Fermer la publicité
Journal d'annonces légales, judiciaires de Seine-et-Marne

La méthanisation territoriale s'implante à Moret-Loing-et-Orvanne

le - - Territoires - Infos région

La méthanisation territoriale s'implante à Moret-Loing-et-Orvanne

Charles Deschamps, responsable biogaz du territoire centre–nord de Cap Vert Énergie (CVE), un producteur indépendant d'énergies renouvelables, présente le projet Equimeth. Cette unité de méthanisation, dite territoriale, est en cours de construction au pôle économique des Renardières, à Ecuelles (Moret-Loing-et-Orvanne). Elle permettra de traiter 25 000 tonnes par an de matières organiques et de réinjecter 250 nm3 de biométhane par heure dans le réseau GRDF. Ce gaz alimentera les communes de Moret-sur-Loing-et Orvanne, Saint-Mammès, Thomery, Champagne-sur-Seine, Avon et Fontainebleau, à hauteur de 15 % de la consommation en gaz des habitants de ces communes. Le directeur de CVE revient sur la genèse du projet, ses spécificités, et sur toutes les précautions prises pour éviter les nuisances et intégrer le projet dans son environnement.

Quelle est la spécificité de ce projet, qui a intéressé votre entreprise ?

L'une des caractéristiques de Cap Vert Energie (CVE), tient au fait que nous sommes producteurs indépendants d'énergies renouvelables. Nous nous positionnons sur trois énergies : le photovoltaïque, la méthanisation territoriale, et l'hydroélectricité.

Concernant, en l'espèce, la méthanisation, il y a, pour simplifier, deux grandes familles. La première, qui concerne près de 80 % du parc, c'est la méthanisation agricole, qui se fait sur les fermes, et a vocation à produire du gaz. Les éleveurs font traiter leurs fumiers et les céréaliers mettent en place des cultures intermédiaires spécialement dédiées.

La seconde, la méthanisation territoriale, concerne des unités semblables, mais qui ne sont pas situées sur des fermes. C'est sur cette dernière que se positionne CVE. Nos usines sont implantées en zone d'activité et nous allons chercher nos matières non pas sur des terres agricoles, mais chez les agro-industriels, les papeteries (coproduits organiques), la pharmacie, la cosmétique (crèmes infantiles) et les biodéchets, issus de restaurants, des cantines, des invendus et des produits périmés de la grande distribution.

La filière des biodéchets va monter en puissance, notamment s'agissant des particuliers avec la collecte sélective, une obligation qui interviendra en 2024. Tous les habitants devront posséder une poubelle dédiée à l'organique, du fait de loi sur la transition énergétique de 2016. Depuis 2016, les industriels qui produisent plus de 10 tonnes de déchets organiques doivent en assurer le retour au sol. L'objectif, c'est que tous ces déchets soient collectés, traités en compostage ou via la méthanisation et repartent ensuite au sol, sur les terres agricoles. Donc nous travaillons aussi avec des exploitants. Nous faisons pleinement partie de cette filière de traitement et de valorisation des biodéchets de la Région.

Quelle a été la genèse du projet ?

Il s'agit d'un des projets les plus anciens d'Île-de-France. Il a été initié par la Réserve de biosphère de Fontainebleau-Gâtinais et l'Ecole des mines ParisTech de Fontainebleau. Il y avait dans le secteur une problématique assez forte autour du traitement et de la valorisation du fumier équin, qui part traditionnellement en champignonnière dans le Pays de la Loire. Mais cette filière n'était pas en bonne forme économique et le sujet posait de vrais problèmes en matière sanitaire et de traitement des déchets. C'est pourquoi le projet Equimeth a été initié. Une entreprise a souhaité développer le projet en choisissant la voie sèche, moins bien maîtrisée que la voie liquide classique. Elle a obtenu une autorisation en 2014, pour revendre le projet à un autre développeur. Mais au même moment, une unité de méthanisation en tous points identique, implantée à Orléans, connaissait de nombreux problèmes techniques. C'est pourquoi les banques ont refusé de financer Equimeth, arguant que les technologies n'étaient pas matures et que le gaz prévu ne serait pas produit. Or, 90 % du chiffre d'affaires est lié au gaz. Le projet est donc resté au point mort pendant un moment.

C'est à ce moment-là que vous avez repris le projet ?

Oui, nous sommes arrivées en 2015. Nous avons proposé de racheter le projet, sachant qu'il y avait tout à reprendre après plusieurs mois de temps mort. Il restait malgré tout plusieurs acquis solides. Un foncier d'abord, qui avait été développé exprès par la communauté de communes de Moret Seine et Loing, qui a fait une extension du pôle économique des Renardières à son extrémité. Ensuite, des soutiens forts de personnalités politiques, et un groupe d'agriculteurs fédérés autour du projet. Nous savions également qu'il y avait un gisement, à la fois agro-industriel sur le Sud Seine-et-Marne et au niveau des biodéchets, avec un potentiel très fort de développement. Mais ces atouts n'étaient pas aussi bien représentés dans le projet initial qui était très orienté fumier équin, d'où le nom, Equimeth.

Nous sommes passés de 15 000 à 20 000 tonnes de fumier équin par an, à 2 000 à 3  000 tonnes et nous avons redonné une place importante aux biodéchets, un gisement qui a mis du temps à se structurer et qui est aujourd'hui dominant en Île-de-France, si l'on exclut la partie agricole. Nous avons repris contact avec tous les acteurs de l'environnement économique et redéposé de nouvelles autorisations.

Nous avons fait rentrer au capital du projet Ile-de-France Energies, un outil d'investissement et de développement des énergies renouvelables de la Région, à hauteur de 15 %. Nous avons ainsi redonné un ancrage territorial au projet.

C'est un sujet fort en Île-de-France ?

Oui, la Région est très dynamique sur les énergies renouvelables et la méthanisation. Nous avons retenu un nouveau constructeur, Elcimaï Environnement, une ETI melunaise.

Que s'est-il passé ensuite ?

Une fois la technologie retenue et le projet redessiné, il faut redéposer des demandes de permis de construire et des autorisations ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement). Les exigences sont moins fortes pour la méthanisation agricole, qui nécessite une déclaration. Pour la méthanisation territoriale, c'est une autorisation et une enquête publique. Nous avons eu le permis de construire au printemps 2018 et obtenu notre autorisation d'exploiter en mai 2019. Il y a ensuite un délai de quatre mois d'affichage pour permettre le dépôt de recours.

En parallèle, nous avons obtenu les financements avec les banques, juste à temps (avant le confinement, pour un projet qui représente un investissement de 12 millions d'euros. La première réunion de chantier a eu lieu le 8 avril dernier.C'était le lancement des études. Nous n'avons donc finalement pas perdu de temps du fait de la crise sanitaire. Le 15 mai, les premières machines sont arrivées.

La mise en service devrait intervenir en mai-juin 2021, après 12 ou 13 mois de travaux, avec l'injection d'un premier type de matières. Puis, l'unité connaîtra un temps de montée en puissance. L'objectif est d'atteindre la puissance nominale en décembre 2021, c'est-à-dire qu'il faudra que l'unité atteigne la puissance escomptée et soit capable de recevoir toutes les matières prévues. Enfin, viendra le temps des tests performance. Il s'agira de vérifier que les pompes fonctionnent bien, sur la partie gaz, et que les équipements prévus pour réduire et éliminer les impacts négatifs sont bien fonctionnels.

Justement, comment avez-vous pensé l'intégration du projet sur le territoire ?

Dans le processus de développement de ses projets, CVE intègre l'acceptabilité. Nous allons toujours à la rencontre des élus pour présenter notre démarche, leur dire comment nous allons développer le projet et quelles sont nos exigences par rapport aux impacts environnementaux.

Pendant tout le processus de développement, nous mettons en ligne des sites internet, pour donner la possibilité au grand public de s'informer, de poser des questions. En effet, souvent, les problèmes d'acceptabilité découlent d'un manque de communication. Il est normal que la population s'interroge, la méthanisation étant arrivée depuis peu et modifiant le paysage. Des camions vont circuler avec de la matière et des déchets qui sentent. Nous produisons du gaz, cela peut générer des craintes.

C'est au porteur de projet d'expliquer tout cela. Nous avons des réponses techniques pour l'ensemble de ces questions. Quelle quantité de matière. Quelle nature ? Comment nous allons les traiter ? Quelle quantité de gaz sera injectée ? Où seront répandus les digestats ? Comment seront gérées les odeurs ? Voilà
les informations que nous publions.

Justement, sur la question des odeurs, quelles mesures sont prises ?

CVE prévoit systématiquement de mettre en place des équipements. La méthanisation territoriale se fait sur des zones d'activité, les habitations ne se trouvent pas à proximité. Equimeth se trouve tout au fond des Renardières, derrière l'entreprise Depolia, à l'abri des regards. C'est la force de ce projet. Nous mettons aussi en place des équipements : nous réceptionnons les biodéchets, les fibres de papeterie, des matières odorantes, dans un bâtiment sous aspiration et traitement d'air. L'air est en permanence aspiré et passe par des filtres. La porte s'ouvre, l'air est aspiré tandis que le camion entre, puis la porte se referme, sans que l'odeur ne puisse sortir. Nous faisons des tests de performance à la réception de ces équipements, jusqu'à ce qu'ils soient conformes aux exigences.

La deuxième source d'odeur, ce sont les méthaniseurs, mais les “yourtes” sont protégées par une double bâche. Concernant enfin le bassin de réception des digestats liquides (les matières restantes à la fin du processus), nous procédons à la séparation de phase, c'est-à-dire que le solide, devenu une sorte de terreau, est stocké dans de grands silos. Le digestat liquide, qui peut contenir des matières volatiles qui peuvent sentir, est placé dans une cuve fermée. Nous avons choisi ce type de cuve pour limiter les impacts et les nuisances. C'est un surinvestissement que CVE a souhaité assumer. La cuve fermée coûte beaucoup plus cher.

Tout est donc contrôlé de manière précise ?

Oui, le document-clé d'une unité, qui est un arrêté d'exploiter, un document public accessible sur le site de la préfecture, décrit tous les équipements prévus. Dans cette autorisation, des obligations sont prévues. Nous devons déposer un dossier tous les ans qui rend compte du suivi de toute une liste de paramètres, et nous sommes soumis à des contrôles de la DRIEE.

Donc effectivement, nous mettons en place les meilleures technologies pour éliminer les impacts négatifs.

Le projet en chiffres :

- Surface aménagée : 23 000 m²

- Terrassements : 20 000 m3

- 1 digesteur et 1 post-digesteur de 4 250 m3 chacun

- 1 cuve de stockage des digestats liquides de 7 260 m3

- 1 bâtiment de préparation et stockage de 800 m²

- Intrants : 26 000 t/an

- Digestats liquides : 9 000 t/an

- Digestats solides : 11 000 t/an (épandage agricole)

- Production de biométhane : 285 Nm3/h

- Coût total de l'opération : 11,8 M euros




Quentin CLAUZON
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Moniteur de Seine-et-Marne Journal d'annonces légales, judiciaires de Seine-et-Marne

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer