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Jean-Robert Jacquemard : « aider nos entreprises, c'est sauvegarder nos emplois ! »

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Jean-Robert Jacquemard :  « aider nos entreprises, c'est sauvegarder nos emplois !  »
@ DR

Entre urgence sanitaire, mesures de confinement et activité économique quasi à l'arrêt, la pandémie de Covid-19 provoque de terribles dégâts sur son passage. La Seine-et-Marne et son tissu commercial et industriel ne sont évidemment pas épargnés. Face à une telle problématique, tous les acteurs institutionnels du département se mobilisent et cherchent des parades. À son niveau et en lien permanent avec les équipes de la Région Île-de-France, la Chambre de commerce et d'industrie de Seine-et-Marne met tout en œuvre pour venir en aide aux 55 000 entreprises seine-et-marnaises. Jean-Robert Jacquemard, son président, nous détaille le dispositif mis en place pour informer, accompagner et soutenir des commerces fragilisés et des industries bloquées. Dans cette crise aussi brutale qu'inédite, la CCI 77 a un rôle déterminant à jouer.

Quelle est la situation économique ?

Avec notre CCI de Région, nous procédons chaque semaine à des enquêtes nous permettant de mesurer et d'évaluer les impacts économiques de cette crise sanitaire. Au 3 avril, nous avons enregistré 2 000 retours de chefs d'entreprise franciliens, dont 434 Seine-et-Marnais, tous secteurs d'activités confondus. 54 % de nos entrepreneurs se déclarent être concernés par les mesures de fermeture administrative. Les principales difficultés sont la baisse du chiffre d'affaires à 83 %, les problèmes de trésorerie (37 %), la baisse des effectifs (35 %), la rupture d'approvisionnement (33 %), le non-paiement des factures fournisseurs (26 %) et l'arrêt des chantiers et des commandes (21 %).

Constatez-vous un recours massif au chômage partiel ?

73 % de nos répondants y ont recours, mais ils sont aussi nombreux à nous signaler avoir des difficultés pour sa mise en œuvre. Il faut savoir que 63 % de nos entreprises interrogées n'ont aucun salarié travaillant à distance.

Quels sont les secteurs les plus touchés ?

Le commerce de proximité tout d'abord. Avant les mesures de confinement, certains commerces affichaient déjà une diminution de leur chiffre d'affaires allant jusqu'à 70 % (mouvement des Gilets jaunes et grèves). Pour eux, des licenciements sont envisagés, voire la disparition de l'activité. Les chocolatiers, par exemple, qui commencent à rouvrir pour les Fêtes de Pâques, estiment que cela ne leur permettra de sauver que 20 % de leur chiffre d'affaires de l'année dernière à la même période. Il y a également la problématique des marchés alimentaires, dont l'ouverture est soumise à dérogation préfectorale. C'est pour cette raison que nous avons créé notre plateforme “Vivons Local” (lire page 8). Parallèlement, si les ventes de certains sites de e-commerce ont augmenté (+ 18 % dans l'alimentaire), leur problématique principale est la livraison. Globalement, 94 % des e-commerçants sont ouverts, mais plus d'un tiers a dû réduire son activité. D'autre part, avec l'arrêt des déplacements et la fermeture des aéroports, c'est toute l'industrie du voyage et des transports, du tourisme, de l'hôtellerie et de la restauration qui se retrouve lourdement impactée. La CCI Paris Île-de-France a mesuré l'impact économique pour le mois de mars : 56 salons (12 % du total annuel) devaient se tenir en région parisienne. 15 000 entreprises exposantes et 1 million de visiteurs y étaient attendus avec 506 millions d'euros de retombées économiques directes et indirectes. 2,2 milliards d'euros de CA auraient dû y être réalisés par les entreprises exposantes. Par ricochet, le secteur de l'événementiel dépendant de ces manifestations est aussi lourdement affecté, surtout des PME-TPE. Celles-ci génèrent chaque année, rien qu'en Île-de-France, 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires et près de 100 000 emplois. Enfin, certaines activités qui se maintiennent ont beaucoup de difficultés à assurer la protection de leurs salariés. Je pense à la logistique et à la collecte des déchets. Pour le secteur du BTP, après d'âpres négociations, un accord a été conclu entre les professionnels et l'État pour la poursuite de l'activité sur les chantiers, via un guide de bonnes pratiques garantissant la sécurité de tous. Les Préfets vont être chargés de prioriser les chantiers.

Les mesures du gouvernement vous paraissent-elles suffisantes ?

Aider nos entreprises, c'est sauvegarder nos emplois ! Notre réseau de Chambres consulaires (les CCI, mais aussi les Chambres de métiers et de l'artisanat et Chambres d'agriculture) est en première ligne, sur le terrain, auprès des entrepreneurs. La preuve, plus de 125 000 entreprises françaises ont déjà contacté les cellules d'appui de nos CCI.

Ces mesures ont répondu à l'urgence de la situation, mais il faut aller plus loin. Les situations particulières doivent être prises en compte. Nous appelons aussi l'ensemble des acteurs à mettre tout en œuvre pour soutenir nos indépendants, TPE et PME qui sont à court de trésorerie. J'invite mes collègues dirigeants, pour ceux qui le peuvent, à maintenir le paiement de leurs fournisseurs, afin de ne pas rompre la chaîne des approvisionnements. Les banques doivent, au plus vite suivre, faciliter l'accès au prêt garanti par l'État et celui-ci devrait exonérer les entreprises du paiement des cotisations et impôts dus en mars. Les assureurs devraient prendre en charge les pertes d'exploitation avec la définition d'un état de “catastrophe sanitaire”. La Direccte devrait optimiser les formalités administratives des demandes de chômage partiel, afin de rassurer les chefs d'entreprise. Enfin, il serait souhaitable que les collectivités locales optent pour le report ou l'exonération de certaines taxes locales.

Comment fonctionne l'Utec d'Émerainville, votre centre de formation ?

Il est fermé, mais il poursuit sa mission de formation. Selon les rythmes d'alternance, les jeunes sont en entreprise et suivent, le cas échéant, leurs cours à distance, par voie dématérialisée. Nos collaborateurs de l'Utec restent en activité, sous forme de télétravail. Quant à nos équipes en charge de la promotion, elles sont mobilisées. Trois Journées Portes Ouvertes ont pu être organisées, pour la première fois, en ligne sur le site internet de l'Utec (www.utec77.fr). Prochainement, ce sont des sessions de “job dating” qui seront programmées en ligne.

Comment avez-vous adapté votre organisation interne ?

Notre priorité à la Chambre est d'agir pour préserver la santé de nos collaborateurs, de nos apprenants et de nos publics. Le télétravail a donc été mis en place quand cela était possible. L'implication de nos collaborateurs est à la hauteur de leurs efforts d'adaptation, c'est-à-dire très forte et je les en remercie !

En interne, notre directeur général a constitué une cellule de crise avec son comité de direction, qu'il réunit quotidiennement. D'un point de vue politique et opérationnel, nous sommes invités à participer et à contribuer aux échanges menés dans le cadre des réunions hebdomadaires de crise en audio ou visioconférences avec la Région Île-de-France et la préfecture de Seine-et-Marne. Ce rôle de première ligne tenu par les réseaux de nos Chambres consulaires a d'ailleurs été reconnu par le ministère de l'Économie et des Finances qui nous a missionnés comme interlocuteurs de premier niveau pour informer et accompagner les entreprises.

Les accompagnements se font-ils désormais en ligne ?

Les activités de nos services opérationnels se poursuivent par voie dématérialisée, et en particulier la facilitation des formalités d'entreprises (CFE, formalités internationales, agents immobiliers). Nos conseillers “Création” ont adapté leur activité en s'entretenant avec les créateurs et les porteurs de projets par téléphone ou en visioconférence. En outre, des webinaires collectifs dédiés à la création vont se mettre en place. Nous en avons programmé un le 14 avril sur le thème : “Faites la différence en cette période de crise grâce à LinkedIn”.

Une cellule de crise a été mise en place par la CCI Île-de-France avec un numéro de téléphone dédié (01 55 65 44 44).

Comment ce dispositif fonctionne-t-il ?

Nous avons effectivement constitué avec la CCI Paris Île-de-France et la CCI de l'Essonne une plate-forme téléphonique régionalisée “CCI Urgence Entreprise”. Nous avons dédié plusieurs conseillers pour répondre aux questions de niveaux 1 et 2. Déjà 5 000 appels ont été reçus sur ce numéro. L'ensemble des équipes franciliennes répond à près de 200 courriels par jour.

Nos services mènent également régulièrement des campagnes d'appels sortants à destination de nos clients, des collectivités locales, des associations de commerçants et des réseaux de chefs d'entreprise. Parallèlement à notre plateforme “Vivons Local”, nous allons déployer deux autres dispositifs en ligne “Mes commerces à domicile » (CCI Paris Île-de-France) et “CCI Entraide” (CCI de Normandie). Le premier outil a pour objectif de référencer les commerçants en capacité de livrer et d'assurer la vente à emporter dans chaque commune d'Île-de-France. Le second est ouvert à toutes les entreprises qui peuvent consulter et/ou déposer une annonce.

Cette crise sanitaire va-t-elle provoquer une remise en question de la mondialisation. Appelez-vous à un retour aux circuits courts et aux relocalisations ?

L'après-crise passera, sans nul doute, par le retour à la dynamique locale de l'emploi et à l'amélioration de notre indépendance économique. Réindustrialiser et diversifier les sources d'approvisionnement sont des impératifs. Cette diversification aura des coûts, notamment salariaux, mais elle sera aussi un gain de souplesse pour les entreprises. Produits locaux et de saison dans les supermarchés, plateformes numériques référençant les producteurs locaux, livraison de paniers : autant de modèles visant aujourd'hui à sauver les productions locales et qui peuvent trouver une nouvelle clientèle et une pérennité. Tout le monde a à y gagner : producteurs, commerçants et consommateurs. Accélérons également la transition numérique de nos entreprises. Enfin, il faudra repenser l'urbanisme et les politiques d'aménagement. La densification prônée depuis la loi SRU a montré ses limites. Le confinement souligne que l'accès aux besoins de première nécessité dans un périmètre proche est un des éléments majeurs de la résilience urbaine.

Êtes-vous inquiet pour l'avenir ?

Nous travaillons avec le réseau national et le gouvernement à des scenarii de reprise de sortie de crise. Nos experts estiment qu'une partie de la croissance perdue depuis le début de l'année pourrait être rattrapée au second semestre à condition que tout soit mis en œuvre pour éviter les faillites et le chômage. Il faut aider notre économie aujourd'hui, pour assurer la relance durable de la croissance demain ! Ainsi, par exemple, les collectivités pourraient reprendre la publication de leurs marchés publics : ce serait un signal positif. Il faut aussi faire jouer la solidarité. Les chefs d'entreprise sont, par nature, courageux et combatifs. Je veux donc croire que, tous ensemble, nous remporteront cette double bataille sanitaire et économique.




MSM REDACTION
Journaliste

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