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Elisabeth Détry : « Nous voyons revenir les clients »

le - - Économie - Vie des entreprises

Elisabeth Détry :  « Nous voyons revenir les clients »
© DR

La présidente de la Chambre des métiers et de l'artisanat de Seine-et-Marne (CMA 77), Elisabeth Détry, fait le point sur l'activité des artisans dans le département. Elle explique également comment l'organisation des chambres franciliennes est modifiée par la loi Pacte.

Que représente l'artisanat en Seine-et-Marne ?

En Seine-et-Marne, nous avons toujours un stock d'entreprises positif. Entre 2017 et 2018 nous avons connu 7 % d'augmentation du nombre d'entreprises artisanales. Au 31 mars 2019, il y avait 25 592 entreprises inscrites au répertoire de la Chambre des métiers. Mais il ne faut pas oublier la part toujours grandissante des micro-entrepreneurs, auparavant appelés auto-entrepreneurs, qui représentent aujourd'hui 30 % du fichier. Les plafonds ayant triplé, nous avons beaucoup plus de micro-entreprises.
Il existe un certain turn-over entre les rentrants et les sortants. Nous avons tout de même moins de radiations qu'auparavant. Ces dernières connaissent une baisse de 7 % (1 861 radiations en 2018). Concernant le personnel salarié, au 31 décembre 2017 nous avions 61 000 emplois et la tendance s'est poursuivie. Nous continuons donc également à être créateurs d'emplois. En ce qui concerne l'avenir, nous avons atteint, sur les trois premiers mois de cette année, plus de 30 % des immatriculations de 2018. Ce qui laisse penser que nous allons largement dépasser l'année précédente et franchir en 2019 le seuil des 4 000 immatriculations. Nous sommes d'année en année en augmentation du nombre d'inscrits au répertoire de la Chambre des métiers.

Combien avez-vous d'apprentis ?

Nous en avons 1 829 cette année, si l'on considère ceux qui sont gérés par la CMA. En ajoutant les 900 apprentis gérés par le bâtiment (comme mes apprentis), on atteint 2 600 apprentis dans l'artisanat.

Vous venez de moderniser le CFA de Saint-Germain-Laval ? Un nouveau CFA devrait ouvrir à Melun ?

Nous avons inauguré en février dernier le nouveau parcours de découverte des métiers à l'IMA (Institut des métiers de l'artisanat) du Pays de Montereau, qui est un CFA de type “ village”. Le but était de créer un parcours de découverte pour que les jeunes puissent voir d'autres apprentis à l'œuvre, grâce à des ateliers vitrés. L'IMA du Pays de Melun, qui devrait être inauguré au mois d'octobre, proposera de monter dans les niveaux de diplômes (en proposant une poursuite d'études jusqu'au BTS et à la licence). Notre cœur de métier, c'est la base, c'est-à-dire le CAP. Les locaux des IMA des IMA des Pays de Meaux et de Montereau, qui font plus de 10 000 m², ne pouvaient donc avoir le même objectif que celui de l'IMA de Melun, qui fait seulement 1 500 m². Ce n'est pas la totalité de nos jeunes qui décident de poursuivre leurs études, mais à Melun nous leur offrirons cette perspective s'ils le souhaitent.

Les chiffres-clés de l'artisanat en Seine-et-Marne

Total d'entreprises : 23 442 au 31 décembre 2017, 25 062 au 31 décembre 2018.
Soit une augmentation de + 6,9 %.

Nombre d'actifs dans l'artisanat (dirigeants et salariés) :
60 834 au 31 décembre 2017, 58 938 au 31 décembre 2016.

Immatriculations : 3 504 en 2017 (la plus grande part de ces nouvelles immatriculations provient des services 46 %, devant le bâtiment 38 %), 3 867 en 2018 (51% pour les services, 34 % pour le bâtiment).
Soit une augmentation du nombre d'immatriculation de 10,35 % entre 2017 et 2018.

Radiations : 1 991 en 2017, 1 861 en 2018.
Soit une diminution du nombre de radiations de 6,5 %.

Nombre d'apprentis : 1 776 en 2018 et 1 829 en 2019.

Quelles modifications vont toucher votre chambre ?

Nous allons appliquer à l'ensemble des chambres ce qui n'existe que dans trois régions sur 13 : nous allons passer “chambre de région” en 2021.

Qu'est-ce que cela implique ?

La politique sera déterminée au niveau régional et non plus à l'échelle départementale. Ce qui fait que je ne pourrai plus conduire une politique qui sera propre à la Seine-et-Marnemais serait obligée d'appliquer la politique régionale. Tous les efforts de proximité que nous avons déployés en Seine-et-Marne ne pourront plus être suivis par les prochaines équipes, faute de ressources. Nous n'aurons plus de budget alloué à chacune des chambres de métiers. Je n'aurai plus d'autorité juridique, financière, pour décider de la création d'un IMA comme celui de Melun. Nous avons été suivis par le Conseil régional parce que nous avons une gestion rigoureuse et nous sommes subventionnés pour les travaux et le matériel pédagogique à hauteur de 80 %. Que ce soit à Meaux à Saint-Germain -Laval et à Melun, lorsque nous disons les choses, nous les faisons et toujours avec une gestion rigoureuse. Nous sommes redevables de la bonne utilisation de l'argent public.

Le sujet qui me pose problème, ce n'est pas de voir disparaître une fonction. Être présidente, c'est une fonction, pas un métier. Je pense à l'ensemble de mes collaborateurs. On ne nous donne pas les règles du jeu, ni la manière dont nous allons travailler.

Nous ne savons pas encore si nous aurons des chambres départementales. On nous parle de “territoires” ce qui est risible pour nous qui en parlons depuis des années. Pour preuve, j'ai déjà des présidents délégués de territoire. Fusionner un territoire, comme celui de la Seine-et-Marne, qui compte 514 communes et par exemple celui des Hauts-de-Seine, qui n'en possède que 39, dans un grand ensemble qui compte 280 000 entreprises, me paraît incomprehensible.

Il s'agit de mon troisième mandat. J'ai toujours eu la chance d'avoir des équipes d'élus et de collaborateurs d'exception qui m'ont toujours suivis. Mais aujourd'hui, je ne sais pas où je les emmène.

Nous nous étions battus contre la fusion des chambres Nord et Sud Seine-et-Marne, la loi est passée et nous nous sommes adaptés. Il nous reste aujourd'hui la possibilité d'écrire notre règlement intérieur.

Nous avons donc décidé avec les élus de Seine-et-Marne de continuer à déployer notre programme. Nous signons de plus en plus de conventions avec les EPCI, de préférence en interconsulaire avec la CCI et la Chambre d'agriculture, pour apporter notre expertise à tous les élus, pour le bien de leurs administrés et de nos entreprises. C'est aussi une manière de passer le relais pour la prochaine fois.

Que reprochez-vous d'autre à la loi Pacte ?

Jusqu'à présent nous avions la charge de la tenue du répertoire des métiers. Cela fait partie de nos récriminations. Nous n'aurons plus la possibilité de vérifier en amont la qualification à l'inscription. Ce sera fait a posteriori et donc de manière moins efficace. Il ne s'agit pas de défendre notre profession, mais d'assurer une certaine sécurité au consommateur. Quelqu'un qui n'est pas qualifié ne peut apporter la même qualité de service. On ne peut pas inventer un métier du jour au lendemain.

Ce à quoi il faut ajouter que le stage de préparation à l'installation n'est plus obligatoire (toujours du fait de la loi Pacte). C'est-à-dire que les personnes vont pouvoir s'inscrire sans avoir au moins cinq jours d'information. Si l'on n'apprend pas à diriger une entreprise en cinq jours, il est tout de même nécessaire d'en apprendre les bases. Les artisans ont peut-être la maîtrise de leur métier, mais tout ce qui concerne la gestion administrative reste complexe. Nous étions là pour cela.

J'ai bien peur que cela ne soit, non pas la fin des chambres de métiers, mais celle de l'artisanat avec ses lettres de noblesse. Peut-être que ce n'est pas définitif. Certains se sont aperçus, avec l'incendie de Notre-Dame de Paris, que des qualifications pouvaient être nécessaires…

Que diriez-vous pour encourager de nouveaux artisans à vous rejoindre ?

Aujourd'hui ce n'est pas tant la création qui pêche, il suffit d'un bon accompagnement. Nous avons enfin réussi à faire comprendre que la transmission était au moins aussi importante que la création. Elle a toujours été mise de côté, du fait de son coût, de sa complexité. De ce côté, les évolutions actuelles ont l'air d'aller dans le bon sens.

Comment voyez-vous l'avenir, en termes d'activité ?

En ce qui concerne l'artisanat lui-même, il existe depuis des siècles et il existera toujours, mais il évoluera. Les clients sont de moins en moins intéressés par les grands centres commerciaux. Nous les voyons revenir. Nous constatons les succès de nos salons d'artisans d'art. Les consommateurs achètent moins, mais mieux. Ils sont globalement très satisfaits de leurs artisans et ont confiance. Nous avons du travail, mais, comme pour les autres secteurs, nous manquons de personnel.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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