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Frédéric Timbert « défendons notre patrimoine industriel et social »

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Frédéric Timbert « défendons notre  patrimoine industriel  et social »
@ DR

La crise sanitaire aura permis de relancer le débat sur la désindustrialisation de l'économie française. Les défenseurs de la relocalisation et de la valorisation des produits tricolores font entendre leurs voix. Frédéric Timbert est de ceux-là. Le patron de Timber Productions (entreprise basée à Esmans, près de Montereau, et fabriquant du matériel de pesage professionnel) est également vice-président de l'association Pro France, fondée il y a tout juste 10 ans par Yves Jégo, l'ex-député-maire de Montereau. Chantre du « Fabriqué en France », il propose ses solutions de sortie de crise et revient sur sa rencontre avec le président Macron en janvier dernier.

Comment votre entreprise a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

J'ai mis mes cinq salariés permanents au chômage partiel, car le télétravail n'était pas possible. A titre personnel, cette période m'a permis de reconstruire une stratégie. J'ai déposé deux brevets pour de futurs produits et on a sorti des prototypes.

Avez-vous réussi à limiter les dégâts ?

Oui, car il nous restait du stock que nous avons pu écouler en livrant nos clients. Nous avons donc réalisé 50 % de notre chiffre d'affaires. Depuis début juin, on commence à retrouver une certaine activité. Les salariés ont repris à 70 % et continuent d'effectuer un roulement. Je ferai tout mon possible pour éviter des licenciements, mais il va y avoir en France un contre-choc économique très dur. Il faut continuer à avancer pour sortir la tête de l'eau.

Pensez-vous que cette crise va provoquer une réindustrialisation et favoriser un retour aux circuits courts comme vous le souhaitez personnellement ?

Oui, le Gouvernement a pris les bonnes décisions. Il y a eu une véritable prise de conscience concernant le « Fabriqué en France », la qualité du service et le savoir-faire. Les gens sont beaucoup plus attentifs à ce qu'ils achètent. La désindustrialisation a commencé sous Valéry Giscard d'Estaing. Il est dommage qu'il ait fallu cette pandémie pour se rendre compte qu'il y a des choses qualitatives en France.

Dans ce contexte, comment se définit votre entreprise ?

Nous, on existe depuis 30 ans. On est concepteurs, c'est ce qui fait la différence. On possède un véritable savoir-faire. Avant, on nous demandait « combien ça coûte ? ». Maintenant, c'est plutôt « ça vient d'où ? ». Les choses bougent. On a un produit identifié avec un design, un service après vente (SAV) instantané et des prix abordables. On vend beaucoup à Dubaï et en Afrique francophone. Avec les sous-traitants, on fait travailler au total une vingtaine de personnes pour un chiffre d'affaires annuel de 2, 9 millions d'euros.

Près de dix ans après sa création, quel bilan tirez-vous de la certification Origine France Garantie ?

Cette certification a l'avantage de faire travailler des entreprises françaises et donc de favoriser l'emploi. De plus en plus veulent valoriser leur savoir-faire. Avec la crise sanitaire, on a actuellement entre deux et quatre demandes de certification par jour, ce qui prouve que nous intéressons du monde. Yves Jégo (ex-député-maire de Montereau et président de l'association Pro France, NDLR) a réussi à initier et à fédérer quelque chose sur la durée. Avoir des personnalités comme Arnaud Montebourg (ex-ministre de l'Économie de 2012 à 2014, NDLR) lui a permis de donner un essor à cette certification. Ce sont des ambassadeurs qui s'investissent. Ce n'est ni du cinéma ni un coup politique, ce qui est rare.

Yves Jégo appelle également à un « Grenelle du Fabriqué en France ». Qu'en pensez-vous ?

Il fait du lobbying et il est dans son rôle. Les entreprises doivent aussi gagner de l'argent, mais en France, on n'ose pas le dire. Mieux vaut communiquer sur un produit français qu'asiatique. Les mentalités ont changé et celles des jeunes encore plus. 80 % des jeunes que je côtoie et qui créent leur start-up veulent des produits fabriqués en France. Les 30-35 ans préfèrent le commerce de proximité, car ils sont davantage sensibles aux questions écologiques. C'est quand même beaucoup plus facile d'acheter à côté de chez soi qu'à l'autre bout du monde.

Qui doit impulser ce changement de modèle ?

Pour favoriser l'achat de produits français et changer les mentalités, le seul levier, c'est l'État. Le président Macron et le gouvernement l'ont compris et sont vraiment à l'écoute. Défendons notre patrimoine industriel et social. On doit retrouver une fierté et une âme industrielles. Il n'y a pas de honte à le faire.

En janvier dernier, votre entreprise a représenté la Seine-et-Marne à une exposition consacrée au « Fabriqué en France » organisée à l'Élysée. Quel souvenir conservez-vous de cette invitation ?

J'ai vécu ce moment davantage comme une reconnaissance que comme une consécration. J'ai été fier de représenter le département durant ces deux jours. C'est toujours mieux d'exposer à l'Elysée que dans la salle des fêtes de mon village ! Emmanuel Macron est le premier président à avoir organisé une telle exposition. Bien sûr, il y avait une opération de communication derrière, mais le plus important, c'est que les entreprises aient pu se rencontrer et échanger. Il a parlé récemment de « souveraineté industrielle » et je suis d'accord avec lui, sans le moindre parti pris. Les pays ont besoin d'une identité forte. Le cœur industriel de la France, ce sont d'abord toutes ses PME de moins de 50 salariés. Il faut les aider !

L'inconvénient majeur, ce sont les coûts de production. Comment y remédier ?

C'est un véritable débat de fond. Quand on compare deux produits de qualité équivalente, c'est évidemment le prix qui fait la différence. Mais si on enlève l'empreinte carbone, on arrive à peu près au même coût. Quand un produit fait le tour du monde pour arriver chez vous, ce n'est pas très écologique. On doit donc continuer à valoriser le travail et à former des gens. La formation professionnelle est primordiale. Je préfère avoir des gens formés plutôt que des centaines de travailleurs chinois ou indiens payés 100 dollars par mois.




MSM REDACTION
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