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Agriculture

Entrepreneuriat agricole : un défi majeur

En juillet 2021, le Gouvernement lançait une vaste campagne de communication dédiée à la promotion des métiers de l’agriculture. Intitulée “Les entrepreneurs du vivant recrutent”, cette campagne mettait l’accent sur l’attractivité du monde agricole.
Les moins de 30 ans représentent 26 % des effectifs chez les maraîchers et horticulteurs, 36 % chez les agriculteurs et 50 % chez les viticulteurs et arboriculteurs
© Adobe Stock - Les moins de 30 ans représentent 26 % des effectifs chez les maraîchers et horticulteurs, 36 % chez les agriculteurs et 50 % chez les viticulteurs et arboriculteurs

ÉconomieVie des entreprises Publié le ,

L’idée était de montrer aux jeunes générations que ce secteur est composé d’entrepreneurs formés, proches de la nature et possède un fort taux d’employabilité. Plus d’un an après, dans un contexte aggravé par le conflit en Ukraine et la crise énergétique, le monde agricole demeure dans l’expectative. La transmission reste notamment une problématique aiguë. En effet, d’ici à 2030, 50 % des agriculteurs partiront à la retraite. Susciter les vocations et encourager l’entrepreneuriat agricole n’a jamais été aussi urgent.

Les métiers du vivant constituent le deuxième secteur pourvoyeur d’emplois en France (3,4 millions d’emplois, dont 1,2 million dans l’agriculture). Actuellement, 70 000 postes seraient à pourvoir. L’émergence d’une nouvelle génération d’agriculteurs est donc une priorité. Cette thématique a animé l’opération “Développer l’entrepreneuriat agricole : il est urgent d’agir !” initiée par les Chambres d’agriculture France et le réseau Initiative France, acteurs majeurs en matière d’accompagnement et de financement des projets entrepreneuriaux agricoles. Le 27 octobre, Sébastien Windsor et Guillaume Pépy, présidents respectifs des Chambres d’agriculture France et d’Initiative France, se sont ainsi rendus dans deux fermes seine-et-marnaises, à La Grande-Paroisse et à Sigy. Le but de cette journée de sensibilisation était de cerner les enjeux entourant le délicat renouvellement des générations dans le secteur agricole.

L’état des lieux

Une étude récente de l’organisme Défi métiers a montré que l’avenir de l’agriculture en Île-de-France (mais aussi en France de façon générale) était lié à la création ou à la transmission des exploitations agricoles. Cette question du renouvellement générationnel va se poser tout particulièrement pour les agriculteurs indépendants. En effet, dans cette catégorie, la part des actifs de plus de 50 ans oscille entre 54 % et 72 %, soit un taux nettement plus élevé que la moyenne francilienne (29 %). À l’inverse, les catégories salariées ont des effectifs beaucoup plus jeunes (les moins de 30 ans représentent 26 % des effectifs chez les maraîchers et horticulteurs, 36 % chez les agriculteurs et 50 % chez les viticulteurs et arboriculteurs). Par ailleurs, de très nombreux métiers agricoles doivent faire face à des difficultés de recrutement. La Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et Pôle emploi expliquent ces tensions par plusieurs raisons : intensité d’embauches (plus les employeurs recherchent des candidats, plus ils doivent réitérer ce processus), conditions de travail contraignantes, non-durabilité de l’emploi, main-d’œuvre disponible trop réduite et décalage entre compétences requises et qualifications des candidats.

© MSM - Isabelle Chanclud, la ferme du Chauchien, à La Grande-Paroisse, présente son exploitation
à Guillaume pépy, président du réseau Initiative france.

Un renouvellement urgent

Cette diminution des effectifs intervient dans un contexte de renouvellement générationnel prégnant pour certains métiers de ce secteur. L’Île-de-France n’étant pas toujours identifiée comme une région agricole, cette perception engendre une “crise des vocations”. Une tendance que confirme plus particulièrement la situation des chefs d’exploitation, dont 30 % d’entre eux ont plus de 60 ans en région parisienne. Dans 40 % de ces cas, aucun départ n’est envisagé dans les trois années à venir. Pis, ce taux n’est pas compensé par une reprise programmée par un coexploitant, un membre de la famille ou un tiers (30 % des cas). Cette crise est alimentée par des conditions de travail difficiles et des revenus faibles et irréguliers pouvant conduire au suicide. Après 65 ans, un tel risque dans cette tranche d’âge est, en effet, deux fois plus élevé que dans la population générale. Les difficultés économiques ne suffisent pas à expliquer cette décision fatale. Viennent s’ajouter l’isolement social, les contraintes administratives, la transmission aléatoire de l’exploitation ou la confusion entre vie personnelle et vie professionnelle.

Les obstacles

Il y a, tout d’abord, la question du foncier. En Île-de-France, son accès peut être difficile pour un repreneur. La faible disponibilité de la terre, en raison de la taille de la région et de sa structuration économique et son coût (le prix de la terre varie selon qu’elle est libre ou louée), expliquent cette situation. L’Île-de-France est ainsi la 4e région française la plus chère pour les terres libres et la seconde région la plus chère pour les terres louées. Pour sa part, la Seine-et-Marne est le département le plus cher pour la location de parcelles. Dans ces conditions, certains repreneurs n’ont pas d’autres choix que de s’éloigner de la région parisienne, afin de limiter leur investissement. L’autre obstacle majeur concerne le degré élevé d’exigence en matière de diplôme et d’expérience. Comme d’autres, les métiers de l’agriculture réclament de plus en plus de qualifications transversales (analyse de données, logistique, numérique, robotique, agroéquipements, finance, bien-être animal, bioéconomie, gestion des risques…). Des connaissances à prendre en considération à l’avenir.

Les leviers à actionner

Pour attirer les candidats à la reprise, on peut miser sur la revalorisation salariale ou sur l’amélioration des conditions de travail des saisonniers et des permanents. Communiquer sur la filière de formation agricole apparaît aussi nécessaire, car les liens entre collèges ou lycées généraux et lycées agricoles sont parfois distendus. Dans cette période post Covid-19, il faut également insister sur l’importance du choix de la reconversion professionnelle. Les métiers de l’agriculture, continuent, malgré tout, d’attirer les jeunes urbains à la recherche d’une meilleure qualité de vie et désirant donner un nouveau sens à leur activité professionnelle.

© DR - Florentin Duret et sa compagne Teresa Garvey ont lancé une activité de maraîchage bio à Villenauxe-la-Petite.

L’agriculture urbaine, la solution ?

Définie comme « tout acte maîtrisant un cycle végétal ou animal se déroulant en milieu intra-urbain (bâtiments, sous-sols ou espaces interstitiels) et faisant le lien avec l’agriculture périurbaine et rurale, ce type d’agriculture se caractérise par une grande diversité de projets. Elle peut combiner production alimentaire et finalité sociale, environnementale ou pédagogique. Avec ses multiples formes et objectifs, l’agriculture urbaine parvient doucement à se faire une place en Île-de-France. Cette meilleure visibilité des métiers du vivant au sein des villes peut favoriser de nouveaux viviers de recrutement et susciter ainsi de nouvelles vocations.

« Il faut qu’on puisse vivre décemment »
ISABELLE CHANCLUD, exploitante agricole à La Grande-Paroisse

Le 27 octobre, plusieurs agriculteurs seine-et-marnais ont participé à cette journée de sensibilisation à l’entrepreneuriat agricole. À commencer par Isabelle Chanclud, qui a ouvert les portes de son exploitation florale à La Grande Paroisse (62 hectares). Il y avait également Marie-Elisabeth Ravasse, exploitante à Nangis (élevage ovin notamment) et Florentin Duret, maraîcher bio avec sa compagne à Villenauxe-la-Petite.

« Dans le cadre de ma reconversion professionnelle, j’ai eu envie de reprendre l’exploitation de mes parents avec mon mari et mon frère. Si l’économie suit, il y aura des transmissions et on pourra attirer des jeunes, mais il faut qu’on puisse vivre décemment de l’agriculture », affirme Isabelle Chanclud.

À Nangis, Marie-Elisabeth Ravasse a repris aussi l’exploitation familiale, soutenue par son fils et sa nièce. Mais pour cette ancienne salariée de la Fédération française de basket, ce type de transmission doit évoluer : « il faut s’ouvrir à d’autres modèles. Pour reprendre une exploitation, il faut être bien entouré. Moi, je travaille avec mon voisin, mes anciens maîtres de stage et des associations. Je suis une sorte de passeuse, je reste optimiste ». Ce n’est pas le cas de Florentin Duret, fils d’agriculteurs et ancien éducateur spécialisé : « cette problématique de renouvellement de générations me préoccupe. Le phénomène d’agrandissement des exploitations est lié à des choix politiques. Il faut relocaliser avec des fermes à taille humaine ».

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