AccueilTerritoiresInfos régionBéatrice Roullaud, députée Rassemblement national de Seine-et-Marne : « Être la porte-parole des gens qui souffrent et des sans-voix »

Béatrice Roullaud, députée Rassemblement national de Seine-et-Marne : « Être la porte-parole des gens qui souffrent et des sans-voix »

Avocate de 62 ans, Béatrice Roullaud, candidate du Rassemblement national, a été élue, en juin dernier, députée de la 6e circonscription de Seine-et-Marne, après deux échecs lors des élections législatives de 2012 et 2017.
Béatrice Roullaud, députée Rassemblement national de Seine-et-Marne.
© DR - Béatrice Roullaud, députée Rassemblement national de Seine-et-Marne.

TerritoiresInfos région Publié le , Propos recueillis par Farid Zouaoui

Un succès obtenu à la surprise générale et une grande première pour le RN dans le département. Presque six mois après son arrivée dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale, la nouvelle parlementaire livre ses premières impressions.

Quel souvenir gardez-vous de cette victoire ?

Un souvenir merveilleux, car je pensais que le second tour se jouerait entre la NUPES et Renaissance. C’est la candidate de Renaissance (Fatna Mekidiche) qui m’a annoncée, à mon arrivée à la mairie de Meaux le soir des résultats, que j’étais devant elle ! Des messages de félicitations ont commencé à s’afficher sur mon téléphone. Non seulement, j’accédais au second tour, mais en plus, j’étais en tête de quelques voix ! C’est à ce moment-là que j’ai compris et senti que je pouvais gagner, alors que le scrutin majoritaire n’était pas favorable à mon parti et que la plupart des maires de la circonscription avaient recommandé de voter pour Hamida Rezeg (candidate des Républicains).

Est-ce un rêve d’enfant qui s’est réalisé ?

Oui. Toute jeune, je voulais changer le monde et faire des lois. Je devais avoir sept ans quand j’ai appris que ce rôle revenait au député. C’est donc à cet instant que j’ai voulu devenir députée. J’ai tendance à croire que mon père, qui est décédé un mois avant mon élection, m’a aidée à réaliser ce rêve, car je suis croyante…

S’imposer dans le fief des Républicains, est-ce un honneur ou une revanche ?

Un peu des deux. Je suis contente que les gros moyens déployés par les barons des Républicains n’aient pas été déterminants. Les électeurs ne sont pas idiots et n’aiment pas qu’on dicte leur vote.

Comment allez-vous concilier votre mandat avec celui de conseillère régionale Île-de-France ?

Conserver ce mandat me paraît important dans la mesure où je siège aux commissions agriculture et ruralité et que ma circonscription est essentiellement rurale. Mais si c’est compliqué, je démissionnerai.

Quel premier bilan tirez-vous de ce début de législature ?

Le travail parlementaire, c’est 24h/24. Malheureusement, on n’a pas le don d’ubiquité ! Entre les amendements, les propositions de loi, les ouvertures d’enquêtes et les alertes au préfet, notre rôle est assez étendu. Je constate que nous n’avons pas été élus pour rien. En effet, certains de nos amendements sont passés comme celui concernant la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé (AAH) que Marine Le Pen réclamait depuis longtemps. Mais l’adoption de mesures ponctuelles ne permet pas de changer un système défaillant. Il est donc nécessaire que mon parti arrive au pouvoir pour réformer la justice et l’hôpital et résoudre le problème de l’immigration massive.

© DR - Béatrice Roullaud, ici en compagnie du préfet de Seine-et-Marne Lionel Beffre, garde le contact avec le terrain.

Comment s’est déroulée votre première prise de parole le 2 août sur la protection de l’enfance ?

C’était le jour du décès de ma mère, mais je n’ai pas voulu y renoncer, car le sujet de la maltraitance infantile et des dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) est très important à mes yeux. J’ai tapé dans le mille avec cette question au Gouvernement, puisque les deux points que j’ai abordés ont fait l’objet d’une proposition de loi par une députée du groupe Renaissance.

Vous souhaitez également défendre d’autres thèmes comme la cause animale ou les déserts médicaux. Pourquoi ?

Je veux être la porte-parole des gens qui souffrent et des sans-voix. La santé est un besoin fondamental et les malades sont indéniablement des personnes en souffrance. Dans les zones rurales, les médecins qui partent ne sont pas remplacés, alors que les services des urgences ferment totalement ou temporairement. Des enfants atteints de bronchiolite en Île-de-France n’ont pas pu se faire soigner et ont dû être transférés. Qui aurait cru cela ? En ce qui concerne les animaux, ce sont des êtres sensibles, qui méritent toute notre attention et notre protection.

Quel rôle comptez-vous jouer au sein de la Commission des lois ?

J’ai choisi cette commission, parce que je suis avocate et qu’elle permet de me prononcer sur un maximum de projets. Mais je n’entends pas jouer un rôle particulier, car je n’ai pas été désignée comme référente et le temps de parole y est limité. J’ai proposé un amendement à propos du texte sur le régime de réélection des juges consulaires, mais il n’a pas été adopté.

Avez-vous l’intention de déposer une proposition de loi ?

Plusieurs même ! Ma première proposition portera sur la maltraitance infantile. Je voudrais appliquer aux enfants la même procédure que celle qui permet à une femme victime de violences conjugales de saisir le juge en six jours. Je souhaiterais aussi renforcer les contrôles sur les familles d’accueil et les établissements publics ou privés s’occupant des enfants placés et rendre obligatoire l’assistance du mineur par un avocat. En matière de défense animale, j’ai beaucoup de projets comme l’interdiction de subventions publiques pour des spectacles maltraitant un animal, un permis à points pour la détention d’un animal ou encore l’obligation pour les communautés d’agglomération de disposer d’un refuge public pour recueillir les animaux abandonnés.

Comment jugez-vous cette assemblée divisée en différents blocs ?

Elle est le reflet du peuple. Ce n’est plus une simple chambre d’enregistrement. Enfin ! Le fait qu’il n’y ait pas de majorité absolue favorise les avancées et contribue à faire passer des amendements.

© DR - Béatrice Roullaud et Marine Lepen.

Craignez-vous une possible dissolution et êtes-vous prête à remettre votre siège en jeu ?

Je ne la souhaite pas, mais elle est possible si le gouvernement n’arrive plus à faire adopter ses textes. Dans tous les cas, je serai prête.

Comment avez-vous vécu la polémique déclenchée par votre collègue Grégoire de Fournas ?

Je n’ai pas spécialement à me prononcer sur sa phrase (« Qu’il retourne en Afrique ou « Qu’ils retournent en Afrique »),
même si je n’aurais pas eu ce genre de réflexion un peu abrupte. Mais elle a été sciemment détournée. Il n’a fait que reprendre le programme de Marine Le Pen qui refuse — ce qui n’exclut pas les soins aux malades — que les bateaux accostent en France, seul moyen d’enrayer ce trafic insupportable d’êtres humains et une immigration toujours plus importante que la France ne peut plus absorber. Quel avenir auront ces migrants sur le sol français, alors que certains de nos compatriotes ont déjà du mal à se chauffer ? Peut-on parler d’humanité quand on n’a pas de quoi leur offrir un avenir et qu’on les laisse se débrouiller seuls, à 18 ans ? Au contraire, c’est prendre le risque qu’ils tombent dans la drogue, qu’ils soient exploités, abusés et laissés en marge de la société. L’humanité n’est pas là où on le croit. On ne peut pas accueillir les migrants en masse si les conditions ne sont pas réunies pour une intégration heureuse. La réflexion de Grégoire de Fournas n’était pas raciste et ne visait pas le député en train de s’exprimer. D’ailleurs, le fondement retenu par le bureau de l’Assemblée nationale pour le sanctionner a été le terme de “tumulte”.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont pris leurs distances avec lui. Partagez-vous leur position ?

Grégoire de Fournas a commis une maladresse, certes, mais Marine Le Pen a dit que ce n’était pas une faute. Les Français ne sont pas dupes. Marine a toujours eu le courage, à l’inverse d’autres dirigeants de partis, d’exclure les personnes ayant tenu des propos racistes ou inacceptables. Jordan Bardella aura le même courage. Pour clore le sujet, il est important, en qualité de personne publique, d’avoir des paroles qui ne blessent pas et qui ne peuvent pas être sujettes à confusion ou à interprétation douteuse.

Ce genre d’attitude peut-il remettre en cause la stratégie de dédiabolisation de votre parti ?

En aucun cas ! La preuve : le sondage, qui a été réalisé après cet incident, montre que le RN continue de monter. Je le sens au sein de la population. Beaucoup de personnes n’avaient pas envie que le bateau Océan Viking débarque en France, car elles savent pertinemment que les migrants n’en repartiront pas. Ces personnes craignent que leur culture et leurs habitudes de vie s’effacent petit à petit. En outre, elles comprennent mal que des étrangers, qui ne sont pas autorisés à venir en France, soient logés gratuitement.

Vous avez soutenu Jordan Bardella lors de l’élection à la présidence du RN. Pourquoi ?

Il était le plus à même de poursuivre l’œuvre de Marine et d’accompagner notre parti jusqu’à l’Elysée. Nous avions deux candidats de qualité, mais Jordan est jeune, brillant et ambitieux. Son but est de voir le RN prendre le pouvoir. Il y parviendra, j’en suis persuadée.

Avez-vous définitivement remisé votre robe d’avocate ?

Non, pas encore. Je termine mes dossiers en cours.

Avocate à Meaux, depuis 2011

Née en 1960 à Béziers (Hérault), Béatrice Roullaud a effectué ses études à Montpellier avec une maîtrise de droit à la clé. Elle a ensuite passé les examens d’entrée aux centres de formation des professions d’avocat et de notaire. Après avoir travaillé en office notarial, elle a intégré un cabinet d’avocat d’affaires (Fidal) à Meaux durant cinq ans, puis des cabinets d’avocats judiciaires. Ayant obtenu le titre d’avocat sur dossier, elle a prêté serment au barreau de Paris en 2011 et s’est installée à Meaux. Ses spécialités sont le droit de la famille, de la copropriété et le droit pénal d’urgence. Au cours de ces dernières années, Béatrice Roullaud a obtenu un diplôme de médiatrice à l’Institut catholique de Paris et un diplôme en droit animalier.

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