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Guillaume Lefort « Mon premier outil, c'est ma terre »

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Guillaume Lefort  « Mon premier outil, c'est ma terre »
@ DR

Guillaume Lefort est installé en tant qu'exploitant agricole depuis 2010 sur la ferme Laurecourt, à Arville. D'une surface de 250 hectares, cette terre « typique du gâtinais » voit pousser « du blé pour faire du pain, de l'orge de brasserie, des betteraves sucrières, des plantes aromatiques, un peu de soja ou encore de l'œillette ». Engagé dans le syndicalisme dès son installation dans le Gâtinais, Guillaume Lefort a d'abord intégré les Jeunes Agriculteurs (JA 77) en 2011, avant de rejoindre trois ans plus tard la FDSEA 77 et la Chambre d'agriculture de Seine-et-Marne, devenue aujourd'hui une chambre régionale. Elu premier vice-président de cette institution en avril dernier, l'exploitant est l'un des instigateurs de sa transformation. Guillaume Lefort présente cette dernière et revient sur l'initiative #agridemain, dont il préside l'association, et évoque la complexité rarement affichée d'un métier qui évolue avec son temps.

Vous indiquiez être l'un de ceux ayant « poussé » à la fusion des Chambres d'agriculture franciliennes. Pourriez-vous expliciter ?

Avec mes collègues de la Chambre interdépartementale de l'Île-de-France, qui regroupait les sept autres départements franciliens, nous nous sommes rendu compte que nous avions beaucoup de points communs. Nous avions à gérer des typologies d'exploitations, un nombre d'agriculteurs, et des surfaces agricoles assez similaires. Nous n'étions que deux et donc la prise de décision se faisait forcément à l'unanimité. C'est à cette période qu'était mise en place la réforme territoriale (loi NOTRe) et nous avons constaté la montée en puissance de l'échelon régional au détriment du département. C'est dans cette optique que nous nous sommes dits “essayons de construire nous-même une chambre de Région plutôt que de subir un jour un arbitrage “La réflexion a duré presque trois ans, avec une volonté initiale de créer la chambre la meilleure possible, en faisant table rase du passé. C'est ce qui nous a animé durant les trois ans de construction jusqu'à l'année de transition (2018), durant laquelle la Chambre interdépartementale et la Chambre de Seine-et-Marne ont cohabité. Et depuis les élections de janvier dernier et la création effective de la Chambre d'agriculture de la Région Île-de-France, nous avons eu à cœur de renforcer l'accompagnement de nos ressortissants, qu'il s'agisse des jeunes, des exploitants en fin de carrière, de ceux souhaitant développer de nouvelles cultures, de nouveaux modes de commercialisation… Avec une proximité que nous avons souhaité accroître.

Comment s'est déroulée la fusion ?

Le principe de la fusion a bien sûr amené beaucoup de changements. Le turn-over de nos équipes a par exemple été l'un des freins, ces dernières ayant été renouvelées à hauteur de 20 %. Si certains ont souhaité quitter un poste qui ne leur convenait pas, d'autres ont profité de la fusion pour développer des projets qui étaient “dans les cartons “Il y a donc eu un certain nombre de “calages “à faire, mais nous avons relevé un beau challenge, pour essayer d'être plus efficaces. Il existait par exemple un agent en Seine-et-Marne spécialisé dans un certain domaine et nous ne pouvions pas en avoir deux, ce qui pouvait poser problème lorsqu'il était absent. Avec la fusion nous avons pu y remédier de sorte qu'aujourd'hui nous pouvons assurer une continuité de service à l'échelle régionale. Nous avons des spécialistes capables d'intervenir à l'échelle régionale et non plus seulement départementale. Donc cette montée en compétences est intéressante, nous avons des équipes encore plus opérationnelles.

Vous êtes également président d'#agridemain. Pourriez-vous rappeler le principe de cette initiative ?

Cette plateforme a été initiée par une quinzaine d'organisations nationales. Elle a pour but d'accompagner des agriculteurs et de les inciter à communiquer sur leur métier, leur pratique au quotidien. Ils peuvent le faire à tous les niveaux, selon le canal qui leur convient. Nous nous sommes constitués en association en septembre dernier et j'en suis devenu le président.

Avec notre bureau et nos trois permanents, nous avons pour objectifs de faire de nos agriculteurs des ambassadeurs. Au final, qui mieux qu'un agriculteur peut parler d'agriculture ? Mieux vaut convaincre les principaux concernés de parler de leur métier. Nous avons fait notre autocritique. Force est de constater que nous ne sommes pas les meilleurs en communication. Nous avons beaucoup trop longtemps surfé sur nos acquis. À une époque, chacun comptait dans sa famille ou parmi ses proches au moins un agriculteur. Nous n'avions pas besoin de communiquer, il existait un certain lien à la terre. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Comme j'aime à le dire, contrairement à beaucoup de personnes, nos usines sont à ciel ouvert. Tout un chacun peut voir ce que nous faisons et il est donc essentiel d'expliquer notre métier. Nous ne devons pas laisser ceux qui n'y connaissent rien aller interpréter nos pratiques, de manière politique ou “religieuse “De notre côté nous ne parlons que de technique.

Nous sommes des chefs d'entreprise et rares sont ceux qui, comme nous, n'ont pas un budget communication dédié. C'est pourquoi nous mettons en place des événements, des outils, des formations au bénéfice de nos ambassadeurs #agridemain. Il peut s'agir, simplement, de prendre du temps pour échanger avec ses voisins, à l'école, sur un marché. Certains préfèrent communiquer sur les réseaux sociaux, d'autres apprécient le contact humain et communiquent sur leurs terres, sur les événements, lors des fêtes des moissons, etc. Les attentes sociétales sont d'autant plus importantes qu'il faut expliquer notre métier. Et il est essentiel que l'exploitant le fasse au niveau où il se sent le plus à l'aise.

L'idée c'est d'inciter les agriculteurs à agir, mais pas seulement : l'agriculture c'est une grande famille, une filière. Nous avons quatre clés d'entrée pour montrer ce que l'agriculture nous apporte, en matière de production agricole, de protection de l'environnement, d'emploi (nous sommes le deuxième employeur de France après l'artisanat) et en termes d'innovation (nous devons montrer que l'agriculture est un métier qui bouge, qui innove, qui se remet en cause, qui évolue). Nous avons par exemple formé un petit groupe d'agriculteurs pour réaliser une websérie intitulée “rendez-vous en ferme inconnue “à l'aide d'un smartphone. Les consommateurs ont été invités à poser des questions et nos ambassadeurs y ont répondu sous forme de vidéo.


Guillaume Lefort avait reçu sur ses terres l'ex-ministre de l'Agriculture Stéphane Travert.

Quel bilan tirez-vous après trois années de campagne ?

Après trois ans de mise en route et un an de structuration, notre réseau d'ambassadeurs monte en puissance, avec ses quelque 350 membres. Nous sommes partis tout doucement du Nord de la Loire, du bassin parisien et bientôt nous aurons des ambassadeurs dans toute la France et pour toutes les productions.

L'idée, ce n'est pas de faire une marque mais de continuer à inciter les agriculteurs à communiquer, à aller vers le consommateur en général. Il y a souvent un sujet dans les médias sur telle ou telle problématique et il est important pour nous de pouvoir disposer de personnes formées. Nous avons également une liste d'agriculteurs capables de répondre à des journalistes sur des points précis. Il faut que la communication devienne pour les agriculteurs un réflexe.

J'étais il y a quelques semaines auprès des vignerons. Ils ont un contact différent et ont plus l'habitude de communiquer sur leur produit et leur manière de travailler. L'idée, ici, c'est aussi de profiter de leur retour d'expérience, de leur savoir-faire.

La Fête des moissons de Provins, avec 15 000 participants cette année, est l'une de ces vitrines…

Oui, l'événement est historique et en est à sa 49e édition. Nous faisions auparavant un événement local à chaque fin de moisson. L'objectif de ce genre d'initiatives est de remettre en avant ce côté festif et d'en profiter pour créer un moment d'échanges avec nos voisins. Nous ne prenons pas forcément le temps de nous arrêter pour discuter le reste de l'année. J'ai l'exemple d'un voisin, pourtant pas hostile à la profession, qui m'a demandé pourquoi je pulvérisais des pesticides la nuit, “à l'abri des regards “Je lui en ai expliqué les raisons (matériel qui le permet, évaporation moindre du produit…) et il a très rapidement compris. La méconnaissance génère du tumulte, de l'inquiétude.

Nous avons des contraintes que le consommateur ne perçoit pas forcément. Nous ne pouvons pas tous nous mettre au bio : chaque agriculteur doit composer avec son climat, ses terres, sa région. Je ne cherche pas à prêcher pour un mode de travail particulier et je me remets en question régulièrement pour progresser. La réalité est plus complexe que l'image que l'on veut en donner.

Comment voyez-vous l'avenir de la profession ?

Je suis très fier de voir l'une des dernières publicités de Microsoft, qui, pour illustrer l'intelligence artificielle, montre des champs. Nous avons un métier moderne ; je crois beaucoup aux nouvelles technologies pour nous accompagner demain.

Mon Smartphone ce n'est pas juste un téléphone. Il est relié aux sondes de mes parcelles. Elles me préviennent lorsque je dois mettre en route l'irrigation sur mes cultures, de manière à ne pas gâcher d'eau et afin que la plante n'en manque pas. De la même façon des logiciels m'informent de la meilleure période pour protéger mes cultures, en fonction du sol, de l'hygrométrie, etc, pour pulvériser le plus finement possible. Je n'ai aucune idée de ce que sera mon métier au moment de prendre ma retraite mais je suis persuadé qu'il va encore évoluer.

Je trouve génial de pouvoir être conseillé par ces technologies, c'est un complément non négligeable. Aujourd'hui, on nous demande d'avoir de plus en plus de compétence en gestion, en juridique, en technique, en mécanique, en informatique… le fait de pouvoir être accompagné nous rassure et nous permet de rationnaliser au mieux nos interventions.

J'ai la chance d'avoir un métier qui est aussi une passion. Mon premier outil c'est ma terre ; je ne vais chercher à la détruire, je ne pourrai pas en changer donc je n'ai aucun intérêt à saccager cet outil, contrairement à ce que certains veulent faire croire.

Son bilan de la moisson 2019

« A l'échelle de la Seine-et-Marne, la moisson 2019 a été un bon cru en termes de rendement et de qualité. Pour faire de bonnes récoltes, il faut avoir les deux. Et ce, malgré les aléas climatiques, dont le coup de chaud de fin juin et la sécheresse du mois de juillet, qui n'a pas eu trop de conséquences sur les cultures que nous avons récolté (blé, orge). En revanche les cultures de printemps (maïs, betterave…) encore en terre à cette période ont d'avantage souffert.

Sur un plan plus concret, le blé est plutôt de bonne qualité (pour pouvoir faire du pain). C'est un peu moins vrai pour l'orge, qui a des qualités un peu légères en termes de protéine, mais a connu un bon rendement.

J'ai pour ma part réalisé ma meilleure année en blé et en orge sur l'exploitation depuis que je suis installé sur Arville. J'ai largement dépassé mes moyennes sur cinq ans (7 tonnes de blé à l'hectare contre huit tonnes cette année). »

Répartis en cinq collèges (chefs d'exploitations et assimilés, propriétaires fonciers et usufruitiers, salariés des groupements professionnels agricoles et anciens exploitants), les électeurs de la Chambre ont désigné en février dernier Christophe Hillairet pour un mandat de six ans.

Les membres du bureau élus aux côtés du président :

Guillaume Lefort, 1er vice-président

Damien Greffin, vice-président

Frédéric Arnoult, vice-président

Cyrille Milard, vice-président

Arnaud Rousseau, vice-président Seine-et-Marne

Thomas Robin, vice-président Yvelines

Pierre Marcille, vice-président Essonne

Patrick Dezobry, vice-président Val d'Oise

Jean-Claude Pette, secrétaire général Élevage

Damien Radet, secrétaire général Agronomie

Laurence Fournier, secrétaire générale Territoires

Luc Janottin, secrétaire général Environnement

Hervé Billet, secrétaire général Economie-filières

Christophe Lerebour, secrétaire général Vie de l'Entreprise

Samuel Vandaele, membre

Stéphanie Bernard, membre

Christophe De Rycke, membre

Jean-Claude Guehennec, membre




Quentin CLAUZON
Journaliste

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