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« Guérard renaît de ses vignes »

le - - Actualité - Grand témoin

« Guérard  renaît de  ses vignes »
© MSM - Daniel Kiszel, auprès de quelque 3000 pieds de vigne.

Daniel Kiszel a passé ces 15 dernières années à ranimer les coteaux historiques de Guérard.

Tombé amoureux du vin et de la culture de la vigne lors d'une expérience professionnelle à l'étranger, Daniel Kiszel a passé ces 15 dernières années à ranimer les coteaux historiques de Guérard, son village d'adoption. Celui qui est aussi chef d'entreprise a d'abord participé au renouveau de la viticulture francilienne avec les Vignerons franciliens réunis et la structure « Rue des vignes », avant de monter sa propre entreprise d'événementiel et de caviste à destination des entreprises. C'est ainsi que « Vigne EnVie » et la « Maison de la vigne et du vin » de Guérard sont nées en 2014 et 2015, avec pour objectif de participer au rayonnement de ce renouveau viticole par le développement de l'œnotourisme.

L'histoire viticole de Guérard s'inscrit-elle plus largement dans celle de l'Île-de-France ?

On l'a oublié, mais jusqu'au XVIIIe siècle la vigne en Île-de-France était la première vigne mondiale, avec 52 000 ha (contre 24 000 en Bourgogne et encore moins dans le Bordelais). Du XIIe siècle au XVIe siècle les meilleurs vins étaient produits en « territoire françois », soit l'équivalent actuel de l'Île-de-France. Il s'agissait d'un blanc que l'on voulait gras et le plus limpide possible. On a trace de la vigne depuis juin 1232 à Guérard, d'après le cartulaire (l'inventaire des curés) de l'abbaye du Pont-aux-Dames.

Ce texte indique que le seigneur de Guérard donnait en perpétuelle aumône (en impôt à vie) au curé de Saint-Germain-des-Prés 3 000 litres de vin par an. Ce qui explique l'importance du vignoble guérardais, qui est devenu la plus grande production de vin à l'Est de Paris.

En témoignent le frontispice de la mairie orné d'un Bacchus, l'église dont les chapiteaux sont coiffés de vignes et de grappes et où l'on y trouve les trois saints viticoles (Saint Vincent, Saint Marc, Saint Blandin). Ce travail de recherche nous vient en majorité de l'historienne et médiéviste Claude Gauvard.

Les coteaux privilégiés étaient situés à Monthérand, « les Terres blanches », et au Charnoy, « les Hautes Vignes » ou « les Mortbouts », selon le plan d'intendance de Louis XVI établi dès 1 787 pour la commune. Tout le village vivait de la vigne et du vin, qui était acheminé, par le port de Tigeaux via la Marne puis la Seine, vers Paris. Guérard était connu pour être le village le plus productif du Nord de la Seine-et-Marne, avec quelque 314 ha de vigne.

Progressivement, les paysans se sont de plus en plus concentrés sur des cépages teinturiers (qui apportent de la couleur). Nous avons perdu en qualité à partir de ce moment-là. Puis le rafraichissement climatique survenu au XVIe siècle a favorisé l'implantation de maladies en Île-de-France comme le mildiou et l'oïdium. Les vignerons ont alors commencé à faire remonter des vignes de l'Yonne et de la Haute Bourgogne.

Une carte d'état-major de 1820 atteste également de la présence de la vigne à Guérard. Le village compte en 1845 quelque 400 hectares, contre seulement quelques arpents de terre dans les années 1970. 1893 est une autre date importante qui marque la fin de la culture de la vigne à Guérard, qui est d'ailleurs aussi le seul village à posséder une stèle dédiée à la mort de la vigne, « la plaque du phylloxéra ». Cet insecte, comparable au termite et transporté par bateaux depuis l'amérique vers le port de Bordeaux, s'est attaqué aux pieds de vignes et s'est propagé sur tout le territoire.

Comment votre aventure viticole a-t-elle débuté ?

Ce désir de voir renaître la viticulture à Guérard est issu d'une passion, qui a commencé pour moi alors que je travaillais en aménagement du territoire en Amérique du Sud, où, avec certains coopérants français et hollandais, nous étions férus de dégustation. C'est durant ces années 1980-1982 que j'ai commencé à prendre conscience de l'importance de notre patrimoine viticole en France. Revenu sur notre territoire national, je n'ai eu de cesse de parcourir les vignobles pour mieux connaître le vin, en apprendre les subtilités, les cépages et les secrets. J'ai commencé par planter une vingtaine de pieds de vigne à Saint-Germain-sur-Morin. Mais en arrivant sur la commune de Guérard en 2000, j'ai constaté que sur certains coteaux raisonnaient l'histoire. j'y ai découvert certains témoins comme la rue des Vignes, le chemin des Pecées, (ancien nom des échalas : tuteurs pour la vigne), le ru Moque-tonneau… j'ai donc travaillé au renouveau de ce vignoble. J'ai préparé des terrains en 2002 et j'ai commencé à planter mes premiers pieds de vigne sur Guérard en 2003.

Vous avez ensuite rejoint les Vignerons franciliens réunis…

Au-delà des vignerons professionnels que j'ai pu rencontrer lors de mon temps libre, j'ai en effet travaillé avec les Vignerons franciliens réunis (VFR) à partir de 2001, notamment dans les vignes d'Argenteuil. Puis, en 2006, j'ai créé une société appelée Rue des vignes avec un partenaire. Nous avons planté des vignes pour le compte des municipalités : La Défense, Bonneuil-sur-Marne, Bussy-Saint-Georges, Saint-Prix…

Les communes bénéficiaient de subventions pour replanter des vignes disparues et relancer tout un vecteur associatif.

À Guérard, j'ai personnellement axé notre travail sur la qualité. Nous avons d'abord fait des recherches historiques sur le terroir, des analyses de sol puis choisi nos cépages (chardonnay, pinot gris et noir).

En 2003, j'ai fait une demande d'autorisation de plantation de vignes pour 1000 pieds dans le cadre de vignes patrimoniales.

Avez vous ainsi renforcé le travail de La feuille de vigne guérardaise ?

Oui, l'association « La feuille de vigne guérardaise » a été créé en 2001 par Bernard Chapelin, Pierre Guernigou et Claude Poncet, pour promouvoir, défendre et faire survivre le patrimoine culturel de la vigne guérardaise.

J'en suis devenu membre, en essayant de travailler une vigne de qualité et en continuant de développer ma petite parcelle. J'ai commencé à donner des cours de taille de vigne, d'œnologie ou de dégustation.

En 2012, le président de l'association Bernard Chapelain m'a demandé de reprendre le flambeau. Nous avons travaillé sur la commune et trouvé régulièrement de nouvelles données sur la qualité de la vigne qui y était produite.

Les analyses de sol donnent 39 % de calcaire actif, soit la même proportion que ce que l'on trouve dans les premiers crus de Chablis. Des textes de 1803-1805 indiquent que le vin blanc du hameau du Charnoy se vendait bien sur les marchés de Paris et de Meaux comme un vin de Chablis. Ce vecteur historique et qualitatif revient donc régulièrement, ce qui a encouragé à poursuivre ce travail.

Ce qui vous a mené à construire la Maison de la vigne et du vin en 2015 ?

Oui, j'ai acheté une ruine en 2014 avec la volonté de préserver notre territoire et de renouer avec l'histoire de cette vigne dont nous connaissons désormais la qualité, en invitant d'autres Guérardais à me suivre. Ces derniers ont depuis peu commencé à planter de la vigne sur leurs terrains.

@MSM - Partie caviste de la Maison de la vigne et du vin.

Enfin, j'ai créé en 2014 Vigne EnVie, une société de caviste et d'événementiel, pour développer l'œnotourisme. C'était aussi une façon pour moi de protéger notre foncier et sa qualité, dans la mesure où nous sommes proches de Marne-la-Vallée. Les entreprises mécènes qui nous ont rejoint ont un abonnement à l'année et disposent de leur rang de vigne à entretenir. Au bout de trois années pleines après implantation, l'entreprise peut récupérer un ensemble de bouteilles proportionnel à son nombre de pieds et décoré de son logo. Elle peut ensuite y faire venir ses salariés pour du team building ou des clients pour de l'événementiel. Nous travaillons sur toute la conduite de la vigne et nous suivons ses différentes étapes végétatives, et ce, jusqu'aux vendanges ! Actuellement 32 entreprises ont leur abonnement dans les vignes de Guérard et viennent participer à des ateliers. L'aspect « réseau » est aussi apprécié par les chefs d'entreprises dans les temps difficiles.

Poursuivez-vous, plus largement, une politique de développement durable ?

Les habitants n'ont pas forcément conscience des ressources de leur commune, de son patrimoine historique. La vigne est un vecteur de préservation de notre patrimoine environnemental et de lien social intergénérationnel. Grâce aux plans historiques que j'ai évoqués, nous savons où étaient les vignes et les bois guérardais pour le gibier. Notre démarche est volontariste pour souligner et apprendre aux nouveaux arrivants l'importance de ce patrimoine. Il faut rappeler que Guérard faisait vivre plus de familles à une époque comparable que la commune de Chablis ! C'est pour cela que nous avons souhaité que chaque Guérardais installe des vignes sur son terrain, avec une démarche bio et qualitative. Le Pinot-Noir 2011 a par ailleurs été nommé meilleur vin 2013 au concours des vins d'Île-de-France à Saint-Leu d'Esserent !

Enfin, grâce à ce lobbying effectué depuis 2016, le Syvif (Syndicat des vignerons d'Île-de-France) a réclamé, au-delà du VSIG (ancienne appellation du vin de table), pour la commune de Guérard, au vu de son patrimoine historique et après avoir goûté ses vins, une IGP (indication géographique protégée). Nous nous approchons donc de l'AOP ! Je participe également à la création de la filière viticole d'Île-de-France au niveau de la Chambre d'agriculture. Etant reconnu comme vigneron depuis l'an dernier, je vais pouvoir planter potentiellement 2 hectares de vigne. Le règlement européen 1309 de 2016 et le tout récent arrêté ministériel du 28 février 2018 nous permettent de demander des autorisations de plantation (Guérard était auparavant limitée aux vignes patrimoniales, ndlr).

Nous avons également essayé d'entraîner des agriculteurs, pour leur permettre de reconvertir partiellement leur activité dans une période économique difficile. Je ne cherche pas à me mettre personnellement en lumière : Antoine de Saint-Exupéry a dit très justement que nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, mais que nous l'empruntons à nos enfants. Aussi, je travaille pour que cet instrument nous aide à préserver notre ruralité et afin que cette richesse soit transmise aux générations futures. Il sera alors possible de créer des emplois dans la vigne, notamment grâce à la vente de tous ses produits dérivés, l'implantation de restaurants, de chambres d'hôtes… Le village attire du monde lors des beaux jours ! J'invite donc tous les entrepreneurs franciliens à participer à ce renouveau de la campagne parisienne, avec Guérard et l'oeno-tourisme comme fer de lance du projet de Parc naturel régional (PNR) de la vallée des deux Morin.

Dates clés

2015
Création de la Maison de la vigne et du vin

2014
Création de Vigne EnVie

2017

Conversion des vignes de Daniel Kiszel en vignes professionnelles

2006
Création de Rue des Vignes

2001
Adhésion aux vignerons franciliens réunis

1981-1983
Premiers cours d'œnologie en Amérique du Sud

@MSM - Salle réservée à l'événementiel, Maison de la vigne et du vin.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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