Dominique Mocquax : « Travaillons ensemble à un projet territorial au service des entreprises ! »

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Dominique Mocquax : « Travaillons ensemble à un projet territorial au service des entreprises ! »

Seine-et-Marnais depuis toujours, Dominique Mocquax a débuté son engagement au service du territoire avec la création de l'ACEP, l'association des commerçants de Pontault-Combault. Cet engagement va le mener, dès 2004, à rejoindre la CCI Seine-et-Marne dont il en est aujourd'hui l'un des vice-présidents. Il est également à la tête de DM Immo, une entreprise de promotion immobilière basée à Lieusaint et travaillant sur des opérations entre 4 et 10 millions d'euros (social et accession). Dans une période budgétaire compliquée pour la CCI Seine-et-Marne, Dominique Mocquax défend, en sa qualité de président de la Commission développement et attractivité des territoires de la CCI 77, les missions et activités de la Chambre consulaire, au service d'une Seine-et-Marne qui se doit d'être optimiste et proactive.

Ses dates clés

2012 : Création de DM Immo

2010 : Élu régional à la CCI Paris - Île-de-France

2004 : Élu à la CCI Seine-et-Marne

2000 : Création de l'Acep

Comment la CCI Seine-et-Marne défend-elle le commerce aujourd'hui ? Comment redonner des couleurs aux commerces de centre-ville ?

L'arrivée du e-commerce modifie les habitudes de consommation. Le commerce physique doit s'adapter et nous constatons que l'adaptation est aussi, voire plus compliquée, pour la grande distribution que pour le commerce de proximité. L'enjeu de l'aménagement du territoire et de l'équilibre entre le commerce de proximité et la grande distribution est une préoccupation majeure pour les élus locaux. Aujourd'hui, les politiques se sont emparés du sujet du commerce de centre-ville. La prise de conscience, même tardive, est louable. Les centres-ville doivent être, un lieu de vie. Cela concerne le logement, les services publics et la qualité de l'espace public. Le commerce est le reflet de cet environnement qui s'adapte en permanence. La CCI Seine-et-Marne a encouragé les villes à se doter de services « Commerce » qui se sont professionnalisés, de même pour les associations de commerçants, avec lesquelles nos collaborateurs travaillent en étroite collaboration.

Nous constatons également, lors des Trophées du commerce, des services et du tourisme, organisés chaque année par la CCI Seine-et-Marne, que les commerçants font preuve de plus en plus de créativité, de dynamisme, d'adaptabilité. Nous notons qu'ils sont très présents sur internet, notamment sur les réseaux sociaux. Nous organisons donc pour eux des ateliers dédiés à Facebook, qui connaissent un grand succès. Nous devons renforcer notre action dans ce domaine, faire connaître les outils de la transformation numérique aux commerçants et leur en favoriser l'accès. Nous menons d'ailleurs une réflexion sur ce sujet, qui va aboutir dans le courant de l'année.

Il n'y a pas de solution miracle : le commerce n'est pas une science exacte. Nous devons accompagner l'expérimentation, l'évaluer. Et garder à l'esprit que le commerce physique, même s'il ne peut changer à la même vitesse que se développement les nouvelles technologies, doit faire évoluer ses concepts régulièrement. Il est bien terminé le temps où l'aménagement d'un commerce durait 15 ou 20 ans ! Les investissements des commerçants doivent être amortis plus rapidement.

Ils doivent se différencier, apporter des services, du conseil, faire du sur-mesure. Voir, toucher ou goûter les produits est toujours important pour le client. La preuve : l'ouverture d'un Apple Store est un événement. Les commerçants de proximité connaissent leurs clients, les écoutent. Bien sûr, il y a des efforts à faire sur les heures d'ouverture, mais nous constatons qu'ils sont de plus en plus des entrepreneurs-commerçants. Je suis optimiste quant à l'avenir du commerce de centre-ville, si l'ensemble des facteurs d'attractivité sont pris en compte.

La CCI Seine-et-Marne participe-t-elle à l'aménagement du territoire ?

De par la loi, nous sommes personne publique associée pour les Scot (Schéma de cohérence territoriale), les PLU (Plan local d'urbanisme) et maintenant les PLUI (Plan local d'urbanisme intercommunal). Pour cela, nous avons développé une forte compétence en matière d'aménagement du territoire, qui se traduit par des avis très argumentés. Cette expertise n'est pas suffisamment mise à contribution par les collectivités concernées. Nous devons faire plus en matière de pédagogie auprès des élus qui délibèrent. L'aménagement du territoire doit être l'expression d'une stratégie de développement économique. Nous proposons de participer à la définition de cette stratégie par notre compétence en ingénierie territoriale, fruit d'une transversalité entre tous les services de la chambre.

La conservation de l'espace est un vrai sujet en Seine-et-Marne : à chaque fois que nous consommons une aire rurale, il faut se poser la question de la valeur ajoutée. Il est ensuite difficile de faire marche arrière. La création d'une zone d'activités nécessite de s'interroger sur sa taille, son emplacement, son positionnement marketing, le type et le nombre d'entreprises qui pourront s'y installer, les services proposés aux collaborateurs. Ce sont des enjeux importants qu'il faut prendre en compte.

Dans le même esprit, comme je l'ai mentionné précédemment, une grande attention doit être accordée à l'articulation entre le commerce de centre-ville et la grande distribution. À l'ère du commerce électronique, la création de zones commerciales doit être mûrement réfléchie ; le risque de voir apparaître des friches commerciales est bien réel. Les zones de chalandises se rétrécissent, même si la démographie de notre département est favorable.

Cette action s'appuie sur une connaissance aiguë du terrain…

Oui, au quotidien, nos équipes rencontrent les chefs d'entreprise et les commerçants, les écoutent, mesurent leurs attentes, les accompagnent. Les actions que nous proposons proviennent de cette connaissance fine du terrain. Cela nous nourrit et alimente le travail des 60 élus de la chambre, au sein de nos diverses commissions. Les entrepreneurs peuvent compter sur nos équipes dans les moments clés de la vie de leur entreprise.

La CCI Seine-et-Marne est un acteur neutre. Elle occupe un rôle de tiers de confiance qui lui permet d'être un facilitateur dans les relations entre les entreprises, les territoires et les services de l'État au profit des entreprises. La chambre est là pour accompagner les projets entrepreneuriaux et territoriaux, dans tous les aspects du développement économique. Pour cela, nous nous appuyons sur notre travail de terrain et sur nos outils d'observation économique. Le développement de ces outils, à forte valeur ajoutée, fait partie des spécificités de notre chambre. La complémentarité de nos actions, travail de terrain et outils d'observation, concourt à éclairer les prises de décision de chacun des acteurs engagés sur le territoire.

Par exemple, pour le commerce, nous avons mis en œuvre en 2007-2008, un Observatoire du comportement et des lieux d'achat (Ocla) qui est probablement le plus performant d'Île-de-France, voire de France ! Il nous permet de connaître l'état du commerce dans le département et son adaptation aux attentes des clients. Nous pouvons ainsi conseiller les porteurs de projets et les enseignes dans leurs implantations, en apportant également aux villes une expertise forte pour l'amélioration de leur offre commerciale. La chambre collecte elle-même les données, ce qui est une spécificité de notre observatoire.

Le coût de ces enquêtes est élevé, et, compte tenu de la réduction de nos moyens, nous développons aujourd'hui un outil de modélisation du comportement d'achat des clients et de ses évolutions. Nous travaillons également beaucoup sur l'e-commerce et sur son poids dans les dépenses des ménages seine-et-marnais. Nous sommes non seulement présents sur le territoire, mais nous avons aussi un niveau d'expertise dont personne d'autre ne dispose en Seine-et-Marne.

Comment évoluent les relations de la CCI Seine-et-Marne avec les intercommunalités aujourd'hui chargées du développement économique ?

La loi NotRe, en transférant la compétence du développement économique aux EPCI (Établissement public de coopération intercommunale), a créé une nouvelle relation entre les territoires et la CCI Seine-et-Marne. Notre chambre est prête à agir à différents niveaux. En premier lieu, nous proposons de contribuer à l'élaboration du projet de développement économique des territoires ; un projet où chacun s'appuie sur ses différences, ses atouts, ses spécificités. Évitons une concurrence exacerbée entre nos EPCI, pour aboutir à un projet « Seine-et-Marne » consolidé, au service des entreprises. Cette dimension départementale reste pour nous essentielle.

Sur certains sujets transversaux, nous pouvons mutualiser nos ressources avec plusieurs EPCI et leur donner accès à notre expertise. Plutôt que de voir se créer des services de développement économique hypertrophiés dans chaque EPCI, privilégions la subsidiarité. Je pense notamment à la création et à la transmission d'entreprises, à l'accompagnement vers l'innovation, à l'animation des réseaux de chefs d'entreprise, à l'observation des zones d'activités. Travaillons ensemble, trouvons des points de convergence, jouons la carte du partenariat ! Nous travaillerons, bien sûr, en complémentarité avec la nouvelle agence Seine-et-Marne Attractivité, qui a pour rôle essentiel d'attirer en Seine-et-Marne de nouvelles entreprises et d'assurer la promotion touristique de notre territoire.

Comment réconcilier les différentes Seine-et-Marne ?

Notre département est très diversifié, avec des atouts et des défis à relever. Du côté des atouts, nous avons des leaders comme Safran, Disney, la plateforme aéroportuaire de Charles de Gaulle, un pôle de recherche et d'enseignement supérieur exceptionnel à la Cité Descartes. En ce qui concerne les défis particuliers, je citerai la logistique et le traitement des déchets inertes. Par notre position géographique, notre taille, nous sommes en première ligne sur ces sujets. Nous ne devons plus subir mais faire de ces activités des domaines d'excellence par l'innovation technologique et la formation. Nous devons être vigilants à la consommation d'espace. La CCI Seine-et-Marne est également attentive au vieillissement des zones d'activités, des zones commerciales et à l'obsolescence des équipements logistiques. En relation avec tous les acteurs concernés, nous devons anticiper et accompagner ces évolutions, ces transformations.

La Seine-et-Marne est une terre d'accueil pour la logistique, avec par exemple le cluster de Sénart. Nous devons être reconnus pour notre expertise autant que pour notre position géographique privilégiée. En outre, nous avons la chance d'avoir la Cité Descartes, à Champs-sur-Marne, à la pointe de la réflexion sur la ville durable, avec un potentiel énorme d'innovation. La CCI Seine-et-Marne participe à créer des passerelles avec les entreprises, principalement les plus innovantes, avec la Maison de l'entreprise innovante réalisée en partenariat avec l'agglomération de Paris Vallée de la Marne. Une nouvelle structure qui, depuis début janvier 2018, accueille notre pépinière d'entreprises.

Sur le plan industriel, nous avons le plus gros pôle d'Île-de-France avec Safran. La chambre travaille avec le Sympav pour renforcer l'activité industrielle sur ce site historique de l'aéronautique. Nous avons également la chance d'avoir la plateforme de Roissy, dont une large partie est située sur le département. L'action déterminée de l'agglomération du Pays de Meaux et le projet de GIP sur le Nord du département, porté par Jean-François Copé, maire de Meaux, et soutenus par la CCI Seine-et-Marne, attirent également des acteurs de l'aéronautique. La France est engagée vers la ré-industrialisation ; l'industrie du futur a donc toute sa place en Seine-et-Marne.

Nous devons être proactifs et optimistes. Nous devons revendiquer haut et fort que nous sommes présents sur les technologies les plus pointues. Nous devons rendre notre offre encore plus attractive, en formant nos jeunes aux métiers de l'industrie. Nous devons accompagner les entreprises existantes et aller au devant d'autres industriels, qu'ils soient issus de l'aéronautique ou pas. Nous entendons contribuer à créer un écosystème favorable à l'industrie et à faire de Paris-Villaroche un pôle industriel de référence.

Quelles sont les autres pistes de développement poursuivies par la CCI Seine-et-Marne ?

Dans notre projet de mandature, nous avons identifié des territoires à fort enjeu. J'ai évoqué Villaroche, la Cité Descartes et le GIP autour de Roissy. La Seine-et-Marne est aussi un territoire rural et la chambre souhaite engager un travail en profondeur d'identification des axes de développement économique de ces territoires. Nous souhaitons associer à notre démarche le Département et son président, Jean-Jacques Barbaux, très sensible à ce sujet, ainsi que Guy Geoffroy, président de l'Union des maires de Seine-et-Marne, et Jacques Drouhin, président des maires ruraux, afin de mettre en place une réflexion de fond pour savoir comment rendre plus efficiente l'économie rurale.

Il s'agira de voir comment faire en sorte que les habitants se sentent intégrés au territoire, sans pour autant dénaturer la force et la valeur de la ruralité. Les grandes cultures, les circuits courts, le bio… Il y a de la valeur ajoutée à aller chercher. Comme pour de nombreuses autres actions, nous favoriserons l'interconsularité avec nos collègues de la Chambre de métiers et de l'artisanat de Seine-et-Marne et de la Chambre régionale d'agriculture.

Notre rôle de porte d'entrée de la zone dense est une opportunité pour la Seine-et-Marne. Cela doit bénéficier à l'Est de notre département. C'est ainsi que nous parviendrons à faire de la ruralité un atout, que nous pourrons l'arrimer aux zones seine-et-marnaises les plus dynamiques. Les nouveaux modes de travail, tiers lieux, coworking, développement du haut débit, doivent bénéficier à la ruralité.

Bien sûr, n'oublions pas le tourisme qui représente une activité essentielle. La chambre est très présente, en relation avec Seine-et-Marne Attractivité, pour le développement du tourisme d'affaires (à travers le club Paris What Else Business). Nous collaborons avec les acteurs du tourisme et soutenons financièrement les « Paris Plus ». Nous sensibilisons également les entreprises seine-et-marnaises au mécénat, permettant le financement (achats de collections, travaux, spectacles…) au profit d'un certain nombre de sites touristiques majeurs, que nous avons sélectionnés. Nous soutenons et accompagnons, entre autres, la réserve de Biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais.

La formation est aussi l'un des atouts de la CCI Seine-et-Marne ?

Au moment où, au niveau national, nous parlons du développement de la formation en alternance, il faut savoir que nous formons près de 2 000 jeunes en apprentissage dans les différents établissements de notre CFA Utec. C'est un enjeu pour l'ensemble du territoire. Aujourd'hui, ce qui fait la force de notre chambre, c'est sa capacité à développer rapidement de nouvelles formations adaptées aux besoins de nos entreprises et de nos territoires.

C'est à ce titre que nous sommes présents à l'IUT de Meaux (filière commerce-services-comptabilité-gestion), à Avon (filières commerce-services-comptabilité-gestion et hôtellerie-restauration-tourisme), à Emerainville (filières commerce-services-comptabilité-gestion, hôtellerie-restauration-tourisme et informatique et technologies numériques), à Provins (filière tourisme) et sur le Campus numérique de Montereau, pour les métiers de la fibre optique, pour lesquels nous délivrons un diplôme consulaire.

Ces différentes implantations et filières illustrent notre conception de la formation : identifier un besoin sur un territoire puis mettre en œuvre l'ingénierie nécessaire avec souplesse et rapidité. La CCI Seine-et-Marne n'a plus vocation à faire construire des structures très lourdes. Elle doit être agile et s'adapter aux besoins des entreprises qui font face aux mutations actuelles.

Nous sommes très présents aussi sur l'orientation des jeunes, à travers notre Place des métiers et Cité des métiers de Seine-et-Marne, à Émerainville, un service public pour lequel nous sommes les seuls financeurs. Pour la pérennité de la structure, il nous faut donc absolument trouver des partenaires pour soutenir l'effort financier de la chambre. Sans cela, la situation ne sera plus tenable. La Place des métiers et la Cité des métiers de Seine-et-Marne apportent aux jeunes et aux adultes l'opportunité de découvrir une grande diversité de métiers et les formations permettant d'y accéder. Le récent succès de notre dernière « Nuit de l'orientation », qui a accueilli près de 2 000 personnes, démontre que c'est un service reconnu, très apprécié et qui a fait ses preuves depuis ses 10 ans d'existence. Il serait dommage de ne pas soutenir ce bel outil.

À ce sujet, nous sommes, comme chaque année jusqu'en février, en pleine période de collecte de la taxe d'apprentissage. J'invite donc les chefs d'entreprise à ne pas verser cet impôt « à l'aveuglette », mais à l'orienter vers nos établissements de formation. En effet, les sommes versées par les entreprises aux organismes collecteurs de taxe d'apprentissage - tels que les chambres consulaires - peuvent être fléchées vers des établissements identifiés sans lien avec la branche professionnelle dont dépend l'entreprise. Pour notre centre de formation d'apprentis Utec, ainsi que pour notre Place des métiers et Cité des métiers de Seine-et-Marne, cette taxe d'apprentissage est une ressource indispensable.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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