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ÉLISABETH DÉTRY : «Nous avons prouvé notre capacité à réagir rapidement»

le - - Actualité - Grand témoin

ÉLISABETH DÉTRY : «Nous avons prouvé notre capacité à réagir rapidement»
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En présence du préfet de région d'Ile-de-France, Marc Guillaume, et conformément aux directives de la loi Pacte, Élisabeth Détry, la présidente de la CMA Île-de-France, entourée des présidentes et des présidents des huit CMA franciliennes, a déclaré officielle la création de la Chambre de métiers et de l'artisanat de région Île-de-France, CMA IdF. Ainsi réunies en un établissement régional unique, les chambres optimisent les services aux entreprises et la performance du réseau, grâce à la mutualisation des fonctions support.

Quelle est la raison d'être de la CMA IdF, qui vient d'être officiellement constituée ?

La force du réseau CMA Île-de-France repose sur l'ancrage territorial et l'expertise des conseillers, que nous voulons proches des entreprises. En ce sens, les priorités fixées par les élus de la CMA IdF veillent à renforcer la proximité, pour placer l'artisanat et la CMA IdF au cœur de tous les projets franciliens ; à soutenir la dynamique du réseau pour promouvoir et valoriser le secteur des métiers et à proposer une offre de services efficiente pour accompagner les artisans et les TPE. Mais aussi à déployer la formation nécessaire à leur maintien et leur développement.

Et au niveau des territoires ?

Les CMA sont centrées sur l'appui aux entreprises. En effet, la réforme territoriale a conduit à repenser l'organisation du développement économique dans les territoires. En ce sens, depuis plusieurs mois, les élus et les équipes ont œuvré pour construire la dynamique d'un réseau qui doit permettre aux CMA de se consacrer à l'optimisation des services aux entreprises, qu'il s'agisse du soutien aux artisans à toutes les étapes de la vie de l'entreprise – préparation à l'installation, formalités de création/reprise d'entreprise, développement et transmission –, de l'appui apporté par les conseillers des CMA, de l'adaptation de l'offre aux besoins des artisans – conseil en création/reprise, diagnostic et gestion globale, développement commercial, transition numérique, développement durable… –, ou de la formation tout au long de la vie. L'Université régionale des métiers et de l'artisanat Île-de-France représente un éventail de formation dans 50 métiers et 89 diplômes en alternance, notamment.

Vous disiez craindre les effets de la réforme, notamment sur la capacité des territoires d'agir au service des artisans. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Je ne change pas d'idée. La proximité, c'est le département et cela a été largement prouvé avec la crise de la Covid. Si nous n'avions pas tous été sur le terrain, au plus proche de nos artisans, nous n'aurions pas pu répondre aussi rapidement à toutes leurs attentes et faire en sorte, par exemple en Seine-et-Marne, que le Conseil départemental abonde un fonds à hauteur d'un million d'euros pour aider au paiement des loyers. Différents dispositifs de ce type sont mis en place selon les territoires. La proximité a tout son sens par rapport à cela.

Je pense que cette proximité doit perdurer, c'est pourquoi nous avons toujours des chambres de métiers départementales, sur le terrain, avec un président et des élus, qui portent la voix de la CMA IdF au niveau territorial, toujours en relation avec le préfet de département et tous les élus de territoire, pour porter la parole des artisans et surtout être au service de nos artisans.

La régionalisation, cela doit être un plus et pas un moins. Il existe des bonnes pratiques partout, nous allons les mutualiser au profit de l'ensemble des artisans franciliens. Qu'il soit Seine-et-Marnais, Val-de-Marnais ou Essonnien, l'artisan aura exactement la même offre globale de services. Ce n'était pas tout à fait le cas auparavant. Bien sûr, nous travaillions tous pour nos artisans, mais il existait des différences. Nous travaillons aujourd'hui sur tout le territoire.

L'idéal, c'est que ce processus soit invisible pour nos artisans. Ils préserveront simplement la proximité avec leur chambre départementale, et, spécifiquement en Seine-et-Marne, sur chacune de nos antennes.

Au niveau régional, nous avons simplement mis en place un numéro unique, le 0 806 705 715. Soit l'artisan est déjà répertorié et le logiciel le renvoie vers sa chambre départementale, soit il tape son numéro de département pour être envoyé au terrain. Il ne s'agit pas d'une centrale téléphonique qui officie depuis l'étranger, mais bien de nos conseillers, qui s'occupent de nos artisans au plus proche. J'encourage les artisans à y recourir, le service est gratuit. C'est ce que la maison des artisans, qu'elle est toujours, leur doit.

Il n'y a pas d'impact sur le service rendu ?

Que ce soit le back office, la comptabilité, ou la paye, tout cela est fait régionalement et n'a aucune incidence sur le service rendu aux artisans. Le développement économique se fait toujours sur le territoire. Nous ne sommes pas dépossédés. Je suis présidente de Région, à côté de mes collègues présidents délégués au niveau départemental, y compris pour la Seine-et-Marne que je préside. Avoir un pied dans mon département fait que je n'oublie jamais, dans mes fonctions régionales, de réfléchir à l'échelle départementale. C'est cela, le relationnel, le service, la réactivité que nous avons eue sur le terrain, qui a été prouvé par la crise de la Covid-19. Il a fallu cela pour démontrer que les CMA étaient utiles. Nous l'étions déjà depuis très longtemps mais cela ne se voyait pas !

Et nous continuons à être au plus près de nos artisans, puisque nous ne sommes pas encore en sortie de crise. De neuf établissements autonomes financièrement et juridiquement, nous sommes passés à une seule structure, cela ne se fait pas en un jour. Le changement doit s'accompagner de beaucoup de communication, notamment auprès des élus, d'accompagnement auprès des permanents.

Vous disiez que la profession avait résisté à la crise…

Oui, dans le sens où nous avons fait l'état des lieux de 2019-2020. Il y a eu quasiment autant de radiations qu'en 2019 et autant d'immatriculations. Heureusement nous avons eu beaucoup d'aides, de la part de l'Etat, de la Région et du Département, mais quand vous êtes artisan, vous n'avez pas forcément le temps de batailler pour les décrocher. Nous sortons, à ce sujet, un magazine sur les “12 travaux de l'artisan”. Je ne veux pas m'en plaindre, mais c'est cela reste complexe à gérer, d'autant que l'artisan à cette manie de penser qu'il n'a droit à rien. Et nous ne pensons qu'à une chose, travailler, en tout cas pour ceux qui en ont la possibilité, ce qui nous rend moins disponible pour éplucher les différents dispositifs. Toutefois, ce constat positif doit être tempéré. Certaines radiations n'ont pas encore été enregistrées, puisque nous sommes sous perfusion et que les tribunaux de commerce ont cessé de fonctionner un temps.

Aujourd'hui, nous commençons à devoir rembourser les aides. Même si les échéances ont été décalées, elles ne le seront pas ad vitam aeternam. C'est donc au premier semestre 2021 nous allons rentrer dans le dur. Il se peut qu'il y ait plus de casse que prévu. Nous espérons que cela ne sera pas le cas. Mais nous vivons de notre métier, nous ne vivons pas seulement des aides et à un moment donné, l'État ne pourra plus nous aider.

Sans parler de l'hôtellerie ou de la restauration, il y a des impacts flagrants. Les fleuristes, par exemple, souffrent de la baisse de l'événementiel, les pressings voient également leur activité se réduire, le télétravail réduisant le besoin de se vêtir. C'est l'effet dominos, ils sont bien ouverts, oui, mais les clients ne viennent plus !

Nos collègues boulangers qui avaient une activité de traiteur, souffrent aussi, comme les pâtissiers, qui ne vendent plus de gâteaux puisqu'il n'est plus possible de recevoir. Ce n'est pas parce qu'ils sont ouverts qu'ils réalisent leur chiffre d'affaires.

Côté création d'entreprise, il y a eu de nombreuses autoentreprises et donc d'auto-emploi. Nous avons eu beaucoup d'appels après le premier confinement, de personnes qui se sont retrouvées licenciées du jour au lendemain, ou qui ont souhaité changer de vie. Le confinement a été une grande remise en question. Mais économiquement parlant, ce sont des structures sans employé ni apprenti. C'est très bien, ce sont des gens courageux, qui se battent et veulent s'en sortir par eux-mêmes, mais ils ne sont pas créateurs de richesses, dans la mesure où ils ne créent pas d'emploi. Cela viendra peut-être après.

Et du côté des salariés ?

Il n'y a quasiment pas eu de licenciements dans nos entreprises, d'abord parce qu'il y a eu le chômage partiel et ensuite parce que nos salariés ne sont pas des variables d'ajustement. Nos salariés, c'est la richesse de nos petites entreprises. On ne se sépare pas de ses collaborateurs comme cela, d'autant que c'est très compliqué de les former.

Quand cela va repartir, nous aurons besoin de retrouver des collaborateurs qualifiés pour continuer de faire tourner l'entreprise et servir au mieux nos clients.

Le risque était de perdre tout un savoir-faire…

Exactement, nous sommes proches de nos collaborateurs, cela n'a rien à voir avec les grandes structures, sans vouloir porter de jugement. Notre richesse ,c'est aussi la solidité de nos relations avec nos collaborateurs, nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux. Nous ferons tout pour faire en sorte de rester ensemble et de ne laisser personne sur le carreau.

Quel est l'état d'esprit des artisans désormais ?

Le deuxième confinement a été, pour eux, très difficile à vivre, pour deux raisons. D'une part, les artisans ont été échaudés par l'utilisation du terme « non-essentiel ». Beaucoup de collègues se sont mis en colère et il a fallu mettre le couvercle sur la marmite : une chambre de métiers n'est pas là pour mettre les artisans dans la rue. D'autre part, l'Etat a fait fermer des entreprises qui avaient tout fait pour respecter au mieux les protocoles sanitaires, pour protéger les clients comme les salariés. Leur fermeture a résonné comme une sanction, les protocoles n'ayant pas changé à la réouverture. J'ose espérer que les décideurs en ont pris conscience.

Puis, au moment des fêtes, nous avons essayé de relancer l'activité, et de nouveau, le couvre-feu a été décrété. C'est anxiogène aussi bien pour l'artisan que le citoyen lambda. Nous avons l'impression de ne pas voir le bout du tunnel… Aujourd'hui, je pense qu'il nous faut apprendre à vivre avec ce virus.

Malgré tout, il faut souligner que la mobilisation des services déconcentrés de l'Etat continue, que ce soit la Direccte, le préfet de région, etc. Je continue à me réunir avec mes collègues, en présentiel lorsque c'est possible, pour faire avancer les choses, même s'il faut gérer dans le même temps la réorganisation des CMA et la préparation des élections consulaires de novembre 2021… Mais je décide de rester positive, à un moment donné, l'activité va repartir et il faut que nos entreprises soient prêtes. Cela ne sert à rien de se lamenter et cela fait perdre du temps.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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