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Friches industrielles : la reconquête est en marche

On recense actuellement plus de 2 700 friches industrielles en Île-de-France, totalisant à elles seules 4 200 hectares (soit l’équivalent de près de la moitié de la ville de Paris).
Friches industrielles : la reconquête est en marche
© Adobe Stock

TerritoiresInfos région Publié le , Clémence Viola et Farid Zouaoui

Depuis bientôt deux ans maintenant, la crise sanitaire accentue cette situation alarmante, obligeant l’Etat à prendre des mesures rapides. Ainsi, dans le cadre de son plan de relance économique “France Relance”, présenté en septembre 2020, le Gouvernement a mobilisé une enveloppe de 589 millions d’euros dédiée à la reconversion des friches industrielles. Il s’agit-là d’un enjeu majeur d’aménagement durable des territoires. Après le succès du premier appel à projets, une deuxième édition du “Recyclage foncier des friches” a été lancée l’été dernier. En Seine-et-Marne, quatre projets ont été déjà retenus (lire encadré). L’objectif est de réhabiliter ces friches pour préserver les autres espaces. Un défi à la fois économique et écologique.

Un lourd héritage

Ces dossiers sont « compliqués à gérer », selon la préfecture de Seine-et-Marne, car les friches sont elles-mêmes difficiles à définir. En effet, il n’existe pas de définition législative ou réglementaire claire à ce sujet. Une friche peut revêtir différentes formes : il peut s’agir d’un terrain nu déjà artificialisé, mais qui a perdu son usage, d’un bâtiment d’habitation à déqualifier ou bien de sites divers (commercial, portuaire, ferroviaire, minier, industriel…). Les cycles économiques font que certains espaces se transforment en friches. « Dans un monde idéal, on pourrait se dire que lorsqu’un industriel part, il pourrait prendre en charge la dépollution de son site », explique Olivier Gerstlé, sous-préfet de Seine-et-Marne en charge du plan de relance départemental. Mais cela engendre des coûts trop importants et nos friches relèvent d’un héritage présent depuis plusieurs décennies parfois ». Le premier appel à projets a ainsi concerné du foncier déjà artificialisé, mais sous-utilisé et qui pourrait être réhabilité de différentes manières (aménagement urbain, relocalisation d’activités, redynamisation de cœurs de ville ou requalification à vocation productive). Ces opérations de recyclage générant le plus souvent des coûts supplémentaires (démolition, dépollution ou restructuration), il s’avère impossible pour les collectivités locales de les assumer sans le soutien de l’État.

Une aubaine foncière

La reconversion des friches constitue un levier dans la perspective du “zéro artificialisation nette” (ZAN), objectif fixé par le Gouvernement, et inscrit dans la loi Climat et Résilience. En effet, les friches représentent un important gisement foncier. D’où l’intérêt d’intégrer leur gestion au plan de relance national. Une première enveloppe de 300 millions d’euros a été ainsi consacrée à leur traitement. Un million d’euros a servi à développer les outils cartographiques permettant de repérer les friches, 40 millions d’euros ont été consacrés à la reconversion de sites industriels ou miniers et 259 millions d’euros affectés à la reconversion de tous types de friches. Les projets accompagnés devront démarrer au plus tard fin 2022, pour répondre aux impératifs de la relance économique. Si le premier appel à projets a accordé une grande place au logement, le deuxième est réservé à l’économie. « Comme les pollutions industrielles lourdes ne permettent pas de refaire du logement, il est intéressant d’utiliser les friches pour développer de nouvelles activités »,
confirme Olivier Gerstlé.

© Clémence Viola - Olivier Gerstlé, sous-préfet de Seine-et-Marne en charge du plan de relance départemental.

Un aménagement durable

Véritable enjeu pour l’aménagement des territoires, la reconquête des friches doit répondre à des objectifs précis : maîtrise de la revitalisation et de l’étalement urbains et limitation de la consommation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers. Alors que l’artificialisation des sols augmente en Seine-et-Marne, il devient urgent de préserver le patrimoine naturel. L’utilisation des friches permettrait ainsi d’éviter de nouvelles artificialisations des sols tout en conservant des espaces à protéger. Une nouvelle vision de l’aménagement de l’espace est donc nécessaire, afin de faire coïncider économie, environnement et citoyenneté. La crise sanitaire a précisément mis en lumière l’importance accordée à la qualité du logement et au cadre de vie. Cette notion de “durabilité” s’impose aussi dans l’accompagnement des projets, selon Olivier Gerstlé : « il est important de traiter ces dossiers de friches industrielles sur une longue durée ». Si la reprise économique donne un coup d’accélérateur a bien des projets, « elle est aussi un moyen de prise de conscience pour les acteurs du territoire », poursuit le sous-préfet. « L’intérêt porté à ces friches permet aussi d’acquérir et de développer des connaissances fines sur le territoire. Tout ce travail nous a permis de nous rapprocher et de mieux collaborer avec les collectivités locales. »

Des acteurs engagés

Cette reconversion des friches industrielles est perçue par de nombreux opérateurs comme une véritable opportunité. C’est le cas notamment d’Aménagement 77, acteur historique dans ce domaine.  « Depuis cinq ans, elle constitue un axe absolument déterminant de notre développement stratégique », affirme François Corre, son directeur général. « Nous renforçons notre cœur de compétences pour être encore plus présents sur ce sujet dans le futur. Après les mutations récentes de l’ancienne centrale à charbon de Vaires-sur-Marne, de la friche ferroviaire, à côté de la gare de Fontainebleau-Avon, ou encore de l’ancien garage Renault à Melun, nous accompagnons de près les territoires bénéficiant des dispositifs proposés par l’Etat et la Région Île-de-France. » C’est notamment le cas avec les candidatures de la commune de Saint-Fargeau-Ponthierry et de la Communauté de communes du Provinois portées par Aménagement 77 et concernant les anciennes usines Leroy et Degond. « Nous avons pu bénéficier d’aides financières très significatives », précise François Corre. Il est fondamental que les territoires utilisent les acteurs opérationnels locaux. Le savoir-faire est à portée de main ! »


© DR - Jean Castex en visite du site de Saint-Fargeau-Ponthierry.

Un nouvel appel à projets

Conscient de l’utilité de cette expertise locale, le Gouvernement a décidé de poursuivre ses efforts, débloquant une nouvelle enveloppe d’un montant total de 650 millions d’euros. 60 millions d’euros vont être consacrés à la reconversion des friches polluées issues d’anciens sites industriels labellisés “Installation classée pour la protection de l’environnement” (ICPE) ou miniers dans le cadre d’un appel à projets national initié par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Le reste de l’enveloppe budgétaire est affecté au développement d’outils de connaissance du foncier (un million d’euros) et au recyclage foncier pour des projets d’aménagement urbain, de revitalisation des cœurs de ville et de périphérie urbaine et pour des projets de requalification à vocation productive (589 millions d’euros, dont 108, 5 millions pour l’Île-de-France). Quatorze dossiers ont déjà été déposés à la préfecture de Seine-et-Marne. Les friches industrielles ont du succès. 

Quatre sites sélectionnés en Seine-et-Marne

En Île-de-France, 46 projets (sur 116) ont été retenus dans le cadre du premier appel à projets. Quatre sont situés dans notre département.  

Saint-Fargeau-Ponthierry. Abandonné depuis 30 ans, l’ancien site industriel Leroy-Henkel-Cooper (13 hectares), centré sur l’usine de papiers peints Leroy, est aujourd’hui classé. Le projet, porté par Aménagement 77, a obtenu 3,7 millions d’euros. Il vise à donner vie à un nouveau quartier. Huit cents logements (25 % de logements sociaux), activités économiques productives, locaux pour TPE-PME, bureaux et commerces de proximité, sont programmés. Le bâti conservera sa forte valeur patrimoniale. Jean Castex avait effectué une visite en mai dernier. « C’est une manière de concilier nos besoins en logements et notre impératif de lutte contre l’artificialisation des sols », avait déclaré le Premier ministre. 

Chelles. Le projet des Arcades fleuries est une opération de démolition-reconstruction de logements collectifs chiffrée à un million d’euros. Trois cents familles devraient être relogées dans 658 logements d’ici 2025. Ces nouveaux bâtiments consommeront peu d’énergie et bénéficieront d’une bonne isolation. Diminuer l’empreinte carbone est un véritable objectif, avec le réemploi des déchets dans des chantiers voisins.

Trilport. La ZAC de l’Ancre de la lune (8 hectares) doit accueillir 500 logements, dont l’aide du fonds friche s’élève à 600 000 euros. Ce programme s’insère dans un projet plus vaste d’écoquartier. Priorité à la végétalisation de l’espace public et à la réduction d’émission de CO2 grâce à l’utilisation du chanvre et du béton.

Longueville. Cette friche de 11 000 m2 est l’une des plus emblématiques d’Île-de-France. Elle symbolise les enjeux que pose ce type de reconversion en milieu rural. En partenariat avec Aménagement 77, des étudiants de l’école d’urbanisme de Paris (EUP) ont planché pendant cinq mois pour définir un programme appelé à supplanter les anciens établissements Degond. Commerces de restauration, gîte d’étape, point d’accueil pour touristes et logements sont envisagés. Un véritable défi, car cette friche occasionne une pollution visuelle et chimique (amiante et taches d’hydrocarbure dans le sol).

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