AccueilDroit & chiffreDirecteurs juridiques et avocats : de la concurrence à la collaboration

Directeurs juridiques et avocats : de la concurrence à la collaboration

A l'occasion du Campus 2014, auquel participaient Pierre-Olivier Sur, bâtonnier du barreau de Paris, et Laurent Martinet, vice-bâtonnier, deux directeurs juridiques membres du Cercle Montesquieu, Anne-Sophie Le Lay (groupe Renault) et Christophe Barut (Dell Europe du Sud), tous deux anciens avocats, ont évoqué leurs relations avec la profession et l'évolution de leur fonction.
Directeurs juridiques et avocats : de la concurrence à la collaboration
Laurent Martinet, Anne-Sophie Le Lay et Pierre-Olivier Sur

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Anne-Sophie Le Lay estime que le directeur juridique « aide le management à prendre les bons risques ». Au quotidien, « chez Renault, des juristes accompagnent le développement à l'international et d'autres sont experts dans certains domaines (concurrence, sociétés, distribution...) ». Pour elle, il faut faire preuve d’humilité et de curiosité, être concis et simple, car elle travaille au quotidien avec les opérationnels et se retrouve autour de discussions d’ingénieurs ou de commerciaux.

Si la direction juridique est généralement placée assez haut dans la hiérarchie de l'entreprise, elle n’est pas toujours représentée au comité exécutif. Il s’agit d’une des différences notables entre les directions juridiques de Dell, grand groupe américain dont la direction juridique groupe est basée à Austin, Texas, et celle de Renault basée au siège en France. « Cela fait 15-20 ans que le directeur juridique est associé à la politique de l'entreprise aux États-Unis, ce qui n'est pas encore le cas général en France » rappelle Christophe Barut. Sa présence dans des réunions et discussions qui n'ont rien de juridique lui permet d’apporter un « nouvel éclairage au business ».

S'adapter à son auditoire

Dans une entreprise américaine implantée en Europe, le rôle du directeur juridique, selon Christophe Barut est d’expliquer et de décrypter la culture juridique du pays dans lequel il travaille. « Le concept de contrat de travail n'existe pas au Texas (…) donc expliquer à un Américain de bonne volonté et de formation juridique que non seulement en France il y a un préavis, mais que si le salarié est délégué du personnel il est protégé, qu’il faut passer par l’inspection du travail, que cela va prendre six mois et que l’on va probablement avoir une décision négative, c’est compliqué ! » Le bon directeur juridique doit être capable de s'adapter à son auditoire et d'expliquer des choses complexes de façon claire et simple. Les avocats se montrent très curieux de l’image qu’ils renvoient aux directeurs juridiques.

Sur fond de chasse gardée, certains demandent si les directeurs juridiques souhaitent pouvoir plaider. « Ce débat appauvrit nos professions », affirme Anne-Sophie Le Lay qui estime qu’un juriste n'a aucune valeur ajoutée à aller plaider. Si les directeurs juridiques français semblent totalement revendiquer le droit à la confidentialité juridique des avis émis par les juristes d’entreprise ou « legal privilege » qu’ils n’ont pas, contrairement à leurs homologues anglo-saxons, ils ne souhaitent pas marcher sur les plates-bandes des avocats dont ils ont toujours besoin. Christophe Barut dresse une liste indicative des circonstances dans lesquelles il fait appel à un avocat : lorsqu'il est confronté à un problème trop spécialisé ; lorsqu'il faut aller plaider au tribunal ; lorsque la direction juridique a trop de dossiers à gérer ; lorsqu'il est utile d'avoir un avis juridique supplémentaire. Anne-Sophie Le Lay souligne également faire systématiquement appel à un avocat pour les problématiques de droit pénal, en particulier de responsabilité pénale de l'entreprise ou de ses dirigeants. Le directeur juridique ayaant besoin d'être écouté et rassuré, un bon relationnel paraît donc un critère essentiel pour la collaboration avec un avocat. Pour certains dossiers, Dell comme Renault imposent des procédures d'appel d'offres afin de sélectionner les meilleurs prestataires - cabinets d'avocats et font donc preuve d’une certaine exigence au moment du choix de leurs partenaires en fonction de leurs compétences et spécialités.

Des critères de sélection parfois surprenants

A la surprise des avocats, certains critères, comme les honoraires de résultat ou le prestige des cabinets, ne semblent pas peser beaucoup dans la balance de sélection. D’autres peuvent surprendre, comme l’adaptation aux nouvelles technologies, dont les logiciels sécurisés, et la politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises). De fait, les directions juridiques des grandes entreprises sont de plus en plus sensibles aux actions environnementales, caritatives (pro bono), paritaires, LGBT... de leurs partenaires avocats.

Les directeurs juridiques soulignent l'importance du principe de loyauté des cabinets d'avocats avec lesquels ils collaborent, et insistent sur le fait que les avocats doivent absolument respecter les juristes d'entreprise avec lesquels ils sont amenés à travailler sur un dossier déterminé. Ils apprécient la transparence budgétaire de leurs avocats partenaires et favorisent le système forfaitaire, car il est très important pour les entreprises de savoir à l'avance ce qu'un dossier va coûter pour prévoir leur budget.

Anne Moreaux

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