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Incinérateur de Vaux-le-Pénil : le combat de Pascale Coffinet

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Incinérateur de Vaux-le-Pénil : le combat de Pascale Coffinet
© Flickr

Pascale Coffinet, ex-maire de la petite ville de Maincy, est l'homologue seine-et-marnais, de la célèbre Erin Brokowitch. Engagée avec Corinne Lepage depuis une quinzaine d'années dans une bataille contre les pollutions causées par l'incinérateur de déchets de Vaux-le-Pénil, situé à 1 km de sa commune, elle nous raconte où en est ce combat judiciaire.

Pascale Coffinet s'est emparée du dossier dès 1999 « au moment de l'enquête publique concernant la demande d'autorisation d'exploiter le nouvel incinérateur », lorsqu'elle n'était pas encore maire mais membre de la commission environnement de Maincy. « C'est à ce moment-là que nous avons eu accès à des chiffres qui montraient une pollution absolument colossale », explique-t-elle.

Ce sujet l'a « tout de suite interpellé », et pour cause, l'incinérateur émettait alors 2 260 fois les normes autorisées en rejets atmosphériques !

Après avoir convaincu le maire de l'époque de l'ampleur du problème, ils « ont décidé d'aller consulter Corinne Lepage ».

Pascale Coffinet a ensuite essayé de tout faire pour que l'incinérateur (ancien comme nouveau) ferme et que les victimes (décès et nombreux cancers) soient dédommagées.

« Cette femme formidable a fait tester les œufs de la commune et le sang de ses habitants, en commençant par le sien, à ses frais, pour prouver qu'il y avait un problème », confie Corinne Lepage.

À l'époque, ces analyses étaient non seulement très complexes mais aussi coûteuses (750 euros par analyse). « Il n'y avait pas de laboratoire agréé en France, j'ai dû aller au laboratoire Cart à l'université de Liège et demander qu'une personne assermentée assiste à la prise de sang », précise l'ex-maire de Maincy.

Les résultats sont sans appel, les taux de dioxines crèvent le plafond. Les œufs contiennent 77 picogrammes WHO-TEQ/g de graisses de dioxines alors que la réglementation européenne en interdit la consommation au-delà de 3 pg, et le sang contient 41 pg WHO-TEQ/g de lipides contaminés, alors que la moyenne française est de 16,5 pg.

Procès contre les dioxines

Si la toxicité des dioxines ne fait plus aucun doute aujourd'hui, c'était loin d'être le cas dans les années 2000. Pourtant, la Convention de Stockholm, signée en 2001, les classe parmi les dix substances chimiques les plus dangereuses et les plus toxiques de la planète. Elles sont désormais estampillées cancérogènes n°1 par l'OMS et considérées comme des perturbateurs endocriniens puissants.

Un véritable combat commence alors. « L'État n'a rien fait ! », s'exclame Corinne Lepage. Pire, lorsque Pascale Coffinet, devenue maire de Maincy, édite un arrêté municipal d'interdiction de consommation des œufs produits sur sa commune pour protéger les riverains de risques sanitaires, le préfet lui demande de le retirer sous peine de contentieux. Ne cédant pas à la menace, l'édile se lance alors dans le combat judiciaire.

Début 2003, elle crée l'Avie (Association des victimes de l'incinération et de leur environnement) avec des Maincéens soucieux de la défense de la santé des riverains des incinérateurs de Vaux-le-Pénil, finançant des analyses complémentaires pour consolider le dossier. La plainte déposée en 2003 par la commune (défendue par Maître Lepage) a donc été rejointe en 2004 par les riverains membres de l'Avie (défendus par Pierre-Olivier Sur). Bizarrement, aucune autre commune ne s'est portée partie civile, hormis Vaux-le-Pénil qui a finalement retiré sa plainte en 2016.

Il s'agit d'un combat de longue haleine puisque le procès a débuté il y a 17 ans. Du 27 novembre au 11 décembre dernier, l'affaire a été entendue par la 31e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris.

« Ces audiences sont venues à un moment que je considère comme un point de rencontre entre l'opinion publique, la justice et un réel problème environnemental », témoigne Pascale Coffinet, pressée de connaître le verdict.

« C'est la première fois que se plaide en France un procès sur les incinérateurs », précise Corinne Lepage. Après une étude minutieuse d'éventuelles pollutions causées par des incinérateurs en Europe, Pascale Coffinet « n'a trouvé aucun cas aussi dramatique ».

Toujours à la tête de l'Avie mais plus de Maincy, elle suit toujours cette affaire de très près « pour la commune et les riverains » et poursuit son combat environnemental. « Aujourd'hui, les œufs sont toujours interdits à Maincy car inconsommables et on retrouve dans les sols et les toits des poussières contenant 2 000 fois la norme de dioxine autorisée en Europe », déplore l'avocate engagée qui attend avec impatience le jugement qui sera prononcé cet après-midi.




Anne MOREAUX
Journaliste

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