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La Banque de France poursuit sa mue

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La Banque de France poursuit  sa mue
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Analysant les services actuels de la Banque de France à destination des entreprises et des particuliers, le directeur départemental donne quelques éléments quant à son évolution en Seine-et-Marne.

Aujourd'hui directeur départemental de la Banque de France, Jean-Benoît Dubois a passé la plupart de sa carrière dans l'Est de l'Hexagone. Juriste de formation, reçu en 1982 au concours d'employé de la Banque de France, le directeur départemental de la “Banque des banques” a rapidement passé le concours de l'encadrement pour devenir chef de service, puis directeur. En Seine-et-Marne depuis mai 2016, il s'est attaché à rendre plus visible l'institution âgée de plus de deux siècles.

Après un début d'activité passé dans le Grand Est, la Seine-et-Marne vous a-t-elle surpris ?

Il s'agit en effet d'un territoire à forts contrastes, dont on peut dire qu'il abrite plusieurs départements à l'intérieur d'un même département. La façade Est correspond à un département de province (si l'on écarte la forte présence agricole) ; mais on trouve aussi des bassins extrêmement dynamiques au nord-ouest avec le Val d'Europe ou Roissy et plus au Sud, la zone de Melun-Sénart. Ces périmètres fonctionnent véritablement de manières différentes.

Cette singularité pose difficulté dans vos analyses ?

En dépit du fait que la Banque de France se soit désengagée physiquement de territoires au cours des deux dernières décennies (exemple du pays de Meaux), nous avons toujours des personnels dédiés pour aller au contact des entreprises. À titre d'illustration, un DDRPE (directeur délégué responsable d'un pôle économique) va à la rencontre des entreprises du nord du département. Par ailleurs, sur les places que nous avons quittées ces dernières années, nous avons maintenu des BAI (bureau d'accueil et d'information) à l'image de celui installé à Meaux, ouvert au public trois jours et demi par semaine.

Sur l'ensemble du département nous attribuons une cotation à quelque 5 500 entreprises et nous rencontrons tous les ans près de 800 chefs d'entreprise, soit environ 15 % d'entre eux (et le panel de dirigeants est renouvelé régulièrement). Il y a donc une véritable volonté de la Banque de France de rester au contact des chefs d'entreprise mais aussi des particuliers.

Ce maillage est lié à l'histoire de la Banque de France ?

En effet, la Banque de France, qui a été créée par Napoléon Bonaparte en 1800, avait à l'origine le même rôle qu'une banque commerciale classique. Elle finançait les entreprises en direct, tout d'abord sur la place de Paris (on lui a conféré le monopole d'émission des billets de banque en 1803), puis au fil des décennies, l'institution a racheté des banques départementales, couvrant peu à peu la totalité du territoire national. Son rôle de financement direct s'est donc progressivement modifié. On l'appelle aujourd'hui la “Banque des banques”, puisqu'elle ne répond plus directement aux besoins de financement des entreprises mais refinance le système bancaire lui-même. Ce rôle correspond à ce qu'on appelle la politique monétaire.

Entre 1936 et 1945, « la Banque » (appellation de la Banque de France en interne, ndlr) a été nationalisée. Ce n'est qu'en 1993 qu'elle est devenue indépendante de l'État et tout particulièrement du ministère des Finances, en application du traité de Maastricht dans la perspective de la création de la Banque centrale européenne (BCE), qui a pris la responsabilité de la politique monétaire, laissant à la charge des Banques centrales nationales de la zone euro sa mise en œuvre au plan national.

Vous avez évoqué la transformation de l'institution...

L'institution se renforce en profondeur depuis une vingtaine d'années. Cela a commencé par les activités industrielles de la Banque (composée d'usines de fabrication du papier et d'imprimeries), pour amener le coût de revient de fabrication des billets aux références du marché afin d'être en mesure de répondre aux appels d'offre de la BCE.

Dans la foulée, la Banque a mis en œuvre des projets de transformation réguliers, portant d'abord sur l'activité fiduciaire puis sur le maillage de son réseau de succursales. Ainsi, entre 2004 et 2006, nous avons fermé une centaine d'unités qui n'étaient pas départementales, mais nous restons présents au moins dans chaque chef-lieu de département depuis cette époque.

Un autre plan a démarré en 2013, marqué par un processus d'industrialisation de l'activité de recyclage des billets de banque (nous éliminons entre 5 et 10 % des billets selon les coupures chaque jour et nous remettons en circulation des billets neufs) afin que nos concitoyens disposent de coupures d'excellente qualité.

Ce processus continue à se développer et de moins en moins d'unités assument cette activité. En effet, la Banque a souhaité créer deux grands centres, un dans le Nord de la France déjà sorti de terre et un autre, qui est en cours d'installation à la Courneuve. Ce dernier regroupera toutes les activités fiduciaires de l'ensemble de l'Île-de-France.

Parallèlement, nous mettons en place une réingénierie permanente de nos processus de production de services. L'activité dite de back office (analyse des bilans et mise en place de plans de surendettement) va progressivement être concentrée sur un certain nombre d'unités en France pour réaliser des économies d'échelle. C'est le cas de Melun, qui, d'ici deux ans et demi, analysera les 5500 bilans seine-et-marnais, partagés actuellement entre l'antenne économique de Noisiel et la succursale départementale de Melun.

Ces évolutions sont-elles aussi poussées par le numérique ?

Oui, derrière ces évolutions, la Banque cherche à rendre le meilleur service au meilleur coût, dans la mesure où nous sommes comptables des deniers publics. Notre appartenance à l'Etat fait que nous avons l'obligation de lui restituer un maximum de rentes. En 2017, sur un produit net de l'ordre de 8 milliards d'euros, la Banque de France a reversé à l'Etat 5 milliards d'euros, au titre des dividendes et de l'impôt sur les sociétés. Il y a une dizaine d'années, nous étions
13  000 salariés, aujourd'hui nous sommes 11 000 et nous serons environ 9 800 en 2020, tout en assumant les mêmes activités, voire plus (cf la médiation du crédit et l'éducation financière et budgétaire des publics).

Qu'en sera-t-il en Seine-et-Marne, s'agissant du personnel ?

Nous sommes aujourd'hui 70 salariés. Dans deux ans la Banque comptera moins de 40 personnes dans le département. Il faut toutefois garder à l'esprit que le recyclage des billets sera transféré à la Courneuve. L'unité melunaise sera spécialisée dans le service aux entreprises. Avec ces économies d'échelle importantes, le but est de parvenir à une réduction de nos charges d'exploitation et notamment de la masse salariale, en nous réorganisant et en capitalisant sur les nouvelles technologies, dont le numérique.

Comment vont évoluer vos missions auprès des entreprises ?

Nous avons plusieurs activités à l'heure actuelle. La première liée au refinancement du système bancaire, il s'agit de l'analyse des bilans avec l'attribution d'une cotation. C'est le cœur de métier de la Banque de France que de porter cette appréciation sur les comptes d'une entreprise. Pour ce faire, nous collectons et exploitons des liasses fiscales, puis nous allons au contact des chefs d'entreprise pour chercher de l'information qualitative concernant leur trajectoire, leur environnement économique afin d'identifier leur capacité à honorer leurs échéances à un horizon de trois ans, dans le but de déterminer la cotation la plus pertinente. Nous pouvons également échanger sur leurs points forts et leurs points faibles. En effet, au niveau national, 260 000 bilans sont analysés, de sorte que dans chaque secteur nous sommes capables de fournir des leviers d'aide à la décision aux chefs d'entreprise.

À ce titre, nous avons développé des outils de type consulting, tels que Geode, qui propose un diagnostic et une mise en perspective d'une entreprise avec l'appui d'un analyste financier de la Banque de France pour permettre au dirigeant de faire les choix les plus appropriés s'agissant du pilotage de son affaire.

Tout récemment, nous avons mis en ligne un outil d'analyse dématérialisé, dénommé Opale à destination des TPE. Cette évolution, voulue par le gouverneur de la Banque, vient d'un constat simple : la France compte près de 90 % de TPE (entendue comme une entreprise de moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires et ayant moins de 10 salariés). Le Gouverneur a ainsi souhaité mettre l'accent sur l'aide à apporter à ces petites structures qui constituent un vivier économique déterminant dans notre pays.

C'est aussi à ce titre que depuis l'automne 2016, un correspondant TPE est présent dans chaque département, pour répondre aux demandes des TPE, écouter leurs besoins et les orienter. L'idée, c'est d'aiguiller le chef d'entreprise qui souhaiterait connaître son environnement, son secteur d'activité ou qui voudrait être conseillé dans le pilotage de son affaire. S'il s'agit d'un problème d'ordre financier ou bancaire, nous le prenons en charge directement. Dans le cas contraire, nous redirigeons le chef d'entreprise vers la structure adaptée à ses questions (Medef, CPME, Fédération du Bâtiment, administrations, réseaux d'aide à l'implantation ou à la création d'entreprise...).

Nous exerçons également la mission de médiation du crédit depuis octobre 2008 en raison de la crise économique. Plusieurs centaines dossiers étaient alors traitées chaque année, contre une petite cinquantaine aujourd'hui. Une entreprise peut toujours nous saisir en cas de remise en cause de ses crédits ou de refus d'un banquier de les mettre en place.

La Banque de France a aussi mis en œuvre, pour répondre à ses propres besoins, des enquêtes de conjoncture en s'appuyant sur un vivier de chefs d'entreprise. L' agrégation de ces informations est faite aux niveaux régional et national. À partir de ces données, nous publions des enquêtes, des notes de tendance et identifions notre perspective de progression du PIB (comme le fait l'Insee). Nous avons par exemple tout récemment révisé à la baisse les perspectives de croissance du PIB pour le premier trimestre 2018. L'Insee nous a rejoints quelques jours plus tard sur le sujet.

Enfin, toutes ces informations d'ordre économique que nous récoltons alimentent la base de données FIBEN à partir de laquelle nous pouvons élaborer des diagnostics de territoire et/ou de filières à disposition d'acteurs économiques comme les collectivités territoriales ou les syndicats professionnels (diagnostic dynamique à forte valeur ajoutée sur le plan financier capable d'identifier une fois encore les forces et les faiblesses par exemple d'un bassin économique ou une filière dans son environnement).

Et concernant les services aux particuliers ?

La commission de surendettement restera en Seine-et-Marne mais nous n'instruirons plus localement la totalité des affaires. En 2017, 3 300 dossiers de surendettement ont été traités. Dès 2018, près de deux tiers des dépôts seront pris en charge par une équipe basée à la succursale de Bastille, en toute transparence pour nos concitoyens seine-et-marnais.

L'inclusion bancaire, c'est aussi favoriser toute la connaissance autour des pratiques bancaires. Parallèlement, nous assurons la promotion du microcrédit, qui mériterait d'être plus utilisé aujourd'hui. C'est dans cet esprit que notre gouverneur, M. Villeroy de Galhau a souhaité qu'en 2017 des réunions sur le sujet soient organisées dans chaque région de France (en IDF le 20 octobre dernier). En Seine-et-Marne, une action de communication s'est déroulée en décembre dernier à notre initiative en collaboration avec les services de la préfecture afin de mettre en relation les travailleurs sociaux avec les organismes qui pratiquent le microcrédit. C'est aussi l'application d'un certain nombre de dispositifs comme le droit au compte qui permet à une personne physique ou morale qui n'arrive pas à obtenir l'ouverture d'un compte bancaire de saisir la Banque de France qui, dans les 48 heures, désignera un banquier chargé de lui ouvrir un compte.

Depuis peu vous êtes aussi chargés d'une mission d'éducation...

En effet, les Pouvoirs publics ont récemment désigné la Banque comme opérateur national en matière d'éducation financière et budgétaire des publics. Dans ce cadre, nous fédérons un certain nombre d'associations et nous avons mis en place le portail « Mes questions d'argent » en 2017. Il permet d'accéder à de multiples informations liées à la vie quotidienne (accès au crédit, gestion, retraite…).

Par ailleurs, au quotidien, nous assumons des actions de sensibilisation ou de formation au bénéfice de travailleurs sociaux ou de professeurs, suite à une convention signée avec le ministre de l'Education nationale. À ce titre nous avons participé en mars dernier à la semaine de l'argent en intervenant au collège Politzer de Dammarie-les-Lys au bénéfice d'une classe de 3e.

Nous travaillons également en amont pour accompagner les personnes en difficulté, notamment avec les CCAS et les organismes sociaux.

Qu'en est-il de la conjoncture ?

Sur un plan local, l'enquête mensuelle du mois de mars dernier relative à l'Île-de-France souligne une activité dynamique dans l'industrie et les services dont le rythme est parfois bridé par une incapacité à recruter dans certaines branches. Après des années difficiles, la filière BTP a retrouvé déjà depuis plusieurs mois des niveaux d'activité intéressants tout comme des perspectives assez favorables à la faveur, en partie dans notre région, des chantiers du Grand Paris.

À l'échelle de la France, voire de l'Europe, la tentation protectionniste des États-Unis pourrait constituer une vraie menace sur la croissance.

Le gouverneur de la Banque de France intervenu dernièrement en la matière dans les médias a évoqué ce risque. Je le cite : « si les droits de douane devaient se généraliser et augmenter de 10 %, on aurait partout une hausse significative des prix importés, et donc des pertes de pouvoir d'achat. On assisterait alors à une baisse du PIB mondial d'au moins 2 % ».




Quentin CLAUZON
Journaliste

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