EMMANUELLE HOFFMAN, LAURENT MARTINET « L'EFB doit être au cœur de notre profession »

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EMMANUELLE HOFFMAN, LAURENT MARTINET « L'EFB doit être au cœur de notre profession »
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Emmanuelle Hoffman et Laurent Martinet sont avocats au barreau de Paris. Ils sont également présidents délégués de l'École de formation professionnelle des barreaux de la cour d'appel de Paris (EFB).

Comment est actuellement dirigée l'EFB ?

Laurent Martinet : le bâtonnier, Marie-Aimée Peyron, présidente de l'EFB a souhaité que l'école soit dirigée par une équipe.

Nous sommes, avec Emmanuelle Hoffman, présidents délégués, Pierre Berlioz est le directeur opérationnel, et Aliénor Kamara-Cavarroc responsable pédagogique en charge des enseignements.

Emmanuelle Hoffman : Dans cette organisation voulue par Marie-Aimée Peyron, il était important de disposer d'une structure vraiment opérationnelle, à la fois en interne et vis-à-vis de l'extérieur, afin de donner une force, un rayonnement, une dynamique et une fierté à cette école.

Avec Laurent Martinet, nous sommes complémentaires, lui étant plus spécifiquement en charge de l'international et des partenariats. Pour ma part, je suis en charge de la communication et des relations avec les juridictions avec lesquelles depuis le début de l'année nous avons organisé de nombreuses rencontres pour créer ce lien extrêmement important dès l'école, entre les élèves avocats et les juridictions.

L. M. : En ce mois d'octobre, le propos est de faire un point d'étape, d'analyser ce que nous avons réalisé depuis notre entrée en fonction début 2018.

Que s'est-il passé dès votre prise de fonction il y a neuf mois ? Quelles étapes ont été franchies ?

E. H. : À notre arrivée, la première étape a été de refondre le programme pédagogique. Grâce au travail remarquable d'Aliénor Kamara-Cavarroc, nous disposons aujourd'hui d'un vrai programme professionnalisant avec de nombreux intervenants, des avocats, mais également des magistrats et des personnalités du monde de l'entreprise.

L. M. : Nous ne souhaitions plus qu'il puisse être considéré que l'enseignement de l'EFB était redondant avec celui de l'université. En mettant ainsi en place des enseignements éminemment pratiques, nous avons mené une refonte extrêmement importante du contenu pédagogique.

Nous sommes ainsi à l'écoute des élèves avocats. À ce titre le parrain de l'école, Jean-Michel Darrois, comme il l'avait indiqué dans le cadre de la rentrée intervenue salle Pleyel, réunit régulièrement les élèves avocats pour recueillir leurs observations sur la refonte du programme que nous avons mené. Des remontées nous permettent aussi d'optimiser plus encore la refonte de l'école mise en place dans le cadre du mandat de Marie-Aimée Peyron. Nous pouvons déjà constater un retour positif relayé également dans le cadre du Conseil d'administration par les représentants des élèves.

E. H. : Nous organisons des réunions régulières avec les élèves avocats.

Les retours des élèves avocats sont extrêmement positifs.

Quel est le but de cette refonte du contenu pédagogique ?

L. M. : Notre deuxième mission était de replacer, avec Marie-Aimée Peyron, l'école au cœur de notre profession. L'EFB ne doit pas uniquement être l'école pour les avocats. Elle doit être intégrée à notre exercice professionnel et inversement, que les avocats soient également plus proches de l'école. C'est précisément ce qu'Emmanuelle Hoffman a pris en charge, pour créer tout un maillage entre l'école et notre exercice professionnel. Pour cela, nous avons organisé un ensemble d'événements. L'école est vraiment un point central dans notre exercice professionnel et les élèves en sont déjà partie prenante.

Une école davantage professionnalisante...

E. H. : Exactement. En fait, nous mettons progressivement en place des liens; un lien entre les élèves avocats et les avocats, entre les élèves avocats et les entreprises, avec les magistrats, avec les autres professions du droit. Les différents événements que nous avons mis en place et que nous continuons à organiser, ont vocation à se faire rencontrer toutes ces professions à un moment donné, à l'EFB. Et qu'on arrête de dire – c'est un clin d'œil – qu'Issy-les-Moulineaux, est loin de Paris et inaccessible. Toutes les personnes qui ont assisté aux différents événements et qui ont découvert l'école sont toutes revenues enthousiastes.

Nous avons un retour extrêmement positif de ces rencontres. Notre objectif est que nos événements se déroulent à l'école à Issy-les-Moulineaux, c'est la raison pour laquelle nous avons créé Les rencontres d'Issy, à l'EFB.

Une école qui plus est moderne et très bien agencée...

E. H. : Et très bien placée, à proximité des grandes entreprises... Je vous invite tous à venir la visiter.

L. M. : Lors de notre refonte significative du programme, nous avons renforcé l'impulsion à l'international. Nous faisons à présent pleinement vivre tous les accords internationaux signés par le passé et nous focalisons également notre action sur de nouvelles relations, notamment avec le Québec et l'Allemagne, afin d'amplifier cette dimension très internationale de l'école.

Par ailleurs, vous vous souvenez que des partenariats avec de grandes écoles et des universités avaient été initiés. Ces partenariats, nous continuons à les faire vivre. Nous en avons signé de nouveaux, notamment avec HEC qui dispense des formations diplômantes à nos élèves avocats. Nous affirmons donc cette double dimension, très internationale et très ouverte sur l'extérieur.

Nous suivons ainsi cette double orientation, à savoir la mise en place d'une politique très internationale et d'ouverture vers d'autres professions. C'est pour cette raison que nous avons décidé de créer le premier événement international de l'EFB, précédant la rentrée du Barreau de Paris, lequel aura lieu le 28 novembre prochain.

Au cours de cet événement interviendront à la fois les associations internationales, les cabinets internationaux, mais également les délégations des barreaux étrangers pour qu'ensemble, nous puissions échanger sur les défis de notre profession et les enjeux du numérique dans la formation professionnelle.

Pouvez-vous en dire plus sur ces formations diplômantes ?

L. M. : Il s'agit principalement de formations qui n'ont pas toujours des dimensions juridiques, mais qui visent à proposer une ouverture à nos élèves avocats sur d'autres mondes, tels que la finance ou l'économie. C'est le cas notamment des masters dispensés à HEC dans le cadre du PPI que nous avons reconduit en ce début d'année et qui permettent aux élèves avocats de disposer d'une formation diplômante.

Et ils ont ainsi un master HEC à la clé ?

L. M. : Exactement. Les élèves avocats suivent les mêmes cours que leurs homologues d'HEC. En pratique, nous leur faisons passer des entretiens d'admission comme c'est le cas à Sciences Po, notamment avec Marc Loy responsable de ce master et Brice Martin en charge de l'international afin d'évaluer leur candidature et leur motivation, qui sont après sélectionnés et présentés à HEC.

Pouvez-vous développer les accords avec le Québec et l'Allemagne ? Ce sont des accords avec les barreaux ?

L. M. : Nous avons deux types d'accords. Des accords avec une université ou grandes écoles qui répondent à un cahier des charges pédagogiques et d'autres accords avec les Barreaux qui ont notamment pour objet de faciliter l'accès aux stages ou à un exercice professionnel à l'étranger. À ce titre, nous développons des accords très privilégiés avec le Barreau du Québec, tant sur un plan universitaire que sur un plan ordinal.

E. H. : Comme vous le savez, nous avons un accord entre le barreau de Paris et le barreau du Québec, l'ARM, qui permet une équivalence – que j'ai eu l'honneur de passer – avec un examen essentiellement axé sur la déontologie et la procédure. Nous voulons poursuivre cet accord à l'EFB. Nous voulons donc nous inspirer de l'Arrangement de reconnaissance mutuelle, entre EFB et l'école du Québec.

L. M. : Parallèlement, nous bénéficions toujours des accords qui avaient été mis en place notamment avec les universités de Bengalore, NYU, Berkeley, King's College, Queen, et l'université Saint-Joseph au Liban. Cette année, notre priorité est de faire vivre tous les accords existants, d'en signer quelques nouveaux et surtout, d'ouvrir l'école vers l'extérieur, vers notre barreau, vers d'autres professions, outre, comme l'a dit Emmanuelle Hoffman, de faire découvrir l'EFB à des professionnels du droit et des représentants des entreprises qui n'y sont jamais venus.

E. H. : Nous avons souhaité que les personnalités qui ne sont jamais venues à l'école interviennent notamment lors de nos rencontres et soient ensuite les ambassadeurs de l'EFB.

L. M. : C'est ainsi que nous avons organisé le Campus des avocats dédiés au numérique et aux nouvelles technologies à l'EFB.

Nous avons reçu Madame la Garde des Sceaux qui a inauguré le Lab EFB, lequel constitue un des points d'orgue du programme de notre Bâtonnier. Madame le Bâtonnier a également souhaité que l'incubateur du barreau de Paris soit désormais situé à l'école.

E. H. : Pour revenir sur nos rencontres EFB, il s'agissait de fixer les thématiques. Nous avons organisé la projection du film À voix haute, avec Bertrand Perrier qui a ensuite abordé le thème de l'éloquence. Impossible de ne pas parler d'éloquence à nos élèves avocats. Ce film devrait d'ailleurs être projeté dans toutes les écoles de France.

Nous avons programmé en mars dernier une Conférence sur la transparence, au cours de laquelle sont intervenus Denis Olivennes, Mathias Chicheportiche et le Président Hayat, qui nous a fait l'honneur d'être présent, devant un panel d'avocats, de magistrats et du monde de l'entreprise.

Le 31 mai dernier, une magnifique rencontre a eu lieu à l'école qui a permis de réunir à la même table L'ENM et l'EFB, en présence de son Directeur Olivier Leurent que je remercie à nouveau pour son intervention. L'assemblée était constituée d'élèves avocats et d'auditeurs de justice, l'objectif évidemment est, dès l'école, de se parler, se rencontrer et d'échanger sur les formations. Ce fut un véritable succès que nous souhaitons reconduire.

Nous souhaitons également organiser une rencontre sur le droit public en présence des juridictions administratives.

Pourquoi continuer à se rapprocher des magistrats ?

E. H. : Pour dialoguer, bien sûr. Nous travaillons ensemble pour une bonne administration de la justice. La justice est heureusement toujours humaine. On a inauguré le Lab et développé le numérique mais nous aurons, toujours et c'est heureux, des avocats, des magistrats et des plaidoiries.

Travaillez-vous également sur le dossier de l'interprofessionnalité ?

L. M. : Nous programmons tous nos événements avec la même philosophie : l'ouverture vers l'extérieur. Concernant l'interprofessionnalité, nous prévoyons notamment un rendez-vous particulièrement important, avec un spectre extrêmement large, elle réunira toutes les professions réglementées, juridiques. Il répond au souhait de notre Bâtonnier Marie-Aimée Peyron de réunir tous les professionnels, huissiers, notaires, avocats et d'autres professions réglementées sur cette thématique de l'interprofessionnalité.

Formulez-vous d'autres vœux pour l'avenir de l'EFB ?

E. H. : Notre vœu est de pérenniser les liens que nous tissons actuellement avec les magistrats, avec les autres professions du droit, avec les Barreaux étrangers. Cette école doit cesser de changer de stratégie tous les deux ou quatre ans, à l'arrivée d'un nouveau bâtonnier. Nous voulons mettre en place un cahier des charges, prévenir des choses tellement évidentes qu'il sera difficile de revenir en arrière, pour le bien-être de l'école, des élèves avocats et de la profession. Nous sommes des passeurs. Sans stabilité, sans continuité, nos efforts seront vains.




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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