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Jacques Drouhin, président des Maires ruraux : « Continuez de vous battre par tous les moyens »

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Jacques Drouhin,  président des Maires ruraux : « Continuez de vous battre par tous les moyens »
© MSM

Élu maire de Flagy en 2008, Jacques Drouhin s'est dès le départ donné pour objectif de prouver qu'il est encore possible de faire du développement culturel, économique et environnemental dans les communes rurales.

Il a parallèlement réuni les forces vives du département avec la création de l'Association des maires ruraux de Seine-et-Marne (AMRF 77), pour défendre et promouvoir les territoires ruraux à une échelle plus large. À l'heure de quitter la mairie de Flagy après deux mandats bien remplis et de laisser son siège de président de l'AMRF 77, Jacques Drouhin dresse un bilan positif de son action. Loin de se laisser décourager par un contexte qu'il juge défavorable, l'édile ne manque pas d'évoquer les projets d'avenir qu'il est possible de développer dans les territoires ruraux. C'est à ce titre qu'il va notamment lancer une « Université pour tous rurale » avec l'appui de la communauté de communes de Moret Loing et Orvanne. Une première en Île-de-France.

Quels étaient vos objectifs avant d'aborder ces deux mandats à Flagy ?

Lors de ma prise de fonction, j'avais fixé trois priorités : le plan environnemental, le plan culturel et le plan économique. Je dirai, que ces objectifs ont, d'une manière générale été atteints. J'ai fait en sorte que nos projets apportent du bien-vivre à Flagy. Il me semble, au travers de la réaction de nos concitoyens, que j'ai œuvré très positivement. Certains regrettent que j'arrête, mais j'ai toujours dit que je ferai deux mandats. J'ai consacré toute ma vie d'élue à mes concitoyens, soit 12 heures tous les jours pendant 12 ans, en délaissant un peu trop souvent ma famille, il était temps de m'y consacrer.

À travers mon action, sur le plan environnemental ou patrimonial, j'ai eu l'occasion de mettre l'accent sur le fait que nous avons un bel environnement. Il est très souvent ignoré. Au contraire, lorsque l'on a la chance de posséder un si beau cadre, il faut le valoriser.

J'ai donc voulu réaliser un diagnostic durant mon premier mandat. Pour cela, j'ai fait appel à des universitaires qui ont pu analyser comment le village avait évolué durant ces 50 dernières années. Nous nous sommes aperçus que nos concitoyens se rendaient essentiellement vers la butte de Flagy, au détriment d'autres espaces. Suite à ce constat, nous avons donc aménagé des circuits de randonnée, très ludiques, pour que les Flagiens se réapproprient ces zones moins fréquentées. Autre exemple, nous avons été précurseurs sur la restauration écologique de l'Orvanne sur deux
kilomètres. Nous avons obtenu l'appui financier de l'Etat et de l'Agence de l'eau Seine-Normandie, qui a estimé qu'il s'agissait d'un modèle reproductible. De la même façon, ce sont les habitants qui fleurissent eux-mêmes le village et leur implication a permis de les responsabiliser. Nous avons beaucoup moins de vandalisme et de dégradations. Nous allons également tendre vers l'obtention de la troisième fleur (des Villes et Villages Fleuris, NDLR).Pour une commune de 660 habitants ce n'est pas rien.

Flagy va aussi connaître la réalisation d'un projet unique en France. Nous avons une rue très minérale, avec des poteaux électriques, qui vont être transformés en éléments de décor. Il s'agit donc souvent d'approches uniques, ce qui explique sans doute pourquoi les Flagiens ont apprécié mon action.

Vous avez aussi agi sur l'économie et la culture ?

Il n'est pas possible de travailler seul, donc, avec l'aide des 14 associations du village, nous avons développé de nombreux projets culturels. C'est le cas des Apéro-concerts prévus une nouvelle fois cette année durant les mois de juin et juillet. Ces événements déplacent entre 800 et 1 000 personnes tous les vendredis. J'aime à dire que la culture et l'économie vont de pair, dans la mesure où nous avons démontré que cela avait un réel impact économique sur le petit commerce. C'est aussi le cas avec le Festival Paradisio, qui fait suite au film Bonne Pomme, qui a été tourné en présence de Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Suite au succès de la première édition, nous repartons pour une deuxième aventure, qui entraînera de nouvelles retombées financières. C'est le même procédé pour les Classiques du vendredi de septembre, qui permettent de faire travailler pas mal de monde.

De la même façon, en tant que président des Maires ruraux (association des maires ruraux de Seine-et-Marne), j'ai participé à une conférence sur Paris intitulée “inégalité des territoires face au chômage et à la création d'emploi, quelles solutions ?”. J'ai notamment évoqué la façon dont il est possible de créer de l'emploi à travers le développement du maraîchage bio et de la viticulture en Seine-et-Marne.

Auriez-vous des exemples ?

Je citerai notamment la création, à Saint-Pierre-lès-Nemours, il y a deux ans, par Etienne et Hélène Falise, du Village Potager, qui abrite une ferme maraichère bio, un gite rural, un village équestre et permet de pratiquer une série d'activités (piscine, VTT, balades à cheval…). Le Village Potager, c'est aujourd'hui 10 salariés à temps plein et en CDI. Autre exemple, au Clos de Nonville, le propriétaire a créé un potager et un verger bio, puis planté 7 hectares de vigne. Et il ne va pas s'arrêter là : la viticulture connait un fort développement en Seine-et-Marne, avec des vrais professionnels. Sur le territoire on trouve également de plus en plus de petits magasins qui proposent beaucoup de produits locaux, la greffe est en train de prendre contrairement au passé.

Comment a évolué votre activité ?

Je le dis souvent, peu importe que les circonstances soient favorables ou pas, il faut toujours être dans cette esprit d'initiative, avec cette notion de la prise de risque. Il faut croire à son projet, même si depuis 10 ans tout a beaucoup évolué au niveau législatif et que l'Etat ne nous a jamais fait de cadeaux et nous en fera encore moins. Il est vrai que ça fragilise de plus en plus les territoires ruraux, mais si l'on veut encore exister demain, il faut aussi démontrer un savoir-faire. Pendant ces deux mandats, j'aurai fait la démonstration qu'avec des moyens très modestes et une grosse dépense d'énergie, c'est aussi pour cela qu'il me faut arrêter ! Il est possible de révéler tout notre potentiel de développement économique et culturel, puis d'attirer des habitants grâce à de la création d'emplois.

Certains maires se plaignent de ne plus avoir les moyens d'agir. Comment faire ?

Si on continue en ce sens, effectivement il y aura de moins de moins de maires de mon profil, qui sont prêts à tout donner. Si nos 36 000 communes s'effacent peu à peu du paysage au profit des intercommunalités, de gros monstres froids prendront le pouvoir. Et malheureusement, on supprimera cette proximité qui était absolument essentielle pour nos concitoyens. Je dirais aux maires qui poursuivent :
« continuez de vous battre par tous les moyens ». Pour moi, les intercommunalités ne sont pas l'avenir, mais il faut le démontrer tous les jours. Et en même temps, en tant que vice-président chargé de la culture à communauté de communes de Moret Seine et Loing, je fais tout pour que la ruralité soit suffisamment représentée. C'est à ce titre que j'ai proposé à Patrick Septiers, qui a d'emblée fortement apprécié l'idée, de créer une « Université pour tous rurale « qui concernera quatre communes. Il s'agira d'une première en Île-de-France en zone rurale. Il en existe déjà dans des zones urbaines, comme à Melun (l'université inter-âges, NDLR).

Beaucoup de maires souhaitent arrêter…

Ce qui m'inquiète, c'est de savoir quels seront demain les moyens des maires ruraux. Cette liberté de parole que nous avons au niveau des intercommunalités pourrait disparaître. Quand il s'agira de voter, nous serons toujours minoritaires face aux communes urbanisées. C'est un gros danger qui se profile et si nous allons dans cette direction, beaucoup de maires seront découragés de voir que leurs projets ne sont pas validés. Il faudra nous battre avec vigueur pour continuer à exister. Sauf si le Gouvernement finit par comprendre que nos 36 000 communes font partie intégrante de notre identité.

Concernant l'AMRF 77, votre successeur est-il déjà désigné ?

Non, le bureau élira fin mai mon successeur.

Quel bilan tirez-vous de cette action ?

Quand j'ai créé l'association il y 10 ans, nous étions 20 maires, aujourd'hui nous sommes 140. Avec là aussi des moyens financiers extrêmement réduits. Malgré cela, nous avons gagné une certaine légitimité en Seine-et-Marne. Le secteur économique a complètement validé notre association et noue avec l'AMRF 77 des partenariats, comme Orange, Enedis, EDF, GRDF, Dalkia, Engie, la Caisse des dépôts…. Notre souplesse et notre rapidité sont appréciées. Cela démontre bien notre utilité.

Les représentants de l'Etat, les chambres consulaires, les associations d'élus nous reconnaissent également Je suis au comité directeur de l'Union des maires de Seine-et-Marne et des présidents d'intercommunalité et référant ruralité à l'Association des maire d'Île-de-France. Cela montre bien que l'on a besoin des maires ruraux et de son président.

Comment voyez-vous l'avenir ?

À l'association des maires ruraux de continuer de se battre, pour démontrer que nos 36 000 communes disposent d'un réel savoir-faire de proximité.




MSM REDACTION
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