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Jacques Drouhin : plaidoyer pour la ruralité

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Jacques Drouhin : plaidoyer pour la ruralité
© MSM

C'est lors de sa première vie, en tant qu'ingénieur chargé du développement local, que Jacques Drouhin commence à s'intéresser à la vie publique. Il est élu maire de Flagy en 2008 avec son équipe, avec la volonté de démontrer qu'il est encore possible de faire du développement culturel, économique et environnemental dans les communes rurales. Une action qu'il élargit au département lors de la création de l'Association des maires ruraux de Seine-et-Marne (AMR 77). Pour Jacques Drouhin, la solidarité, le partage et le maintien d'un lien étroit entre les élus et leurs concitoyens font partie des clés de la préservation des territoires ruraux.

Comment êtes-vous arrivé à la tête de l'AMR 77 ?

En 2009, j'ai décidé, avec quelques collègues de toutes couleurs politiques que je connaissais à peine, de créer cette association des maires ruraux de Seine-et-Marne. Nous avons commencé par rassembler une trentaine de maires. Aujourd'hui, l'association compte quelque 160 adhérents. C'est un défi presque réussi. Je considère néanmoins que l'on peut toujours faire mieux. Après sept ans, j'estime que nous avons tout de même bien avancé. Le fait d'être apolitique, de s'intéresser uniquement au développement de nos territoires ruraux, de les défendre et les promouvoir, n'est pas une mince affaire, compte tenu des effets de la loi NOTRe. Il est pour nous essentiel, primordial, indispensable, que cette association ait toute sa légitimité dans le département.

Quelle est la place de la Seine-et-Marne au sein de la ruralité française ?

C'est un département très rural, d'abord parce que sa superficie importante couvre 50 % de l'Île-de-France. Ensuite parce que sur les 510 communesde Seine-et-Marne, 448 sont considérées comme rurales, ce qui est énorme.

Pourquoi l'AMR 77 a-t-elle été créée si tardivement ?

Simplement parce que nous n'avions pas connaissance d'une telle opportunité. Nous sommes souvent trop cloisonnés, concentrés sur nos propres territoires. Nous passons ainsi à côté de telles initiatives. J'ai découvert ce réseau dans mes fonctions antérieures, où j'ai appris à connaître ces associations. En cas d'élection, je m'étais donc fixé pour objectif de prendre contact avec l'AMRF (Association des maires ruraux de France) pour créer une entité en Seine-et-Marne. Et nous essaimons progressivement. J'ai aidé à la création de l'association des maires ruraux dans l'Essonne. Une association a également vu le jour dans les Yvelines.


« En tant que président des maires ruraux, je suis très touché d'être sollicité par les médias pour témoigner de la vitalité de nos territoires ruraux. »

Votre dernière assemblée générale s'est déroulée en décembre dernier. Quel est l'objectif de ces réunions ?

Ces réunions sont d'abord l'occasion de nous retrouver. Nous prouvons ainsi la légitimité de notre travail quotidien au sein du département. Nous mettons également en avant des initiatives prises par des maires et par des structures, qu'elles soient lucratives ou non. Nous développons des idées très intéressantes sur de nombreuses questions, de l'économie aux transports, en passant par la culture ou l'éducation. La plupart du temps, ces initiatives sont méconnues. J'estime que les maires ruraux ne savent pas forcément valoriser leurs compétences. Cette assemblée générale est l'occasion de mettre en lumière tous leurs projets. En tant que président des maires ruraux, je m'attache montrer notre savoir-faire. Dans la période difficile que traverse le pays,j'ai à cœur de démontrer que nous ne devons pas disparaître du paysage.Nous cherchons en permanence à faire preuve de créativité. De nombreux maires visionnaires ont une certaine idée du devenir de leur territoire et ils le montrent par leur action au quotidien.

Quelles sont ces projets?

Ces projets, je les ai surtout imaginés dans l'esprit du vivre ensemble. J'ai souhaité que mes concitoyens s'approprient le village. C'est ce qui donne de la vitalité. Nous avons notamment créé des animations culturelles, comme les apéro-concerts, qui déplacent 800 à 1 000 personnes tous les vendredis de juin et de juillet, ou les « Classiques du vendredi », organisés en septembre. Nous essayons également de valoriser le village, dont les plantations sont entretenues par les habitants. Cela passe aussi par la survie de nos commerces de proximité, soutenus par nos concitoyens qui jouent le jeu, tels que la boulangerie, le restaurant et la station-service, l'une des dernières dans les environs. Nous avons également accueilli le tournage d'un long-métrage à Flagy, avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve. Pendant ces deux mois, 300 000 euros ont été injectés dans l'économie locale, ce qui n'est pas négligeable. Nous essayons par ailleurs de développer le tourisme vert, avec des gîtes, des chambres d'hôte, mais aussi de restaurer le patrimoine local en faisant travailler nos artisans. Le rôle du maire c'est de créer du lien, d'échanger en permanence avec les habitants. Toutes ces actions donnent du piment à ma fonction.Avec les adjoints et les conseillers, nous avons réussi à faire vivre notre village et le faire labelliser « village de caractère ».

Quels problèmes affrontez-vous actuellement ?


Nous veillons à ce que nos communes ne se transforment pas en cités-dortoirs. Pour éviter cette catastrophe, malheureusement déjà annoncée dans beaucoup de territoires ruraux, nous devons continuer à travailler d'arrache-pied pour maintenir nos petits commerces. Mais aussi faire en sorte que les habitants trouvent de l'intérêt à rester sur les territoires ruraux. Cela passe notamment par l'animation de nos communes. Il faut donc tout faire pour ne pas couper les dotations de nos associations qui sont notre richesse. Il faut par ailleurs garder une interface avec les services publics, mais aussi les banques et la Poste.Sansces correspondants, notre identité serait menacée. Le risque est grand, nous devons rester extrêmement vigilants.

Vous faites état d'un certain sentiment d'abandon des territoires ruraux. D'où vient-il ?

Il faut tout d'abord rappeler que le cas de l'Île-de-France est particulier. Nous ne subissons pas d'exode rural, mais voyons, au contraire, une arrivée régulière de jeunes familles de la proche banlieue parisienne. Ces dernières souhaitent rester à une distance raisonnable de leur lieu de travail –et c'est un euphémisme. Nous ne sommes donc pas dans des territoires qui se désertifient. Nos communes ont au contraire tendance à grossir, plus ou moins selon le projet des maires concernés. Nous devons rester en capacité d'accueillir ces populations, c'est-à-dire qu'elles y trouvent un certain confort. Nous devons, par exemple, fournir une connexion internet performante, via la fibre optique. Il en va de l'attractivité de nos communes rurales. Il faut, par ailleurs,veiller à ce que nos territoires ruraux ne deviennent pas des lieux de villégiature pour des Parisiens qui ne participeraient pas à la vie de la cité ni faire tourner nos petits commerces. J'ai, dans ma commune, environ 8 % d'habitations qui sont des résidences secondaires, mais je n'irai pas au-delà. Ce serait un risque assez grave. Ces arrivées ne doivent pas se faire au détriment de la vitalité et du bien-vivre de nos communes.

« Je crois que ma présence dans toutes les instances est essentielle pour bien démontrer que nous existons. »

Comment améliorer votre relation avec la Région ?

Nous devons instaurer avec la Région Île-de-France un véritable partenariat. Aller chercher de l'argent est une chose, mais il faut aussi pouvoir travailler sur des projets validés par la Région. Il faudrait que nous puissions compter sur une structure qui nous accompagne, pas uniquement financièrement, mais aussi humainement, matériellement. Je veux aller plus loin, en travaillant en relation directe avec tous ceux qui peuvent nous accompagner sur un projet. Les concitoyens sont perdus, parce que le seul lien qu'ils connaissent, c'est le maire. Qui peut travailler avec moi au niveau de la Région ? Qui peut me rencontrer sur le terrain pour conforter mon quotidien ? C'est cela une Région efficace. Ce n'est pas d'avoir des milliers d'agents, mais des personnes sur qui je peux compter.

Le découpage historique de l'Île-de-France est-il également en cause ?

Depuis les années 1960, il faut savoir que le maillage de la région s'est progressivement structuré autour des réseaux routiers. Ces infrastructures ont établi des frontières bornées par le périphérique, la Francilienne et les grandes autoroutes. Tout cela a modelé le paysage francilien. Il y a une trentaine d'années, la proche banlieue était un lieu de villégiature pour les Parisiens, à Vitry, ou à Bagneux. Avec le développement des transports, les limites de la banlieue ont commencé à reculer. De sorte que nous ferons bientôt partie de la grande couronne, alors que nos communes sont parfois à plus de 85 km de Paris !

Vous évoquiez les transports. Les mesures préconisées en la matière sont-elles adéquates ?

Nous avons le sentiment d'être encore le parent pauvre de ces déplacements, qu'il s'agisse des autocars, ou des trains. Les transports routiers ne sont pas plus satisfaisants pour nos concitoyens. Le paradoxe étant que l'on met de plus en plus de services en place, mais ces derniers ne sont pas vraiment efficaces pour les territoires ruraux. On parle de covoiturage, d'auto-partage, de transport à la demande… La greffe prend difficilement. J'y crois, mais l'efficacité reste à démontrer. Il faut laisser le temps faire son œuvre. Je le constate au quotidien. De nombreuses familles rurales ne maîtrisent pas les TIC comme on peut l'imaginer. Nous devons rester attentifs, écouter ces populations et tenir compte de leurs besoins. Nous sommes dans une société de l'urgence permanente, où tout va peut-être trop vite. Ces gens sont parfois complètement désemparés, déboussolés.

Quel est votre sentiment à l'égard du Grand Paris ?

Je reste très dubitatif. J'ai le sentiment que nous sommes dans la Région Île-de-France sans l'être vraiment. Le Grand Paris est un projet très urbain, qui va engager des moyens financiers très importants et viser à développer une image vivante, attractive. Mais nous nous sentons très loin de cette effervescence. Quelles seront les retombées réelles et l'efficacité de cette ambition sur un territoire composé de plus de 12 millions d'habitants, sachant que la Seine-et-Marne en abrite 1,4 million. Je reste très prudent face à l'impact que pourrait avoir le Grand Paris sur nos communes. Je ne crois pas que nous pourrons profiter de retombées substantielles pour le développement des territoires ruraux. Il existe, par exemple, un projet de parc naturel régional dans le Sud de la Seine-et-Marne, auquel la Région ne donne pas l'élan nécessaire. Concernant la Région comme le Grand Paris, j'ai un avis très mitigé sur leur réelle volonté de faire avancer ce genre de projets. La priorité est aussi d'aller très vite sur le développement du Grand Paris. Je suis très sceptique et je resterai vigilant.

Pourquoi avez-vous souhaité parrainer l'événement « Hôte Fonction », porté par l'association Dirigeantes Actives 77 ?

En tant que président des maires ruraux, j'estime qu'il faut absolument travailler en symbiose avec le monde économique. Nous avons évoqué la Région, mais bien sûr, il faut trouver d'autres partenaires, tels que ce réseau de femmes dirigeantes, ou encore Ensemble 77, les CCI… Tous ces organismes ont la possibilité de nous aider au quotidien et nous leur rendons bien. Nous avons besoin de nous appuyer sur des compétences extérieures. C'est pour cela que je suis très heureux de travailler avec Dirigeantes Actives 77. Elles ont besoin de nous comme nous avons besoin d'elles.

Comment envisagez-vous l'avenir ?

Jusqu'au bout de mon mandat, je ferai la démonstration qu'il est possible de monter, avec des moyens très modestes, des projets qui ont du sens pour mes concitoyens. Je sais ce dont ils ont besoin. Si cette écoute et cette proximité avec eux nous sont retirées, nos territoires ruraux deviendront hélas de vrais dortoirs sans intérêt pour nos jeunes familles.

Les territoires ruraux et la Présidentielle

« Je n'ai pas entendu beaucoup de candidats parler de la vraie ruralité, celle que nous vivons. Le maire rural pourrait être plus largement reconnu, compte tenu de son action particulière. Il faudrait également travailler plus efficacement en matière financière. Emmanuel Macron prévoit de supprimer la taxe d'habitation, pour la compenser par une subvention de l'Etat. Cette mesure signifie que l'on va nous dépouiller un peu plus. Les intercommunalités perdent en efficacité, du fait de cette même réduction de leur dotation, alors que la loi leur octroie toujours davantage de compétences. Ces évolutions, avec une Région pilote et des intercommunalités XXL, ne vont pas vraiment dans le bon sens. Il se pourrait que nous dépassions le stade des revendications… »




Quentin CLAUZON
Journaliste

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