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Frédéric Debove : « L'Institut de droit et d'économie est une très belle réussite »

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Frédéric Debove :  « L'Institut de droit et d'économie est une très belle réussite »
© MSM

Frédéric Debove est docteur en droit privé et maître de conférences. Il dirige l'Institut de droit et d'économie de Melun, une antenne de l'université de Paris 2, depuis 2007. Anciennement directeur des études de l'IEJ, il codirige également le master 2 “droit et stratégie de la sécurité” en collaboration avec l'EOGN (Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale). A l'occasion des 30 ans de l'antenne melunaise, Frédéric Debove revient sur la création d'un institut passé de 200 à 2 500 élèves et évoque les projets, notamment tournés vers l'égalité des chances.

L'institut de droit et d'économie de Melun vient de fêter ses 30 ans. Pourriez-vous revenir sur sa création ?

L'institut a ouvert ses portes en 1987 avec à peine plus de 200 étudiants. Le seul bâtiment attribué à l'université se situait sur le Quai de la Courtille et préparait initialement au Deug (deux premières années de droit et d'économie, remplacées par le cycle licence-master-doctorat). La demande étant forte, nous avons ouvert en 1996 la licence (troisième année). Nous avons aussi développé, lors de mon arrivée, la filière AES (administration économique et sociale). De sorte qu'aujourd'hui nous avons sur place tout le cycle de licence en droit et AES. Les étudiants en économie étant moins nombreux, seules les deux premières années sont préparées à Melun. La troisième année doit être poursuivie à Paris, mais pourrait ouvrir à Melun à horizon cinq ans, les effectifs augmentant chaque année. Au total, ces filières représentent 90 % des étudiants.

L'Institut prépare également à la 1e année de capacité en droit et à deux diplômes en lien avec l'enquête privée. Les étudiants peuvent, par ailleurs, suivre le master 2 professionnel “Droit et stratégies de la sécurité” lancé lors de la période 2002-2003 en collaboration avec l'EOGN (Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale). Nous venons de fêter son 1000e lauréat, après avoir accueilli en moyenne 60 inscrits chaque année durant 16 ans.

Ce qui fait qu'entre 1987 et aujourd'hui, les effectifs ont plus que décuplé : nous avons près de 2 500 étudiants, ce qui est une très belle réussite.

Cela n'a pas posé de problème en termes de capacité d'accueil ?

Nous sommes passés d'une structure unique à quatre implantations aujourd'hui. On peut légitimement penser que nous sommes à l'étroit, puisque 6 000 lycéens avaient formulé l'an dernier le vœu de nous rejoindre. Or, nous n'avons qu'environ 900 places  à offrir (toutes filières confondues). Autant dire que la pression est très forte, surtout sur la filière juridique dans laquelle nous n'accueillons qu'un étudiant sur quatre candidats.

Un agrandissement est-il prévu ?

Certains projets ont émergé, puis ont été abandonnés. Ce que j'aimerais, c'est que nous puissions bénéficier d'un nouvel amphithéâtre, de quelques salles de TD supplémentaires, d'infrastructures sportives, et mieux encore, d'une résidence universitaire intégrée. Les bâtiments actuels sont encore trop éloignés du centre-ville. L'idéal serait de créer un véritable esprit campus sur l'Île Saint-Etienne. Si le centre pénitentiaire venait à migrer vers la périphérie de Melun, la superficie ainsi libérée pourrait utilement accueillir une partie de nos structures universitaires, par exemple.

Quels sont les atouts de cette antenne de Paris 2 ?

Contrairement à d'autres universités récentes qui se trouvent en périphérie de villes (Cergy-Pontoise, Créteil, Evry, etc.), l'Institut de droit et d'économie de l'université Panthéon-Assas est implanté sur l'île Saint Etienne, au cœur du centre-ville historique de Melun, à proximité immédiate des commerces, dans un cadre préservé situé à 10 minutes de la gare. Nos locaux sont modernes et parfaitement accessibles aux étudiants handicapés. Nos amphis ne sont pas bondés. Il existe un certain confort, un certain plaisir à enseigner ici. Quelque 450 000 euros ont été investis dans la bibliothèque pour sa rénovation. Nous avons réduit le fonds documentaire et développé les bases de données. Située à proximité du jardin botanique et de la médiathèque, notre bibliothèque universitaire offre un espace de travail à la fois convivial et parfaitement adapté aux nouvelles technologies de l'information. Par-delà la bibliothèque, tous nos locaux ont été progressivement adaptés aux nouvelles méthodes pédagogiques : la salle informatique a été totalement modernisée et toutes nos salles de travaux dirigés sont équipées de tableaux numériques. Nous disposons enfin d'un restaurant universitaire dont la capacité d'accueil est parfaitement adaptée aux flux des étudiants.

Nos étudiants bénéficient donc de conditions de travail tout à fait exceptionnelles. Au surplus, le coût des études (frais de transport, de logement…) est bien moindre qu'à Paris. Si l'Institut n'existait pas, le coût de la vie sur Paris aurait dissuadé nombre de familles seine-et-marnaises. Nous permettons au plus grand nombre d'accéder à un enseignement de qualité et réputé à l'international. L'université Panthéon-Assas (Paris 2) est en effet la première université juridique de France, ce qui confère à nos étudiants un label prestigieux, à moindre coût.

Votre atout, c'est aussi la proximité ?

Entre 85 et 90 % de nos étudiants vivent en Seine-et-Marne. Et effectivement, la taille de nos effectifs garantit un enseignement de proximité. En travaux dirigés, nous avons rarement plus de 30 étudiants par groupe, ce qui permet aux enseignants de mieux connaître leurs publics respectifs. Avec l'ensemble de mes collègues, nous sommes en capacité de les soutenir et de les recommander. Ce n'est pas neutre en termes d'égalité des chances.

Vous avez d'ailleurs lancé un programme d'égalité des chances en 2010 ?

Oui, Louis Vogel, le maire de Melun, était président de l'université Paris 2. Je lui ai proposé de créer un institut pour l'égalité des chances au sein de notre université. Compte tenu de la diversité du public accueilli à Melun, de sa plus grande mixité sociale (nous avons à 40 % de boursiers, quand Paris en compte 17 %), j'ai trouvé opportun que cet institut soit précisément localisé au sein du centre universitaire de Melun.

Au titre de l'égalité des chances, je dispose ainsi d'une ligne budgétaire pour emmener les étudiants boursiers au théâtre, leur offrir des ouvrages, leur mettre à disposition des ordinateurs portables ou des tablettes. Cela permet de briser des fractures numériques et socio-culturelles. L'institut pour l'égalité des chances bénéficie de tarifs préférentiels, voire de places gratuites pour visiter des châteaux de Seine-et-Marne ou pour assister à des spectacles donnés à la scène nationale de Sénart. L'idée qui m'est chère, c'est de sortir ces jeunes de leur quotidien, de briser la spirale du déterminisme. J'ai très récemment emmené un groupe de 20 étudiants pour assister à la pièce Edmond, au théâtre du Palais Royal, à proximité de la Comédie française. Une place à 50 euros n'est pas envisageable pour un étudiant qui est issu de milieux défavorisés, sans parler d'une place à l'Opéra.

Il faut, grâce à ces actions, que nos étudiants puissent se dire que tout est possible. Je sollicite souvent des parlementaires pour des visites du Sénat, de l'Assemblée nationale. Mes relations professionnelles avec la police et la gendarmerie me permettent également d'organiser des rencontres très privilégiées avec des militaires du GIGN ou des fonctionnaires du RAID. Lorsque je vois des étudiants avec des étoiles dans les yeux, qui me disent « j'étais bas moralement, j'ai échangé avec des hommes ou des femmes d'exception et maintenant je sais ce que je veux faire dans la vie » je me dis que cet institut a décidément toute sa place au sein de notre université. À Melun, le corps enseignant comme les personnels administratifs ont un sentiment d'utilité qui n'existe pas forcément ailleurs avec la même intensité.

C'est le même esprit qui anime, depuis 2015, aux cordées de la réussite?

Avec Stéphane Fraioli, le proviseur du collège Elsa Triolet au Mée-sur-Seine, qui avait organisé un module défense auprès de ses collégiens et de lycéens, nous nous sommes dit que nous pourrions compléter l'offre de formation et sensibiliser les jeunes aux questions de sécurité, leur présenter différents métiers (policier national, policier municipal, gardien de prison, surveillant pénitentiaire, gendarme, douanier…). Nous avons donc lancé cette cordée, qui, comme son nom l'indique, crée une sorte de passerelle entre le secondaire et le supérieur. Stéphane Fraioli animait un module défense le mercredi et j'accueillais les étudiants plutôt intéressés par les enjeux de la sécurité intérieure (contrôles d'identité, déontologie de la sécurité, usage de l'arme, risques psycho-sociaux dans la police, prévention de la radicalisation, statistiques criminelles, sentiment d'insécurité, etc.) le samedi. Le projet a été interrompu l'an dernier, mon collègue et ami Stéphane Fraioli ayant été muté à Longperrier, dans le Nord du département.

Toutefois, nous relançons le projet avec la préfecture et l'inspection académique. L'ouverture est prévue pour janvier 2020. L'idée, c'est d'institutionnaliser le partenariat, qui sera désormais non plus porté par un chef d'établissement qui peut à tout moment être appelé à d'autres fonctions, mais par l'inspection académique. Ce partenariat devrait concerner une dizaine d'établissements proches de Melun (notamment des lycées préparant aux bacs pro métiers de la sécurité). Je peux, de mon côté, compléter l'offre de formation en ayant recours à des praticiens expérimentés comme des magistrats, des commissaires de police, des officiers de gendarmerie, des avocats ou bien encore des détectives privés.

J'aimerais également mettre en place un tutorat, c'est-à-dire associer à chaque élève inscrit un cadre de la fonction publique (un directeur d'établissement pénitentiaire, un sous-préfet, un colonel de gendarmerie…). Ce dernier pourrait « coacher » l'étudiant, lui ouvrir un certain nombre de portes pour des stages, par exemple.

Que deviennent vos étudiants ? Quels sont les taux de réussite ?

Sans pouvoir me baser sur une étude récente, je peux dire que les étudiants de la filière droit qui intègrent les quatre Master 1 et 2 à Paris ont d'excellents résultats. Le niveau d'entrée de nos étudiants n'est pas tout à fait le même qu'à Paris, mais nous arrivons à combler ce retard, les conditions de travail y étant propices. Les étudiants de Melun ont une sorte de niaque, une volonté de s'en sortir qui est bien plus importante que chez les étudiants parisiens. Donc les résultats sont très bons, y compris pour les concours administratifs. Certains anciens de Paris II reviennent un temps à Melun, lorsqu'ils ont réussi un concours de la fonction publique. Ceux qui optent pour une profession libérale sont aussi nombreux à installer leur structure en Seine-et-Marne. Je pense notamment aux avocats et aux notaires.

Le bâtiment Gallieni, face à la gare, va accueillir une PACES. Envisagez-vous des partenariats ?

Il faut donner du temps au temps, la PACES (première année commune aux études de santé) ouvre en septembre prochain. Une fois que la première année sera rodée, il pourrait être opportun de créer, dans un premier temps, des matières à options qui pourraient permettre à des professionnels de santé d'enseigner sur notre site. Par la suite, nous pourrions lancer un diplôme partagé droit/médecine. Mais il nous faudra du temps pour l'élaborer et bien cibler le public visé (un diplôme adressé aux étudiants ? Ou un DU de droit médical adressé tant aux professionnels du milieu médical qu'aux juristes, aux avocats, aux magistrats ?). Nous pourrions imaginer des cours de médecine légale, des options de droit médical ou de droit et responsabilité du médecin, en lien avec des études de médecine.

Quid des synergies ?

En ce qui concerne la mutualisation, si la PACES avait intégré des locaux sur l'Île Saint-Etienne, nous aurions pu mutualiser certaines activités universitaires comme la restauration ou la bibliothèque. J'aurais naturellement préféré que les locaux soient plus proches des nôtres pour créer ces liens que j'appelle de mes vœux, mais qui seront moins évidents compte tenu de l'éloignement du site Gallieni. Cela pourrait changer, dans l'éventualité où la PACES serait déplacée.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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