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Jean-Marc Sereni : « Réinventer l'économie dans les territoires »

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Jean-Marc Sereni : « Réinventer l'économie dans les territoires »
©Medef

Jean-Marc Sereni est le président du Medef 77 depuis plus d'un an. Après avoir été membre de la direction de plusieurs sociétés industrielles, il a fondé un cabinet d'accompagnement à la gestion sociale des entreprises. Avec la proximité comme fer de lance, il insiste sur l'importance de placer l'entreprise au service de l'humain et du développement territorial. Mais aussi sur la nécessité de réinventer l'économie au sein des territoires oubliés du département.

Vous avez pris vos fonctions en janvier 2016. Quelles actions avez-vous menées en priorité ?

J'ai choisi d'organiser mon mandat autour de plusieurs grands axes. J'ai notamment porté l'action sur l'ouverture du Medef 77 aux femmes. Elles ont moins de disponibilité sur les mandats et n'apparaissaient pas suffisamment dans la représentation de notre mouvement, son bureau et son conseil d'administration.

Ensuite, l'export : nous avons réussi à convaincre la Chambre de commerce, les conseillers au commerce extérieur et la CPME de se regrouper pour former un seul club international. Cette initiative a été un beau succès. En moins d'un an, nous avons réuni quelque 70 membres. Les deux anciens clubs, menés par la CCI et le Medef, avaient perdu en attractivité et ne comptaient que très peu d'adhérents. J'ai donc proposé cette nouvelle structure pour développer une offre consistante, sur l'ensemble du territoire.

Le dialogue social a-t-il également été l'un de vos axes de travail ?

Oui, bien sûr. Mon action a également porté sur la reprise du dialogue social. Nous avons fait de belles choses et renoué le contact, avec notamment une convention suivant la loi Macron pour la Vallée Village. C'est une réussite pour nous d'avoir réalisé cela en moins d'un an et demi.

J'ai également souhaité développer l'économie sociale et solidaire. Cela n'a pas pris effet tout de suite, mais nous avons aujourd'hui quelques entreprises, dont Rurban Coop, qui la pratique à 100 %. Céline Romain, sa gérante, a d'ailleurs pris un siège au conseil d'administration pour représenter ce secteur, qui est une réalité économique du territoire. Les capacités des deux économies sont différentes, une entreprise issue de l'ESS n'a pas de capital. Pour avancer il lui faut donc décrocher des aides de l'État, de la Région, ou certaines aides reconstituées au niveau du territoire. Cette interaction entre les deux économies ouvre toujours plus les possibilités de travail et de réussite. Ces personnes se lient, se protègent et tentent de démarrer une activité à part entière, ce qui correspond bien à l'esprit du Medef.

Enfin, j'ai poursuivi le travail effectué précédemment s'agissant de la responsabilité sociétale des entreprises. Il s'agit désormais d'une RSE territoriale et non plus simplement de la RSE du Medef.

Mon travail est de continuer à ce que les trois chambres travaillent ensemble pour le bien du territoire. Plusieurs grands schémas économiques sont à redessiner. L'idée étant, avec le Département et les chambres, de recréer de l'économie là où il n'y en a plus. Nous souffrons sur ce territoire de zones où l'activité économique est totalement absente.

Quels sont justement les atouts et les faiblesses du département ?

En termes d'atout, le territoire est riche. Nous avons tous les moyens de produire des richesses avec notamment l'industrie agroalimentaire ou l'aéronautique avec le groupe Safran. L'intérêt de la Seine-et-Marne, qui est un département immense, est de recréer des postes économiques au plus près des territoires, à l'image de la Suisse. Nous devons relancer une économie de proximité avec l'implantation d'entreprises. Nous devons également nous battre pour créer des emplois et accompagner la formation.

Nous subissons par ailleurs une pénurie de médecins. La Seine-et-Marne est l'un des territoires les plus désertés de France, alors qu'elle fait partie de la région Île-de-France. Certaines personnes n'ont pas de médecin traitant, les effectifs étant trop faibles. Pour nous, il s'agit d'un problème économique. Il nous faut développer un territoire qui soit attrayant et en capacité de faire vivre l'ensemble de sa population.

J'estime que l'économie doit être territorialisée. Elle doit s'implanter partout et permettre aux habitants de trouver les moyens d'exister quel que soit leur lieu de résidence.

Le Medef 77 développe ainsi une vraie logique de partenariat avec les associations locales, de façon à accompagner et à mettre en valeur toutes les dynamiques locales. Nous avons notamment soutenu l'association des Vitrines de Nemours et son président, Pascal Martin-Lavigne, suite aux inondations du printemps 2016. Nous avons invité Pierre Gattaz, président du Medef, qui a pu le rencontrer trois semaines après la crue.

Vous évoquez également les difficultés des TPE et des PME face au droit du travail…

La législation du droit du travail est effectivement complexe, mais c'est principalement le volet procédural qui pose problème. Certains chefs d'entreprise sont condamnés, non pas sur le fond, mais simplement parce qu'ils ont commis une erreur de date. Si un patron qui licencie de façon incorrecte est condamnable, celui qui fait une erreur procédurale ne devrait pas l'être. C'est une aberration, la procédure prime sur le fond. Ces entrepreneurs n'ont pas toujours la capacité de payer un avocat 5 000 euros, surtout lorsqu'ils génèrent un chiffre d'affaires annuel qui n'excède pas 200 000 euros.

Même chose avec le plafonnement des indemnités prud'homales. Ce ne sont pas forcément les indemnités qui sont en question, mais les condamnations qui résultent d'une violation de procédure.

« Le vivre ensemble restera toujours la clé de voûte de nos projets. »

Le Medef s'est-il concrètement emparé de cette problématique ?

L'un de nos rôles est de protéger et de défendre au maximum les entreprises devant le législateur, face à ces erreurs de procédure. Nous avons mis en place des outils particuliers sur ces problématiques, avec le lancement en 2016 d'un atelier spécial TPE, animé par des professionnels des services juridiques, sociaux et des ressources humaines, de manière à accompagner concrètement les petites entreprises. Il s'agit ici de la même logique que celle du compte pénibilité ; une mesure nécessaire, mais détournée de sa vocation première. Son application est rendue impossible en raison du contrôle permanent qu'il faut mettre en place pour chaque poste de travail. Par conséquent, notre rôle est primordial. Je rappelle d'ailleurs que selon la « première mesure de l'audience de la représentativité patronale », le Medef est à nouveau le premier syndicat patronal de France. Nous représentons 71 % du poids salarié des entreprises françaises. Sur cette représentativité, 95 % des entreprises sont des PME.

Quelles sont vos méthodes ?

Il y a de nombreux réseaux en Île-de-France. La pénétration des Medef territoriaux est donc plus compliquée que dans d'autres territoires. En revanche, la qualité du mouvement tient à son animation. Notre équipe technique le confirme. Sur le terrain, les chefs d'entreprise adhèrent au côté humain et à la proximité que j'ai voulu instaurer. J'ai développé une série de réunions, les « déjeuners du réseau », qui se font à la rentrée de septembre, en janvier et en juin. Nous essayons d'optimiser la bonne humeur et la confiance de ces chefs d'entreprise, en les connectant afin qu'ils puissent s'entraider. Ces réunions permettent également de leur redonner la fierté d'être entrepreneurs en les sortant de leur isolement.

Vous avez consacré votre soirée annuelle à l'industrie du futur. Pourquoi ?

Il y a eu des impasses terribles à ce niveau. Ce secteur s'est détérioré rapidement en France, alors qu'il a résisté dans d'autres pays. J'ai donc voulu, lors de notre soirée annuelle, profiter du rebond offert par la prise de conscience des Pouvoirs publics. Je rappelle qu'un emploi créé dans l'industrie en génère quatre. Au-delà du département, nous avons besoin de développer cette manne industrielle à travers toute l'Europe. Cette démarche permet de sécuriser l'emploi sur le territoire français. J'ai d'ailleurs constaté que beaucoup d'industriels réinvestissent pour venir au soutien de leur territoire.

Qu'attendez-vous de la politique du nouveau gouvernement ?

Je suis dans l'expectative. Nous avons besoin de stabilité, notamment au niveau de la fiscalité. L'impôt sur les sociétés est souvent critiqué, mais il est seulement de 15 % pour les TPE/PME. En revanche, le poids fiscal des collectivités territoriales tend à devenir trop important. De mon point de vue, la problématique de l'impôt sur les sociétés est un leurre.

Quelle est la nature des projets que vous allez développer ?

Nous allons travailler dans la continuité de ce que nous avons réalisé, en intensifiant l'interaction entre l'entreprise et la société. Dans l'avenir il faudra continuer à simplifier les relations entre l'entreprise et l'État. Ces cinq dernières années, nous avons passé notre temps à la défendre. Il faut passer les cinq prochaines à la mettre en œuvre.

À la rentrée, nous allons multiplier les visites de certains sites pour faire découvrir les savoir-faire de la Seine-et-Marne. Nous allons également lancer un groupe de travail sur les innovations numériques et sur l'industrie du futur.




philippe CHARRESSON
Journaliste

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