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Fatouma Diouf, Efitrans : « Il faut investir dans la formation »

le - - Économie - Vie des entreprises

Fatouma Diouf, Efitrans :  « Il faut investir dans la formation »
© MSM

Dirigeante d'Efitrans, société de transport basée à Nangis, Fatouma Diouf est une femme engagée. Elle est en effet un membre actif de la délégation seine-et-marnaise des Femmes chefs d'entreprises (FCE 77).

Quelle est l'activité d'Efitrans ?

J'ai créé Efitrans en 2004. Nous nous efforçons de répondre aux besoins des professionnels et des particuliers dans les secteurs du transport, de l'aménagement de bureaux, du déménagement de site industriel, de l'archivage et du stockage. Nous effectuons tout type de transport, ainsi que la manutention interne sur site. Nous sommes également habilités à transporter des matières dangereuses ; citernes et bouteilles de gaz, notamment.

Quelles difficultés affrontez-vous actuellement en termes de recrutement ?

Nous souffrons d'un manque de personnel qualifié. Les cadres préfèrent évidemment se rapprocher de ces zones plus actives du territoire. Nous avons par ailleurs des problèmes de formation. Nos besoins sont divers et variés, ce qui complexifie la construction d'une offre de formation adéquate.

Concernant les difficultés de recrutement, tous les postes sont-ils concernés ?

Cela concerne effectivement tous les postes. C'est aussi le cas des cadres qui s'attendent à pouvoir évoluer. Dans les TPE-PME, c'est plus difficile, mais en contrepartie un cadre a plus de responsabilités et de reconnaissance. L'environnement de travail est certes agréable, mais ce n'est pas la même chose de travailler à Paris.

Le travail n'est-il pas plus enrichissant au niveau relationnel ?

Pour moi, c'est le cas. Certains de mes collaborateurs le confirment. L'avantage de travailler dans une TPE-PME, c'est la convivialité, des échanges plus fréquents et plus libres. Les relations sont plus humaines. J'ai d'ailleurs un ancien salarié qui est de retour après avoir travaillé pour un grand groupe. Il m'a confié que finalement cela ne l'intéressait pas. Il ne se retrouvait pas dans le système hiérarchique. Nous restons à l'écoute de nos collaborateurs, nous pouvons facilement comprendre leurs demandes.

Quel est le profil de vos employés ?

Nos salariés ont 40 ans de moyenne, sans prendre en compte notre apprenti de 23 ans. Ces collaborateurs plus âgés ont posé leurs valises et savent ce qu'ils veulent. Il en va tout autrement d'un jeune qui se cherche et ne va pas forcément vouloir rester travailler chez nous.

Vous recherchez pourtant à recruter des jeunes ?

Oui, tout à fait. Pour durer, il est nécessaire de prendre des jeunes et de les accompagner pour qu'ils puissent acquérir des responsabilités dans l'entreprise. C'est toujours la formation qui fait défaut. En tant que petite structure nous ne pouvons pas “former sur le tas“. Nous préférons qu'ils se forment préalablement pour ensuite venir chez nous, c'est ainsi que nous pouvons les accompagner.

Pour tout vous dire, je dois envoyer mes jeunes se former à Rungis. Ils n'ont pas encore le permis et doivent être dans leur salle de formation à 8h… C'est très difficile pour eux, étant donnée la distance. Depuis 2004, je n'ai eu qu'un seul jeune de 19 ans qui a fait ce parcours et qui a obtenu son diplôme. L'école permet aux alternants d'avoir leur permis et leur diplôme. C'est une excellente filière. J'ai récemment demandé s'il était possible que des jeunes soient accueillis en internat. Avec cette méthode, nous aurions peut-être pu intégrer des recrues.

Vous disposez pourtant d'un centre de formation local ?

Nous avons effectivement le Centre de formation d'apprentis (CFA) de Nangis, qui est d'ailleurs très bien coté. Il accueille des élèves venus de toute la région, voire même bien au-delà. Mais ce centre est spécialisé dans le bâtiment. Il forme des maçons, des plombiers, ou encore des menuisiers. Ce sont des métiers vraiment pointus, dont nous n'avons pas forcément besoin.

Nos activités demandent beaucoup de main d'œuvre. Dans notre secteur des transports, les entreprises ont besoin de chauffeurs. Les sociétés de logistique, quant à elles, recherchent énormément de préparateurs de commandes, tandis que l'industrie recrute encore d'autres profils. Le CFA de Nangis ne permet pas de répondre à toutes ces demandes.

Et l'action de la Communauté de communes ?

Nous avons bien sûr travaillé avec la communauté de communes de la Brie Nangissienne. Initiatives 77 est aussi venue à notre rencontre, Pôle Emploi a réalisé un excellent séminaire sur Mormant. Mais comment faire ?
Aucun chef d'entreprise ne peut nier que la reprise d'activité est là. Avec le chantier du Grand Paris, la demande augmente. Cette reprise se fait avec des hommes et, pour l'instant, personne n'a trouvé la solution. Pôle Emploi a beaucoup formé, mais n'a pas pu anticiper la reprise et cette nouvelle demande de formations. En plus, les caisses de nos organismes collecteurs sont vides.

Le sujet est réellement complexe. Je suis consciente des difficultés que traversent les décideurs publics, en tant qu'élue à la Chambre des métiers et de l'artisanat. Peut-être serait-il opportun de former une année sur deux un corps de métier bien précis, mais le CFA ne peut former de chauffeurs à l'heure actuelle. Cette formation nécessite des homologations spécifiques.

Il existe également des actions écoles-entreprises. Cela vous aide-t-il ? Est-ce suffisant ?

Tout est possible à partir du moment où les gens sont conscients qu'il faut investir dans la formation. Je reçois une multitude de jeunes en fin d'études ou cherchant à s'insérer dans le milieu professionnel. S'ils ont moins de 20 ans je les oriente automatiquement vers l'alternance. Ce sont souvent des profils qui ont eu une expérience douloureuse de l'école. Je leur explique que l'alternance est une manière différente d'apprendre, plus pratique. Cette expérience est plus valorisée auprès des recruteurs que l'accumulation de petits boulots.

Cela rejoint le sujet de l'employabilité des femmes, qui vous tient à cœur…

Féminiser le transport des marchandise est peut-être l'une des clés. C'est une idée formidable. Je prends souvent l'exemple des bus, qui sont de plus en plus conduits par des femmes. Aujourd'hui on manque de chauffeurs poids lourds. Les camions sont toujours plus automatisés, l'image du camionneur costaud n'est plus d'actualité. J'encourage les femmes à s'investir, comme elles l'ont fait dans les transports en communs. Il faudrait organiser des journées portes ouvertes destinée aux femmes dans les centres de formation des transports. N'oublions pas que les femmes sont les plus touchées par le chômage. Si on les sensibilise très jeunes, ce combat pourrait connaître une belle avancée.




philippe CHARRESSON
Journaliste

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