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Financement des PME : la crise sanitaire rebat les cartes

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Financement des PME :  la crise sanitaire rebat les cartes
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L'Association des journalistes petites et moyennes entreprises (AJPME) vient d'organiser une table ronde réunissant des représentants du monde de l'entreprise et des banques. Elle était consacrée à la situation des PME, impactées par la crise économique, et aux mesures gouvernementales.

L'Association des journalistes petites et moyennes entreprises (AJPME) vient d'organiser une table ronde réunissant des représentants du monde de l'entreprise et des banques. Elle était consacrée à la situation des PME, impactées par la crise économique, et aux mesures gouvernementales.

Trésorerie, investissements, prêts, relations avec les banques : autant de thèmes abordés par les experts ayant participé à la web-conférence animée par l'AJPME et axée sur les conséquences économiques de la crise sanitaire pour les petites et moyennes entreprises.

Le constat

« Il y a eu un énorme élan de solidarité », affirme Anne Guérin, directrice financement et réseau chez Bpifrance. « Il fallait aller vite et sécuriser la trésorerie. » Aujourd'hui, si seulement 4 % des PME sont en grande difficulté de trésorerie, c'est parce que les mesures de l'Etat ont joué un rôle d'amortisseur en finançant ou en reportant une partie des charges des entreprises. Préoccupation première de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), le volet social a également été pris en compte par les Pouvoirs publics. « Face à ce tremblement de terre, il était important de parvenir à financer le maintien de l'emploi et des embauches », souligne Bernard Cohen-Hadad, le président de la CPME Paris Île-de-France. Mais comme l'explique Jean-Marie Thuault, dirigeant du tour opérateur Spots d'Evasion, basé à Nantes et employant une dizaine de salariés, cette crise révèle « un vrai problème de capitalisation dans les entreprises ». Pour lui, « Il faut une réflexion sur le plan national. »

Le succès massif des PGE

Au 7 décembre, 112 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat (PGE) ont été accordés par les banques à 658 000 entreprises de 0 à 5 000 salariés, via la plateforme Bpifrance. Parmi elles, 330 000 ont bénéficié d'un PGE d'un montant inférieur à 50 000 euros et 200 000 ont été rappelées par les agents de Bpifrance lors du premier confinement. Jean-Marie Thuault, qui a contracté deux PGE, tient à souligner leur efficacité : « ils nous ont permis de financer notre survie. » Ces prêts, ajoutés au chômage partiel et aux ordonnances du 25 mars (qui ont offert à sa société la possibilité de proposer un avoir de 18 mois, et non un remboursement, à ses clients dont le séjour a été annulé), ont été « salvateurs », selon son propre terme. Pas question donc d'imaginer un effet d'aubaine lié à l'octroi de ces prêts. « Je n'ai pas d'inquiétudes particulières là-dessus », affirme Hélène de Prévoisin, directrice marché entreprises et institutionnels à la Banque Postale. « Ce sont vraiment des prêts de consolidation. »
Un sentiment partagé par Bernard Cohen-Hadad : « on ne peut pas laisser penser cela. Il y a eu aussi des refus de prêts. Les canards boîteux n'ont pas été soutenus. » Un chiffre le prouve : 60 % des PGE accordés sont des prêts de « confort », c'est-à-dire remboursables en moins d'un an. « Ces PGE ont été sollicités davantage par prudence que par opportunisme », résume Anne Guérin. Ces prêts sont remboursables sur six ans maximum avec un différé d'un an, voire de deux ans pour les entreprises les plus impactées.


Anne Guérin, directrice financement et réseau Bpifrance.

Les autres prêts

Les PGE n'ont pas constitué la seule aide concrète des Pouvoirs publics. Les entreprises ont pu bénéficier également d'autres prêts spécifiques (Rebond, Atout, Résilience et Innovation, notamment). « Les nouveaux prêts qui seront consentis le seront sur 10 ans avec un différé de deux ans », indique Anne Guérin. « On essaie de créer des outils qui incitent à investir. » Des prêts participatifs sont actuellement en discussion au Parlement. « Ils devraient être opérationnels au premier trimestre 2021 pour favoriser les fonds propres », précise la dirigeante de Bpifrance.

Le rôle des banques

Jean-Marie Thuault, dont la société a perdu 97 % de son chiffre d'affaires en novembre, se félicite de voir les banques « jouer le jeu ». « A l'image de la Banque Postale », comme l'explique Hélène de Prévoisin : « nous avons mis en place des moratoires de crédit, la gratuité des solutions de paiement pour favoriser le click and collect, des contrats d'affacturage simplifiés et moins onéreux. Cette crise a permis de montrer que nous étions de véritables partenaires pour les entreprises ». Bernard Cohen-Solal loue également la collaboration active du secteur bancaire : « les banques de réseau constituent la colonne vertébrale de nos entreprises. Nous avons obtenu satisfaction en matière de délais de paiement ». Cet accompagnement se poursuivra en 2021, selon Hélène de Prévoisin : « les entreprises vont avoir de nouveaux défis à relever l'année prochaine. Nous serons là pour les soutenir dans cette transition ».

L'enjeu des fonds propres

A écouter les différents participants à cette table ronde, la question cruciale des fonds propres sera au cœur des préoccupations en 2021. Selon Jean-Marie Thuault, « il est important de transformer les PGE en quasi fonds propres, car il va falloir sortir 25 à 30 % de cash pour les remboursements ». Pour Anne Guérin, la priorité est de « consacrer ces fonds propres aux projets de développement ».
C'est la condition obligatoire pour que la machine économique reparte réellement. D'autres solutions alternatives sont également avancées comme le recours au crowdfunding (financement participatif) ou à des fonds d'investissement. Dans le secteur du tourisme, la création d'un dispositif d'obligations convertibles dans les prochains jours intéresse Jean-Marie Thuault : « j'espère que les taux seront intéressants. Je fais confiance à la responsabilité des chefs d'entreprise ».

L'avenir en question

« Nous allons entrer dans une économie de résilience. Il faudra plus de fonds propres et moins de dettes », annonce Hélène de Prévoisin. « Pour relancer leur activité, les chefs d'entreprise vont devoir faire face à de nouveaux défis comme le financement d'investissements liés à la digitalisation, la sécurité informatique ou la transition énergétique. » La dirigeante de la Banque Postale est rejointe par Bernard Cohen-Hadad, qui estime que cette crise doit être l'occasion pour les entreprises de poursuivre leur transformation digitale à travers, notamment, le développement du télétravail : « en Île-de-France, sur 1, 2 million d'entreprises, 80 % ont des activités de services. Je pense que le télétravail est possible pour 30 à 40 % d'entre-elles ». Toujours selon le président de la CPME Paris Île-de-France, la crise financière de 2008 avait provoqué la disparition de 160 000 entreprises. « A l'époque, il n'y avait pas eu de dispositifs d'accompagnement, précise-t-il. Pour l'instant, il est difficile de connaître les chiffres. Mais si on arrive à 100 000 cessations, ce ne serait pas un bon signal, même si les aides de l'Etat ont permis de garder nos entreprises sous perfusion. » En guise de conclusion, Jean-Marie Thuault ne souhaite qu'une seule chose pour les PME: « qu'il n'y ait pas de troisième vague, sinon cela risque d'être une hécatombe ».


Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris Île-de-France.




Farid ZOUAOUI

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