. Dans cette enquête, ce qui est dangereux, c'est l'intensification du rythme du travail. Cela ne peut durer qu'un temps. Mais ce qui est rassurant, c'est qu'on ne ressent pas d'idées morbides. Maintenant, les dispositifs vont finir par se réduire et l'Etat va devoir gérer la fin des aides. Il y aura un moment de vérité. »

« Difficile de déceler les détresses morales », Philippe Naudin, président du tribunal de commerce de Meaux

« Grâce aux aides de l'Etat, on a peu de procédures collectives. Tout est en stand-by. On se demande comment tout cela va redémarrer. Va-t-il falloir arrêter pour repartir ? On a du mal à connaître les difficultés des chefs d'entreprise et il est difficile de déceler les détresses morales. Par exemple, en matière de prévention contre le suicide, on ne peut pas les orienter vers l'Apesa (Aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance aiguë). »

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